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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] A tombeau ouvert (Bringing Out The Deads), Martin Scorsese, 1999
À tombeau ouvert (Bringing Out The Deads), Martin Scorsese, 1999 Sortie en salles françaises le mercredi 12 avril 2000. [cet article a été posté dans une première version sur fr.rec.cinema.discussion et est re-publié sur fr.rec.cinema.selection, à la demande des modérateurs.] Résumé: Martin Scorsese nous plonge dans 48 heures de la vie de Frank Pierce (Nicolas Cage),un ambulancier à New York. Frank ne supporte plus son métier : il ne trouve plus d'intérêt à essayer de redonner la vie. De plus il se bat contre les fantômes des personnes qu'il n'a pas pu ressusciter. Critique: Je ne crois pas que Scorsese filme les ambulanciers de New York en général , mais plutôt le microcosme new-yorkais en lui même. Comme il l'avait déjà fait en 1976, dans _Taxi Driver_. Force est de reconnaître que Scorsese *sait* filmer New York, à la manière d'un poème de Patti Smith : "New York, the city that forms me // New York, the city that deforms me." Une destruction des archétypes du cinéma américain. Historiquement, on peut classer deux grand type de héros dans les films américains : le véritable héros (à la John Wayne) qui a toutes les qualités et l'anti-héros (du type de Travis Bickle [Robert De Niro], dans _Taxi Driver_), qui a tout les défauts, sauf une morale sans reproche. C'est précisément là que l'on peut définir le héros type : sa morale, son éthique est sans reproche : il va défendre la veuve et l'orphelin, au péril de sa vie. Mais Scorsese casse cet archétype. En effet, Frank (braillement interprété par Nicolas Cage) ne peut apporter que la mort D'ailleurs, c'est dans la réalisation de cette mort qu'il trouvera enfin la paix, le sommeil. Quelle est l'éthique de ce personnage ? Peut-on attribuer la moindre éthique à un ambulancier n'assiste pas les personnes en danger de mort ? Un ambulancier qui n'apporte que la mort, ça me rappelle le Velvet Underground dans _Black Angel Death Song_, ou même les punk du CBGB. Bref, cette vision n'est pas nouvelles pour les new-yorkais... Une destruction de l'homme. Dans cette optique, _Bringing out..._ me fait penser à _Crash_, lorsque le spectateur revit la mort de James Dean, ou à _Fight Club_. Ces trois films nous parlent de la destruction de l'être humain par lui-même dans le but de survivre à la société. Mais Scorsese va plus loin.Là où David Cronenberg et David Fincher tente de donner une valeur religieuse à cette destruction (la secte des amateurs d'accident de voitures, et Le Fight Club apparaissent comme une nouvelle rédemption), Scorsese témoigne de l'impossibilité de son "héros" à sauver de la mort le messie nouvellement né, lorsque Frank Pierce se retrouve à faire accoucher une jeune portoricaine vierge, d'après le mari. Scorsese n'offre pas d'échappatoire à son personnage principal : il est seul face à sa conscience, face à l'ensemble des new-yorkais qui attendent de Frank un prolongement de leurs vies. Une destruction de New York et de la société américaine. En effet, Contrairement à _Crash_ ou _Fight Club_, où les "héros" se promène dans tout les États Unis, dans _Bringing Out..._ Scorsese ne va parler que de New York. Doit-on y voir là une représentation emblématique de toute l'Amérique, comme Carpenter l'avait fait pour _New York 1997_ (_Escape from N.Y._), ou pour _Los Angeles, 2013_ (_Escape from L.A._) ? En tant qu'européen, je serai tenté de répondre par l'affirmative, parce que pour moi New York représente les USA dans leur entier. Mais je crois qu'il n'en va pas de même pour les américains (comme pour les français, Paris ne représente pas toute la France). De là, je crois que le fait que Scorsese se limite à New York a son importance : il se concentre sur ce qu'il connaît le mieux et arrive finalement au même constat que _Fight Club_ : Le rêve américain est bel et bien fini et la société actuelle ne peut qu'engendrer la mort. Scorsese va même plus loin, en affirmant que même ceux qui veulent essayer de sauver la société humaine n'y arrivent pas, précisément parce qu'ils font parti de cette société. En outre, Scorsese filme également la société actuelle, dans ce qu'elle a de plus misérable et dérangeant. Mais Scorsese n'a pas un regard condescendant sur cette misère, il la filme avec justesse. Sommes-nous certain,en sortant de ce film, d'être en l'an 2000, quand des enfants meurent de froid dans les rues ? Scorsese n'a pas non plus un regard de pitié face à cette misère, il la montre à nue, charge au spectateur de se remettre en question et de remettre en question la société, s'il en a envie. Scorsese n'a pas un discours moralisateur sur le sujet, il ne cherche pas à trouver et/ou à donner une éthique. Il ne donne pas de solution, autre que celle de fermer les yeux et de dormir (est-ce une solution ?) Dans ce sens, _Bringing Out..._ se place sur le même rang que les "films sociaux" tels que _Rosetta_, _La Promesse_ ou _Ça commence aujourd'hui_. Scorsese nous livre un constat de la société américaine, à l'aube de l'odyssée de l'espace. -- Raph. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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