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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Une histoire vraie, de David Lynch
(Ne pas lire si vous n'avez pas vu le film) Eloge de la lenteur : la première scène annonce tout le film : une plongée sur un jardin ensoleillé ; une chaise longue, une femme se repose et bronze tranquillement. La caméra descend lentement, prend son temps, circule lentement entre l'ombre et la lumière, passe sous un arbre, et on ressent quasiment le souffle de l'air chaud d'une fin d'été. Le thème est on ne peut plus simple : un vieil homme, dans l'Iowa, décide de rejoindre son frère vivant à cinq cent kilomètres de là, qui vient d'avoir une attaque et avec qui il est brouillé depuis dix ans. Le vieil homme tient à son indépendance : d'un médecin qui s'inquiète pour sa santé et qui suggère des examens et des analyses, il n'accepte finalement qu'une canne supplémentaire pour l'aider à marcher. Fidèle à cette logique, il décide donc de rejoindre son frère tout seul. Malheureusement, il n'a pas le permis. Qu'à cela ne tienne : il enfourche sa tondeuse à gazon et prend la route. Ce road-movie lancé à dix kilomètres heures sera l'occasion de rencontres variées et pittoresques, qui sont finalement plus importantes que les hypothétiques retrouvailles entre les deux frères. Apparemment, il est paradoxal que le vieil homme, qui ressent l'urgence de revoir son frère, choisisse pour cela un moyen de locomotion qui va lui prendre près d'un mois et demi. Cela s'explique partiellement par son désir d'indépendance et de non-assistance (car être aidé, assisté, cela veut dire : se rapprocher de la mort), mais aussi - et surtout - par son besoin de temps pour réaliser qu'il va revoir ce frère. Il le dit : c'est un voyage qu'il doit faire seul. Initiatique. Rattraper le temps perdu, le temps gâché par la querelle. Dès le début du voyage, l'image du frère est omniprésente, et au fur et à mesure du périple on se soucie de moins en moins de savoir si les retrouvailles auront vraiment lieu. En quelque sorte, elles se sont déjà produites : lorsque le vieil homme répète seul des scènes vécues ensemble dans l'enfance, comme observer une nuit étoilée, couché dans un champ, il est peut-être plus proche de son frère qu'il ne le sera jamais. Le voyage se déroule, alternant les kilomètres, les superbes images de l'Iowa, champs de céréales aux moissons puis forêts commençant à rougeoyer des premières couleurs de l'automne, et rencontres. Les personnages que le héros croise sont émouvants (la jeune fugueuse, le vieux avec qui il partage ses souvenirs de guerre), drôles (les jumeaux mécanos, la femme au daim) ou simples (le couple qui l'héberge dans son jardin). Nous pourrions avoir croisé ces représentants familiers de l'Amérique rurale dans Fargo ou dans Cookie's Fortune. La scène finale, les deux frères. enfin réunis, est traitée intelligemment, avec une grande sobriété : quelques regards, quelques mots entre deux hommes qui ne savent pas encore quoi dire après si longtemps. Pas de mélo, ni de bon sentiment. La simplicité de deux frères. qui se retrouvent. Le film est brillant, et on peut d'autant plus le saluer que Lynch abandonne (provisoirement ?) les univers glauques et malsains qui le caractérisent habituellement. Richard Farnsworth, qui interprète le personnage principal, est exceptionnel de simplicité et d'émotion. Alors que notre époque conçoit la route comme une simple ligne abstraite permettant de rallier un point à un autre, Lynch fait l'éloge de la lenteur, et nous fait redécouvrir le charme du chemin, des bas-côtés et du hasard. On partage le périple du héros en appréciant avec lui les péripéties rencontrées, et on sort de la salle le coeur un peu serré de le quitter, lui et sa tondeuse. Evan Lustaf "Damn the rules, it's the feeling that counts." John Coltrane -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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