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[IMPRESSIONS) Etre John Malkovitch : l'experience interdite.


  • Subject: [IMPRESSIONS) Etre John Malkovitch : l'experience interdite.
  • From: Candide <Candide@DarkCity.com>
  • Date: 16 Dec 1999 13:40:04 GMT
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Ces impressions "à chaud" (on ne fait pas encore de critiques "live", 
mais peut-être bientôt avec les NTI...) ne sont bien sûr destinées qu'aux 
heureux spectateurs de ce film, ou aux malheureux qui n'iront jamais le 
voir... (en fait, elles sont surtout destinées à moi-même [tiens, je ne 
savais pas à quel point égoïste je suis], pour "structurer" mes pensées 
sur ce film difficilement cataloguable).

En ces temps de fêtes bassement commerciales et neuneu, des films comme 
Being John Malkovitch ou Fight Club me ragaillardisent. Le cinéma a beau 
avoir 100 ans, l'originalité existe encore (bon les vieux de la vieille 
frcdienne vont encore hurler, me reprochant mon manque de culture N&B et 
"couleurs fades", n'empêche que parmi ma vidéothèque personnelle que je 
considère relativement vaste, le plus vieux film que j'ai est Metropolis 
du Maître Lang... bon je sais c'est une référence facile, n'empêche elle 
date ;-) ) : ces 2 films viennent d'une autre planète, et pas de la 
même... oui, je parle de cette singularité qui vous déroute à chaque 
charnière du scénar, qui vous surprend à chaque "commutation".

BJM est résolument un OVNI dans le paysage ciné actuel, qui va se 
scratcher sur vos idées reçues du cinéma, avec à ses commandes un ET la 
boule à zéro, un acteur dont son propre rôle sera certainement son 
meilleur (quoi de plus gratifiant pour un acteur, isn't it ?)

C'est aussi un joli patchwork de genres, impossible à caser par nos 
petites têtes préformatées pour cataloguer, coller des étiquettes, trier, 
classer (eheh, sondage du millenium par ci, sondage des 13 meilleures 
actrices en nuisette par là...) Argh, mais c'est qu'il résisterait à nos 
intellects cette bête-là !... Ca pourrait commencer comme une comédie 
loufoque sans prétention, mais non, rien que la scène initiale de la 
danse du désespoir de la marionnette Craig a une puissance sensitive et 
évocatrice dévastatrice... Ca pourrait être une comédie de moeurs, ou un 
drame réaliste sur un couple menacé par une femme fatale... mais croyez-
vous qu'en y rajoutant un perroquet, un iguane, un chimpanzé et un 
Malkovitch, ca reste confiné à cette étiquette réductrice ?!

NON, BJM est en fait un film rebelle... ne rigolez pas SVP, pas rebelle à 
2 sous genre "f*** this f***ing capitalist world of f***ing zombis !", 
mais rebelle plus insidieux, plus caméléon, qui attaque indirectement... 
FC semble un film rebelle "pur souche", mais lui aussi est tellement 
survitaminé en idées éparses qu'il est difficilement appréhendable par un 
quelconque cataloguage primaire. Dans BJM, on a l'illustration de la 
société qui casse ses travailleurs, les assigne à des tâches 
rébarbatives, dévalorisantes et insignifiantes (dans le sens absurde, 
sans sens), les fait plier l'échine par son mécanisme bien huilé (à la 
Metropolis, tiens) ; on a droit à des parodies de films d'entreprise (cf 
message à caractère informatif), de reportages-bidons TV à la gloire d'un 
acteur ou d'une célébrité... Plus insidieusement, BJM dépeint un 
prodigieux métier en crise, celui de marionnettiste, et plus généralement 
les rejetés d'un système sans sentiments... mais aussi la détresse des 
gens qui ne correspondent pas aux 0,001% des soi-disants canons de la 
beauté ("I am a fat guy, bouuuhh...", non pas moi [mais pourquoi suis-je 
obligé de me justifier ?], mais un paumé adepte de J.M.Inc...)

D'ailleurs ce film résolument breaks the rules (casse les règles Mr 
Allgood) : Y a plein de poils et de cheveux, et les acteurs classiquement 
classés sexy montrent ici leurs côtés les moins conventionnels (John 
Cusack en anti-héros BigLebovskien mal rasé, Cameron Diaz (!) en 
huluberlue sans aucun mascarat [à la con rajouterais-je...]... je dis 
félicitations à ces stars d'avoir dilvugué une telle image...), alors que 
le sex-symbol masculin du film est un John Malkovitch, tronche de cake 
par excellence, à la célébrité si attirante, et le sex-symbol féminin une 
cruelle arriviste...
C'est ainsi que le monde merveilleux du cinéma tant adulé par certaines 
midinettes est montré comme un monde "normal" avec des gens "normaux", en 
proie à la solitude, aux tracasseries mesquines de la vie, au désir 
bestial, à la calvitie (ahah, trop fort Charlie Sheen, je l'aime de plus 
en plus, depuis qu'il s'adonne à ces rôles parodiques...). un des acteurs 
les plus prestigieux est rabaissé dans son orgueil par l'homme de la rue 
qui ne connaît pas un seul de ses rôles, seulement sa bobine... L'agent 
de JM est montré comme un jeune con lèche-bottes et machiste qui traite 
JM comme un roi et sa secrétaire de conne... et puis l'acteur-simple-
marionnette est à mon avis un clin d'oeil ironique à tous ces acteurs qui 
se prenent pour ce qu'ils ne sont généralement pas, alors que le vrai 
maître du jeu est celui qui tire les fils derrière sa caméra... Par 
ailleurs, même les personnages monolithiques sacrés comme la femme-fatale 
est égratignée : elle s'avère être une bonne maman ventripotente, et une 
lesbienne en bonne et due forme !! BJM ne respecte rien ! Ah ces 
jeunes....

