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[Date Prev][Date Next][Date Index] [THE INSIDER] Regarde les hommes tomber
Les hommes dans les films de Michael Mann sont seuls. Même s'ils sont mariés, avec des enfants, ils sont seuls. Inexorablement. Inéluctablement et pour toujours. Et ils tombent. Ils tombent [Manhunter, Heat, The Insider], pour expier une faute originelle qu'ils continuent de perpétuer, ou ils courent [Last of the Mohicans], ce qui au fond revient au même, pour retrouver un paradis perdu. Les hommes dans les films de Michael Mann habitent sur des plages (les scènes de plage de Manhunter ou Heat sont parmi les plus belles du cinéma américain) tels des robinsons échoués de leur vie dont ils scrutent l'horizon à la recherche d'une solution, comme on attendrait le bateau salvateur, qui bien sûr ne vient jamais. Idem dans The Insider, où Pacino/Bergman, dans une scène clé du film, téléphone, de l'eau jusqu'aux genoux, dans les vagues bleu-tropical d'une plage paradisiaque et sauve , à des milliers de kilomètres de là, Weygand/Russel Crowe prêt à se suicider (car il pense avoir tout perdu). Tout comme le même Weygand avait pris sa décision de témoigner quelques temps plus tôt en scrutant l'horizon. The Insider, comme les autres M.Mann est un film nocturne. Un film noctambule (la magnifique scène du practice de golf où une machine "ramasseuse" de balles apparait au milieu de ce qu'on croit être un ciel étoilé). Un film flou (le cadre, en scope, est souvent occupé par une image floue dont ne surnage, trop nette qu'une main, un visage, un regard... seuls élément viables) Un film insomniaque. Un film à se mettre à 3h du mat' quand on ne peut pas dormir. En sourdine. Ou carrément muet. Juste pour en admirer la beauté plastique. On ne comprendrait pas mieux (ou moins bien) sans les dialogues. Spielberg dit que les vrais conteurs d'histoire se reconnaissent à ce que leurs films peuvent être compris sans le son ; les films de Michael Mann n'en ont pas besoin. Les dialogues de toute façon se perdent au milieu du bruit. Les paroles n'ont que peu d'importance : les rapports, les regards, la confiance entre les hommes, entre les êtres, sont seuls essentiels [cf. De Niro /Pacino dans Heat]. The Insider est un film superbe, avec les qualités de ses défauts (ou l'inverse). Incontestablement le film connait un trou d'air au beau milieu (grosso modo quand Weygand doit déposer dans le Missisipi) : on se désintéresse tout à coup complétement des protagonistes qu'on a du mal à suivre. Au fond ça doit être voulu : l'homme, acteur ou spectateur chez Michael Mann est perdu, cherche à comprendre. Non moins incontestablement les pistes sont parfois complétement brouillées : qui fait quoi et quel rapport avec l'histoire (le FBI et la cabane dans les bois du Unabomber par exemple) ? Peu importe : un film compagnon d'insomnie qu'on peut redémarrer à n'importequel "chapitre" (la fonction "lastMemory" du DVD fontionnera parfaitement..). Un film qui fonctionnera en "boucle" car c'est de toute façon un film circulaire : Pacino/Bergman "gagne à la fin" ? le sujet passe finalement sur CBS ? la belle affaire... Les relations entre lui et ses collègues, ou entre lui et ses futurs informateurs sont foutues : impossible de continuer ainsi. Il faut tout recommencer tout reconstruire, repartir de zéro à nouveau, comme après une tempête, un naufrage. Faut-il enfin préciser que c'est sublimement filmé (le style oscillant entre scènes de tension et scènes de doute), somptueusement cadré et éclairé comme toujours chez Mann et supérieurement interprété par un Pacino plus qu'impeccable, comme d'hab... -- iTchao Arnaud Les upgrades G3 pour Performa http://home.nordnet.fr/~athuru/ -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html> Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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