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[ANALYSE] [SPOILER] Dramaturgie et 6eme sens


  • Subject: [ANALYSE] [SPOILER] Dramaturgie et 6eme sens
  • From: "Vincent DAVID" <vdavid@free.fr>
  • Date: 23 Jan 2000 12:36:56 GMT
  • Approved: modappdbot-request@gabuzo.dyn.cheapnet.net
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
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  • References: <bSDe4.320$kK4.1968243@nnrp1.proxad.net>
  • Xref: isdnet-serv fr.rec.cinema.selection:626

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Bien... En ces temps de criticisme aiguë du film "Le 6° sens" on lit un peu
de tout et n'importe quoi... et particulièrement en ce qui concerne le
scénario...
Que l'on le compare à Usual suspects ou que l'on dise qu'il est trop
construit, le scénario du 6° sens semble de toute façon intriguer.

Je n'ai pas trop l'habitude de me lancer dans de longs threads et cela me
fait un peu chier même je dois avouer, mais là je pense que la dramaturgie
de ce film mérite vraiment que l'on s'y arrete.

D'un simple point de vue dramaturgique, le 6° sens est beaucoup plus
original que "usual suspects" car il déroge ouvertement aux grandes règles
hollywoodiennes que l'on connaît... Pourtant, force est de constater qu'il
fonctionne à la perfection autant en terme d'émotion que de narration.

La structure hollywoodienne habituelle est assez simple et on la retrouve
dans 90% des scénarios.
Cela commence par une scène d'exposition qui nous montre le personnage
principal (ou le duo dans un buddy movie, ou le groupe de personnages
principaux dans un film de groupe (dirty dozen ;-))

Ensuite il y a la mise en place des intrigues et intrigues parallèles. Ces
intrigues sont la plupart du temps basées sur un sentiment, une quête ou une
fuite. Elle sont secondées de mini intrigues qui sont des obstacles partiels
et temporels.

Dans un troisième temps vient le climax. Toutes les intrigues se réunissent
et sont réglées en une seule séquence qui symbolise l'aboutissement de la
quête du personnage. Dans les films d'action, c'est le moment de
l'affrontement du héros avec le "Ultimate Tough Guy" c'est à dire le
"méchant de la fin", le "boss de fin de niveau". Cet affrontement a lieu le
plus souvent autour d'un butin (femme, hôtage, trésor) que convoitent les
deux.
Dans les films psychologiques, le climax permet au personnage de changer sa
situation (ou de ne pas la changer, ou de rater le changement si c'est une
tragédie). Par exemple Tess reçoit la visite de son ancien amant et décide
de tuer son mari pour partir avec lui. C'est cette séquence qui cloture
l'intrigues. Une fois cette séquence finie il n'y a de place que pour la
conclusion.

La conclusion est le quatrième moment de la construction hollywoodienne.  Il
est plus court que les autres et conclut le film, soit en annonçant un
sequel, soit en faisant le constat de la situation post-climax.

Bref... C'était un petit rappel technique.

Dans "Le sixième sens" la scène d'introduction concerne Bruce Willis. En
très peu de temps, on en sait beaucoup sur lui, où il vit, ce qu'il fait,
s'il est bon, s'il a un traumatisme, ses rapport avec sa femme etc etc.
Or il se trouve que Bruce Willis n'est pas le personnage principal du film.
En général lorsqu'un personnage principal en étudie un autre, on le voit
seul à chercher, et avec l'autre à l'étudier. Dans "le 6° sens", on voit
plus souvent le gamin seul, ou avec sa mère, ou à l'école, ou face aux
fantômes... qu'on ne voit Malcolm seul. (on voit quasiment autant la femme
de Malcolm seule que lui seul).
En fait on suit le gamin, avec sa mère, avec ses amis et ses fantômes et son
docteur. C'est lui le personnage principal.

Donc dès l'ouverture du film, on déroge à une sacro sainte hollywoodienne.

Ensuite au moment de la mise en place des intrigues, le flou de départ sur
l'identité du personnage principal nous permet d'avoir deux séries
d'intrigues qui ne peuvent pas se régler simultanément. En ce qui concerne
le gamin, ses buts dans la vie sont:
Ne plus être au ban de la société en étant un freak
Ne plus voir des morts
Communiquer avec sa mère

Pour le toubib, les issues sont les suivantes:
Soigner le gosse
Par la même se rabibocher avec la mémoire de Vincent Grey
Se mettre bien avec sa femme

On voit bien que tout cela ne peut pas se régler en une seule séquence (on
ne peut pas simultanément Faire disparaître les morts et être copain avec
les autres enfants, ou soigner un gosse et se remettre avec sa femme... Cela
doit se faire en deux étapes, alors qu'on peut sauver le monde, voler le
trésor, sauver l'héroïne et l'emballer grave tout en tuant son pire ennemi
dans une seule séquence cf James Bond)

Ce qui amène à une situation relativement inédite dans le cinéma américain:
L'absence de CLIMAX!
Je connais des script doctors qui ont du s'arracher les cheveux en voyant ça
:)

Le climax habituel se résout par une disparition ou un changement. Une
menace disparaît, une situation de vie est changée définitivement. Le tout
se passe lors d'une scène plus forte ou intense que les autres et qui
constituera le point d'orgue du film.

Il n'y a aucune scène de ce genre dans le 6° sens, et de plus, le problème
de Cole n'est pas résolu! Il apprend juste à vivre avec!
Il n'y a aucun changement drastique dans la situation de Cole une fois que
Malcolm lui a expliqué comment vivre avec son problème, le changement vient
de lui et de sa façon d'appréhender une situation identique.
En fait il n'y a pas de Climax à proprement parler.

Pour finir, il y a une conclusion qui nous change radicalement la nature du
personnage de Willis (ce qui prouve une fois de plus que ce n'est pas le
héros, car s'il y doit changer, le héros change au début (cf Mask of
Zorro)), mais ce changement de nature ne change rien à l'histoire ni au
qualité du personnage! D'ailleurs à la différence de Cole, Malcolm ne résoud
qu'une partie de ces problème (soigner Cole et faire la paix morale avec
Vincent Grey), mais il ne résoud rien avec sa femme car il ne peut pas! Il
apprend donc à continuer à exister avec ce qu'il ne peut pas changer, tout
comme Cole.
Un autre film assez connu qui se place sur l'idée d'un problème qu'on ne
peut résoudre et avec lequel on s'habitue à vivre c'est "Les Oiseaux"
d'Hitchcock.

A noter que cette conclusion pourrait être tout autre sans changer beaucoup
le reste du film. S'il était rentrer et qu'il avait trouvé sa femme partie,
suicidée, en train de niquer avec le jeune, ou l'attendant en pleurant, cela
n'aura pas changé grand chose car la révélation finale ne concerne que Bruce
Willis et non pas le film.
C'est une autre différence avec Usual suspect qui lui respecte totalement
les archétypes (sauf qu'il y a deux scènes d'exposition, une pour introduire
le narrateur et l'autre pour introduire les protagonistes)

Voila c'est assez rare d'avoir un scénario américain qui sort des sentiers
battus au niveau de la structure que j'avais envie d'insister la dessus.

Bon en ce qui concerne les fautes d'orthographe que j'ai la flemme de
corriger, je ne répondrais qu'une chose: Ta gueule :)

Voila...

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