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[AVIS] american beauty de sam mendes


  • Subject: [AVIS] american beauty de sam mendes
  • From: "Alexandre Tylski" <alexandre.tylski@wanadoo.fr>
  • Date: 11 Feb 2000 14:44:37 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Wanadoo, l'internet avec France Telecom
  • References: <880rb9$m9u$1@wanadoo.fr>
  • Xref: isdnethub fr.rec.cinema.selection:387

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

[Avis] [Spoiler] american beauty de sam mendes
Interprétation : kevin spacey, annette benning
Musique : thomas newman Scénario : alan ball
Durée : 2h02. USA - 1999.

Même s'il vient du théâtre, j'ai trouvé que Sam Mendes
était parvenu à s'inscrire dans une entreprise résolument
cinématographique, à savoir: traiter du cadre, de l'image,
du gros plan, du mouvement..etc. Toute l'esthétique de son
film "tourne autour" des vitres, carreaux, fenêtres, etc. Le
film aborde bien sûr le voyeurisme, la vidéo, et se définit
dans sa structure comme une série de petits carrés ou de
"scènes-sketchs" isolées par des chansons.

La cohérence est totale puisque American Beauty ne fait
que montrer des protagonistes enfermés, prisonniers d'un
monde orthonormé (les plans d'ensemble du début et de fin
de la banlieue typique et géométrique), où le conformisme
est de rigueur. A la fin, les points de vue du meurtre sont
multiples, tel un puzzle bien agencé qui finit partir en pièces.
L'implosion est totale à la fin. Un des derniers plans nous
propose rien d'autre que la cervelle éparpillée en morceaux
sur le carrelage mural blanc de la cuisine.

American Beauty décompose et découpe la société américaine
en lambeaux, en pétales de célébration ou d'enterrement. Dans
le même ordre d'idée, les petits gestes des personnages sont
scrutés et disséqués par le cinéaste, passés au ralenti et au
crible, puis réédités, comme une étude d'un corps humain qui
tente de se dégager d'une masse plus épaisse que lui. Ainsi,
le développement de ce corps est montré comme vain, seule la
mort ou la fuite peut alors le libérer de son monde trop carcéral,
trop cérébral.

Un film américain sans explosion mais tout en implosion donc.
Difficile à dire si ce premier film de l'anglais Sam Mendes se
veut pessimiste ou non. Comme dans les pièces de théâtre
d'Arthur Miller, il existe toujours à un moment la vision d'une
solution et d'un espoir même si ceux-la sont voués à l'échec.
On ressort pourtant du film dans un état étrange, ambigu, qu'il
est fort âpre de verbaliser. C'est peut-être une des grandes
qualités de American Beauty, ce trouble. Flou au find fond de
l'ordre, plaie ouverte au milieu de l'aseptisé, noirceur au centre
du lumineux, bouillonnement au coeur du tombeau.

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