[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[Critique] American Beauty, une vision différente


  • Subject: [Critique] American Beauty, une vision différente
  • From: psykotik@my-deja.com
  • Date: 15 Feb 2000 17:36:40 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: No one
  • References: <88bm3d$cvh$1@nnrp1.deja.com>
  • Reply-to: psykotik@worldcom.nospam
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:396

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]



Beaucoup d'avis et de critiques ont déjà été fait sur le newsgroup.
Mais tous passent, à mon avis, à côté de la vraie force du film. Un
long-métrage qui me semblait trop américanisé, car porté aux nues par
les critiques outre-Atlantique, qui raffolent en général plutôt des
blockbusters dénués de sens. Mais dans les faits, rien à voir.

Le centre névralgique du film, sa pièce maîtresse, n'est en rien une
critique de la société. Encore moins américaine. Ce n'est pas parce que
les protagonistes principaux sont une petite famille bien installée aux
Etats-Unis, qu'il faut y voir forcément une revendication anti-
bourgeoise.

Ce dont traite le cinéaste, dont il s'agit là du premier film, c'est de
la COMMUNICATION.

La difficulté que l'individu rencontre à partager ses angoisses, ses
attentes et ses plaisirs. Le manque de compassion, l'égocentrisme dont
on fait preuve à l'égard d'autrui.

[spoilering]

Lester s'en rend compte le jour où, en voyant l'amie de sa fille,
Angela, il retrouve les qualités (force, jeunesse, envie de vivre en
d'autres mots) qui l'ont fait tomber amoureux de son épouse Carolyn.
Cette dernière est devenue, avec le temps, conformiste, matérialiste et
monotone.

Ce choc, il le prend en pleine figure; il réalise que ce qui constitue
la saveur de la vie, c'est de la mordre à pleine dents. Bref, une belle
crise de quadra en perspective...

Mais il n'en est rien. C'est un vrai problème de communication, qui
empêche Lester de comprendre l'adolescente qu'est devenue sa fille
Jane, qui l'empêche de dialoguer avec sa femme. C'est un homme frustré
de tout qui, le jour où il ose enfin affirmer sa personnalité, revient
à la vie.

Il n'existe qu'un seul personnage, un seul qui ait saisi l'importance
du dialogue, du partage; c'est Ricky, un jeune adulte à enfance
difficile. A travers une caméra au poing, il communique sincèrement,
sans les barrières sociales ou culturelles que tout le monde se pose.
Il voit la beauté de chacun sans artifice, parce que lui-même n'a pu
naturellement la trouver de par son enfance.

Le père de Ricky, le colonel Fitts, un homosexuel refoulé, n'a jamais
accepté son penchant et l'a caché au plus profond de son inconscient.
Une scène magnifique que de voir ce pauvre homme visionner les scène de
musculation qu'a filmé son fils. Alors qu'on croit au premier abord que
c'est par dégoût qu'il regarde, on comprend par la suite qu'il s'agit
en réalité d'excitation.

La mère de Ricky, Barbara, a une maladie qu'on a de la peine à
identifier. Cela tient de l'alzheimer et de l'autisme à la fois. Elle
ne communique presque plus, perdue qu'elle est dans ses pensées.

Jane quant à elle, n'arrive pas à parler avec qui que ce soit, puis
progressivement, arrive à exprimer (mal peut-être) ses sentiments grâce
au contact de Ricky. C'est son personnage, ainsi que celui de son père
(mais il s'agit dans son cas alors d'un déclic, et non plus d'une
avancée progressive) qui évoluent le plus.

Carolyn n'est devenue qu'un plot dans l'édifice, a perdu tout
individualité, et recherche à se réaliser en s'investissant dans son
travail. Mais ce n'est qu'une fuite pour oublier la réalité, à savoir
l'échec de son mariage et l'insuccès de son rôle maternel. Elle
n'exprime pas son désir, ses envies, si ce n'est à un type aussi paumé
qu'elle, Buddy King. Le couple extra-conjugal ainsi formé croit trouver
dans l'ambition et le pouvoir la solution à leur mal de vivre.

Angela, une adolescente superficielle, se veut la Carolyn jeune. Dès
son départ dans la vie, elle connaît les même angoisses que son alter
ego plus âgé, prête à tout pour réussir, et ne cherche qu'à renvoyer
une image d'elle même qui ne lui correspond en rien. Tout comme
Carolyn. Ce sont ces deux personnes qui représentent le mieux le
conformisme usuel.

Au final, Lester représente la réussite. La prise de conscience
salutaire, voire vitale lui permet de mener une vie propre. C'est lui
qui se fixe ses limites, ses besoins, il retrouve tous les éléments
constituant une personnalité, lui qui les a perdus au fil du temps. Ce
n'est pas parce qu'il mène sa propre vie que forcément son entourage en
pâtit, mais parce que les relations sont sclérosées dès le départ.
Alors qu'il se révèle lui-même, les autres en sont encore à se chercher.

Le magistral final, se termine en totale apothéose. Lester, qui a enfin
compris le sens de la vie, n'a plus rien à perdre. Il peut partir, le
sourire sur les lèvres. Son meurtrier commet l'irréparable parce qu'il
ne parvient pas à communiquer (encore !). Son éducation a érigé des
barrières insurmontables pour cet homme, qui n'arrive toujours pas à
accepter sa différence.

Un film à réalisation grandiose, le film de tous les superlatifs. Le
thème relativement vaste et complexe, est ici développé avec légèreté.
Attention, légèreté ne veut pas dire superficiel. Le film est profond,
et va jusqu'au bout de ses ambitions. Le raisonnement de Sam Mendes est
juste, et surtout sain. Sa réalisation du film est particulièrement
originale du cinéaste très agréable. Le dénouement m'a semblé
totalement novateur (commentaires ?), et présage le meilleur pour ses
prochaines réalisations. Quant aux acteurs, presque tous sont bluffants
de talents. Kevin Spacey est un professionnel au sommet de son art, et
quelques petites claques sont nécessaires pour se convaincre qu'il ne
s'agit que d'un film. Le seul bémol à émettre concerne la prestation
tout sauf convainquante de Thora Birch, qui incarne Jane. Manque de
conviction, et son joli minois ne rattrape rien du tout.

A recommander fortement à tous les détracteurs de Schumacher;-), car il
se situe aux antipodes du genre d'approche de ce dernier. Sam Mendes
donne toutes ses lettres de noblesses au 7ème art, et réussi
véritablement un chef d'oeuvre.

Psykotik.

Spammator : to email me, just replace nospam by ch
-- 
Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html
Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>