J'ai dans un précédent post énoncé les différentes catégories de films 
qui sont susceptibles AMHA d'être classés cultes, et ben BJM les occupe 
toutes : OVNI, habile mélange de genres et de lectures, et surtout RICHE 
en réflexion ! Oulala pour cela il est riche !
Nous avons le droit à une réflexion profonde sur l'Homme et ses 
obsessions (notamment sexuelles, ou encore de gloire, d'acceptation par 
l'Autre), sa quête éperdue du bonheur, de sa place dans la société, de 
son identité propre (ce qui à mon avis ne veut rien dire car son identité 
n'est pas fixée, mais en constante évolution, et cette quête en est même 
partie intégrante...), et l'influence de son subconscient (fait en partie 
des événements traumatisants depuis sa petite enfance), ou encore son 
insatisfaction chronique , son désir d'être tjrs l'autre, d'être comme 
l'autre... Mais même cette réflexion est désacralisée car le film se 
moque ouvertement des psy avec le cas du chimpanzé traumatisé qui se fait 
psychanalysé.
En tout cas, elle est forcément multidiverse, cette humanité décrite 
comme un zoo : un hétéro qui se rend compte que celle qu'il aime n'est 
pas celle qui porte son alliance, une femme "zoophile" (non SVP pas les 
points de la signalétique élitiste et private-joke frcdienne...) mal dans 
sa peau qui semble mieux s'épanouir dans la peau d'un mâle baisant avec 
une femelle, un vieux croûton avenant, lubrique et poétique,...

Une autre réflexion est menée sur la récurrente question de la réalité et 
de la virtualité... J'y vois même une sorte d'Existenz-bis, qui pose la 
question fatidique de la future Réalité Virtuelle qui va changer nos 
façons de voir, de sentir, (de vivre ?, de penser ?, de baiser ?), sous 
une forme de chair et de sang, et non sous une forme high-tech 
cyberpunkisante... Que serons-nous quand nous pourrons à volonté incarner 
quelqu'un d'autre ? ... ce quelqu'un d'autre fera-t-il partie de nous ? 
En tout cas, je revendique la réalité (sentimentale, historique) d'une 
vie "virtuelle" (OK, je dérive, mais c'est mon credo ;-) )

D'autres thèmes typiquement humains sont abordés, comme la manipulation 
(l'homme est définitivement un loup pour l'homme : les hommes se bouffent 
entre eux !), le désir (in)conscient de la vie éternelle (pourquoi 
forniquons-nous si ce n'est pour se prolonger dans sa descendance ? 
pourquoi tenterons-nous de construire l'IA Ultime, la machine parfaite 
qui connaitra et calculera tous les paramètres humains et terrestres, au 
point de prédire l'avenir et de de venir un Dieu (cf l'excentissime 
Hypérion de Dan Simmons) ?

Techniquement, les scènes en caméra subjective sont assez innovantes, et 
on a droit visuellement et musicalement à de purs moments de poésie (la 
scène où Craig court comme un dératé dans NY, la scène finale de la 
fillette nageant dans les reflets et les ondelettes, ultime réalisation 
du désir d'éternité humain (the Circle of Life et tout le toutim... sauf 
que cette fois, les parents sont 2 lesbiennes ;-)... girl power rulez the 
new millenium ?)

Rahhh.... Faut que je trouve des défauts, sinon je vais me faire taxer de 
candide ébloui... Le jeu des acteurs ? malheureusement ils sont TOUS 
excellement bons... Un manque d'humour ? impensable, ce film en regorge 
(dialogues préliminaires avec Maxine, étage 7 1/2, personnages loufoques 
comme cette agrégée en défaut d'élocution)... Trop réaliste 
scientifiquement et/ou socialement ? T'es fou ou quoi ? Jamais vu un film 
aussi farfelu (la scène du côté obscur de la backdoor de Malkovitch est 
ahurissante : "Malkovitch ? Malkovitch, Malkovitch." [à ce propos il 
paraitrait que le père du film aurait choisi Malkovitch seulement parce 
que son nom sonnait bien... zut alors, comment je fais moi si je 
m'appelle Patrick Dupond et si je veux faire du cinéma autre que le porno 
?]) Des scènes croustillantes ? je veux mon neveu ! : de jolies scènes 
érotiques en veux-tu en voilà ! (et fort à propos d'ailleurs).

Rahhh.... Comment conclure ? 2 mots seulement : FILM-CULTE. (oui oui on a 
le droit d'avoir 2-3 films-cultes en moins d'1 mois....)


PS : pour casser l'ambiance, je réaffirme que ce qui fait le charme de 
Cameron Diaz, c'est son nez de traviolle... et suis content qu'on puisse 
la désigner sex-symbol "malgré" cet "apparent défaut" (bon j'entends dire 
certains qu'elle combine d'autres sérieux atouts... ça ne gâche rien il 
est vrai ;-) )

PS2 : je ferais mieux d'aller voir les derniers navets typiquement 
hollywoodiens (genre Schwarzy en exorciste), j'aurais moins mal aux 
neurones et aux poignets, et j'épargnerais les frcdiens de mon imbuvable 
prose...  

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