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[CRITIQUE] Ainsi soit-il, de Gerard Blain


  • Subject: [CRITIQUE] Ainsi soit-il, de Gerard Blain
  • From: Thierry Bezecourt <thbz@worldnet.fr>
  • Date: 02 Apr 2000 13:35:05 GMT
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Ainsi soit-il, de Gérard Blain. Sorti en France fin mars 2000.

Cet article ne se prive pas de raconter le film quand c'est
nécessaire.

"Ainsi soit-il" décrit la réaction d'une famille très unie à
l'assassinat du père, victime d'un patron malhonnête. Je ne sais pas
si c'est un grand film, c'est en tout cas un film très intéressant.

L'influence de Bresson est évidente dans la direction
d'acteurs. L'acteur principal en particulier, Paul Blain, a un jeu
hiératique et empesé proche des "modèles" de Bresson. Mais l'influence
n'est que partielle : Blain fils n'a pas du tout la beauté profonde
des modèles de Bresson, ou bien il n'est pas filmé de la même
manière. Bref, il passe beaucoup moins bien à l'écran, et le plan n'a
jamais la grâce qu'il atteignait chez Bresson. De plus, tous les
autres acteurs n'ont pas ce jeu-là. Dominique Valéra, très bon dans un
deuxième rôle de policier, est plus classique. Cela fait des scènes où
ils sont confrontés les plus intéressantes du film ; ainsi, Paul Blain
explique au policier qu'il travaille "pour le théâtre et le
cinématographe" ; Valéra répond qu'il aime beaucoup "le théâtre et le
cinéma". J'ignore si c'était l'intention du réalisateur, mais j'y
retrouve l'opposition que Bresson faisait entre le "cinématographe"
qu'il pratiquait avec ses "modèles", et le théâtre filmé ou "cinéma"
dans lequel il rangeait les oeuvres de tous les autres cinéastes.

Malgré cette direction d'acteurs un peu bancale, le film est
profondément touchant, à cause des relations entre les personnages qui
atteignent une grande intensité non dans la haine, mais dans
l'amour. Chose rare au cinéma, les parents s'aiment, les enfants
aiment leurs parents qui le leur rendent bien, et s'aiment aussi
beaucoup entre eux. La tendresse de leurs rapports semble leur
permettre de franchir tous les obstacles que la vie met devant
eux. Cela paraît trop beau pour être vrai, mais, en y regardant de
plus près, on se rend compte que c'est l'inverse : c'est vrai, mais ce
n'est pas beau. Cet amour est absolu, mais il n'apporte aucun
bonheur. Au contraire, c'est parce que la mère aimait tant le père
qu'elle fait une dépression nerveuse lorsqu'il est assassiné. C'est
parce qu'elle aime trop ses enfants qu'elle supporte mal d'être
séparée d'eux. Et surtout, c'est cet amour omniprésent qui pousse le
fils à aller tuer le responsable qui a mis en danger le calme de sa
famille. Acte de vengeance qui l'envoie en prison, et qui fera encore
souffrir un peu plus son entourage. C'est donc tout sauf un éloge naïf
de la cellule familiale, et c'est bien ce qui donne au film sa
justesse.

Les "Cahiers du cinéma" proposent plusieurs articles sur ce film dans
le numéro de mars : un éloge de Dominique Valéra, une interview de
Gérard Blain, et une critique que je n'ai pas encore lue mais qui
semble être très positive (si je puis employer ce mot au sujet des
"Cahiers").

-- 
Thierry Bézecourt

-- 
Bien publier sur fr.rec.cinema.selection:
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