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[AVIS] Charbons Ardents


  • Subject: [AVIS] Charbons Ardents
  • From: Pierre Guillemot <pierre.guillemot@wanadoo.fr>
  • Date: 20 Feb 2000 01:41:38 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: personnelle
  • References: <38AE5FB8.C41FE98C@wanadoo.fr>
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:401

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


Tyrone O'Sullivan, le directeur visionnaire, doit persuader
l'assemblée générale de voter la résolution d'investir dans le
complexe touristique qui garantira l'avenir de la société et
multipliera le cours des actions. Les vieux réactionnaires du conseil
d'administration sont contre, les jeunes loups pensent plus à leur
avenir personnel qu'à l'entreprise. Obtiendra-t-il la confiance de la
majorité ?  

Corporate drama, téléfilm de M6 ? Pas tout à fait. La scène se passe
au Pays de Galles, dans la grande salle de réunion d'une usine, le
directeur est un syndicaliste, les actionnaires ont la gueule et la
carrure des mineurs de fond. On est à Tower Colliery, une mine de
charbon fermée en 1994 et reprise aussitôt par son personnel, qui a
investi ses indemnités de licenciement. Ce sont les leaders du 
syndicat qui les ont persuadés et ont monté l'affaire. 
Et depuis, ça marche, c'est rentable, ils sont même en train de 
devenir capitalistes. 

Alors c'est un documentaire, la Cinquième en matinée ? Non, on est
bien au cinéma. Jean-Michel Carré a mis l'histoire en scène, choisi
ses interprètes, il y a des personnages et du suspense. Pas de
commentaire, pas de regard extérieur. Tout est raconté dans l'image et
la parole de ceux qui se montrent. La grande aventure d'une communauté
obligée de parier qu'elle fera elle-même son avenir, l'apprentissage
de l'entreprise, et maintenant les angoisses de la réussite, de
nouveau l'obligation de choisir la suite.

La réalisation a duré un an, une dizaine de périodes de travail sur
place. S'étant mis d'accord avec la direction, Jean Michel Carré s'est
fait admettre, le film commence même par le vote de l'assemblée des
actionnaires pour autoriser le tournage. Il a choisi ceux qu'il
suivrait: des vieux pour la mémoire, des leaders de plusieurs
tendances, des managers, un jeune embauché. Derrière eux, il nous
emmêne sous terre au milieu des grosses machines qui mangent le
charbon et des petits hommes qu'elles emmênent sur leur dos; à
l'atelier; à la cantine; au match de rugby; à la fête (au passage, on
peut voir que "Les Virtuoses" et "The Full Monty" n'étaient pas des
oeuvres de fiction). 

Et aux réunions. C'est là que le drame se noue, entre les directeurs
qui pensent avenir et investissement et les travailleurs branchés sur
les problèmes du chantier et la prochaine feuille de paie. L'effet de
mise en scène est étourdissant, le spectateur est assis dans la salle
au milieu des participants qui sont totalement entre eux. Aucun
scénariste bien pensant n'aurait osé écrire la scène: ceux qui sont en
face, avec costume et cravate, parlent emploi, avenir des familles,
obligation de prendre des risques pour préparer le futur de la
communauté; et l'assemblée répond conservation du patrimoine et
garantie des dividendes. Les travailleurs sont actionnaires, leurs
actions valent cher maintenant. Les dirigeants sont leurs élus, et les
cadres professionnels leurs salariés. Les nouveaux embauchés
empruntent pour devenir actionnaires et remboursent en vitesse parce
qu'ils sont bien payés. Tout le monde est bien payé parce que la
productivité est formidable, la qualification au plus haut, l'accident
et l'arrêt maladie pas fréquents, le coulage supprimé, et les
fainéants n'existent pas. Et la pression sociale pour que ça continue
est redoutable. 

J'arrête l'exposé, il vaut mieux aller voir le film. Et en discuter
après, surtout si le réalisateur est dans la salle. Il est dans
l'Ouest en ce moment, ne le ratez pas.  

Le soir où j'y étais, on n'a parlé que d'économie et de social. 
On aurait pu parler cinéma aussi. Le mot "documentaire" ne convient
pas bien, on pourrait dire "film sur la réalité". Comme Microcosmos,
enfin pas tout à fait, les héros sont des Occidentaux d'aujourdhui
comme nous, pas des insectes ou des paysans thailandais, mais le truc
est un peu le même. Le spectateur est amené à la hauteur de ce qui est
montré, la caméra rendue invisible, il voit, il peut se croire
participant, le temps d'une grande illusion. 


Charbons Ardents. Français. 2000. Durée 1h30.
Réalisation et scénario : Jean-Michel Carré. 
Tourné au Pays de Galles. 
Avec Tyrone O'Sullivan (le président), Phil White (le jeune embauché), 
Dai Dosco (le vieux réactionnaire) et les mineurs de Tower Colliery.


Pas grand chose sur IMDB
http://us.imdb.com/Details?0229295

Le Monde cause économie politique:
http://www.lemonde.fr/article/0,2320,ser-173-41753-QUO,00.html

Télérama cause social:
http://www.telerama.fr/culturama/ftp/cine/09_02_00/charbons.asp?fr=1
et présente l'auteur:
http://www.telerama.fr/culturama/ftp/cine/09_02_00/carre.asp?fr=1

Chez votre libraire :
CHARBONS ARDENTS , JEAN-MICHEL CARRE 
chez LE SERPENT A PLUMES - HORS COLLECTION
Prix éditeur : 99.00 FRF / 15.09 E
avec tout ce qui n'avait pas pu rentrer sur la pellicule.


Dans les Pages Jaunes (http://www.eyp.co.uk/)

Tower Colliery Ltd
 Treherbert Rd
 Hirwaun
 Aberdare
 Mid Glamorgan
 CF44 9UF
Tel: 01685 811199 

-- 
Salutations numériques

mailto:pierre.guillemot@wanadoo.fr
-- 
Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html
Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>