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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Sleepy Hollow
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Avis : Sleepy Hollow de Tim Burton (Séance Dimanche 13/02/00 10h30 Paris Bercy - Salle 31, conditions optimales) Il est un peu tard pour un avis riche et argumenté, mais j'ai été séduit par ce film, assez différent dans la filmographie de Burton, moins magique, peut-être, que les précédents, à l'exemple d'Edward aux mains d'argent, ou de Batman II, sans doute parce que moins enflammé par la jeunesse, les idées tranchées (à défaut, il tranche les têtes), mais beaucoup plus maîtrisé. Les scènes oniriques sont somptueuses mais simples, sans esbroufe ni racolage, l'atmosphère magnifique, une ambiance rare, et ce retour au studio, qui comme dans les "Contrebandiers de Moonfleet" de Lang, donne au metteur en scène un contrôle absolu sur son travail. Le début est lent, et un instant inquiète sur la densité possible du film. Mais il s'agit en fait d'un crescendo remarquablement orchestré, qui nous embarque loin dans les contrées du fantastique, encore une fois, sans esbroufe, c'est ce qui m'a le plus surpris. Sleepy Hollow étant un hommage aux fantastiques de série B de l'enfance de Burton, ainsi que Mars Attacks avait été son pendant pour la SF des mêmes années (un peu plus tôt, pour être précis), l'on pouvait s'attendre à davantage de fantaisie. Si celle-ci est présente dans certaines mimiques de Depp, et une sorte d'humour noir permanent et hautement judicieux, sauf à de rares exceptions ou il confine au burlesque, ici persona non gratta, cela ne nuit guère à la qualité de l'ambiance Comme souvent chez les auteurs, un personnage interprète le rôle du metteur en scène, ainsi Dreyfus pour Spielberg, Léaud chez Truffaut, Kyle macLachlan chez Lynch. Ici, c'est sans l'ombre d'un doute que l'enfant orphelin, assistant du "constable", figure à Burton sa propre présence dans le petit village humide et brumeux, en cette exacte fin des années 1700. C'est son double, son sosie, le témoin intérieur de son cinéma. Et il accompagne son ami Johnny Depp jusqu'à la résolution de l'énigme, dans un voyage que la raison pure entreprend au pays des morts et de l'imagination, dans cet univers qui est à la frange de notre imagination, où la logique s'envole ainsi l'oiseau de sa cage, le temps d'un rêve teinté de cauchemar, miroir de la vraie vie. Sleepy Hollow est un peu comme le Shell Beach de Dark City : Ce lieu de transition entre deux vies, comme l'est le chevalier sans tête, comme l'est le personnage que joue Cristina Ricci, comme l'est bien sur aussi ce policier qui découvre d'où il vient, quelle est son histoire. C'est le lieu des transformations, et qu'est-ce que la création, sinon une éternelle transformation. Alors voilà : Sleepy Hollow est une métaphore des métamorphoses, de celles que l'on suscite, mais aussi de celles qui nous attendent sans que nous les sollicitions vraiment, et enfin de celle qui nous attend tous, au bout de notre chemin terrestre. C'est un film sur la mémoire, et comme tout film sur la mémoire, c'est aussi un film sur la mort. La mort qui effraie, mais que l'on défie aussi. Comme le personnage interprété par Depp, dont il faut comprendre l'ironie non comme un effet d'acteur, mais bien au contraire, comme la réponse humaine à cette présence terrible derrière nous, ce décompte dont on sait que rien ne peut arrêter le mécanisme inéluctable. Sacha Martinetti Mail to : sacha.martin@freesurf.fr Site : http://www.ifrance.com/sachamartin Musiques extraits : http://www.ifrance.com/sachamartin/musiques/musiques.htm -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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