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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Charbons Ardents
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Tyrone O'Sullivan, le directeur visionnaire, doit persuader l'assemblée générale de voter la résolution d'investir dans le complexe touristique qui garantira l'avenir de la société et multipliera le cours des actions. Les vieux réactionnaires du conseil d'administration sont contre, les jeunes loups pensent plus à leur avenir personnel qu'à l'entreprise. Obtiendra-t-il la confiance de la majorité ? Corporate drama, téléfilm de M6 ? Pas tout à fait. La scène se passe au Pays de Galles, dans la grande salle de réunion d'une usine, le directeur est un syndicaliste, les actionnaires ont la gueule et la carrure des mineurs de fond. On est à Tower Colliery, une mine de charbon fermée en 1994 et reprise aussitôt par son personnel, qui a investi ses indemnités de licenciement. Ce sont les leaders du syndicat qui les ont persuadés et ont monté l'affaire. Et depuis, ça marche, c'est rentable, ils sont même en train de devenir capitalistes. Alors c'est un documentaire, la Cinquième en matinée ? Non, on est bien au cinéma. Jean-Michel Carré a mis l'histoire en scène, choisi ses interprètes, il y a des personnages et du suspense. Pas de commentaire, pas de regard extérieur. Tout est raconté dans l'image et la parole de ceux qui se montrent. La grande aventure d'une communauté obligée de parier qu'elle fera elle-même son avenir, l'apprentissage de l'entreprise, et maintenant les angoisses de la réussite, de nouveau l'obligation de choisir la suite. La réalisation a duré un an, une dizaine de périodes de travail sur place. S'étant mis d'accord avec la direction, Jean Michel Carré s'est fait admettre, le film commence même par le vote de l'assemblée des actionnaires pour autoriser le tournage. Il a choisi ceux qu'il suivrait: des vieux pour la mémoire, des leaders de plusieurs tendances, des managers, un jeune embauché. Derrière eux, il nous emmêne sous terre au milieu des grosses machines qui mangent le charbon et des petits hommes qu'elles emmênent sur leur dos; à l'atelier; à la cantine; au match de rugby; à la fête (au passage, on peut voir que "Les Virtuoses" et "The Full Monty" n'étaient pas des oeuvres de fiction). Et aux réunions. C'est là que le drame se noue, entre les directeurs qui pensent avenir et investissement et les travailleurs branchés sur les problèmes du chantier et la prochaine feuille de paie. L'effet de mise en scène est étourdissant, le spectateur est assis dans la salle au milieu des participants qui sont totalement entre eux. Aucun scénariste bien pensant n'aurait osé écrire la scène: ceux qui sont en face, avec costume et cravate, parlent emploi, avenir des familles, obligation de prendre des risques pour préparer le futur de la communauté; et l'assemblée répond conservation du patrimoine et garantie des dividendes. Les travailleurs sont actionnaires, leurs actions valent cher maintenant. Les dirigeants sont leurs élus, et les cadres professionnels leurs salariés. Les nouveaux embauchés empruntent pour devenir actionnaires et remboursent en vitesse parce qu'ils sont bien payés. Tout le monde est bien payé parce que la productivité est formidable, la qualification au plus haut, l'accident et l'arrêt maladie pas fréquents, le coulage supprimé, et les fainéants n'existent pas. Et la pression sociale pour que ça continue est redoutable. J'arrête l'exposé, il vaut mieux aller voir le film. Et en discuter après, surtout si le réalisateur est dans la salle. Il est dans l'Ouest en ce moment, ne le ratez pas. Le soir où j'y étais, on n'a parlé que d'économie et de social. On aurait pu parler cinéma aussi. Le mot "documentaire" ne convient pas bien, on pourrait dire "film sur la réalité". Comme Microcosmos, enfin pas tout à fait, les héros sont des Occidentaux d'aujourdhui comme nous, pas des insectes ou des paysans thailandais, mais le truc est un peu le même. Le spectateur est amené à la hauteur de ce qui est montré, la caméra rendue invisible, il voit, il peut se croire participant, le temps d'une grande illusion. Charbons Ardents. Français. 2000. Durée 1h30. Réalisation et scénario : Jean-Michel Carré. Tourné au Pays de Galles. Avec Tyrone O'Sullivan (le président), Phil White (le jeune embauché), Dai Dosco (le vieux réactionnaire) et les mineurs de Tower Colliery. Pas grand chose sur IMDB http://us.imdb.com/Details?0229295 Le Monde cause économie politique: http://www.lemonde.fr/article/0,2320,ser-173-41753-QUO,00.html Télérama cause social: http://www.telerama.fr/culturama/ftp/cine/09_02_00/charbons.asp?fr=1 et présente l'auteur: http://www.telerama.fr/culturama/ftp/cine/09_02_00/carre.asp?fr=1 Chez votre libraire : CHARBONS ARDENTS , JEAN-MICHEL CARRE chez LE SERPENT A PLUMES - HORS COLLECTION Prix éditeur : 99.00 FRF / 15.09 E avec tout ce qui n'avait pas pu rentrer sur la pellicule. Dans les Pages Jaunes (http://www.eyp.co.uk/) Tower Colliery Ltd Treherbert Rd Hirwaun Aberdare Mid Glamorgan CF44 9UF Tel: 01685 811199 -- Salutations numériques mailto:pierre.guillemot@wanadoo.fr -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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