[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[AVIS] Fight Club : une bombe !


  • Subject: [AVIS] Fight Club : une bombe !
  • From: Candide@caramail.fr (Candide)
  • Date: 11 Nov 1999 09:46:58 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: fre3d
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:235 fr.rec.cinema.discussion:31737

!!! Attention ce post est sujet à spoiler le suspense du futur spectateur 
de FC !!!


Ce film est tellement riche qu'il est difficile de savoir par où 
commencer (d'ailleurs le narrateur ne sait pas trop lui non plus) pour 
appréhender ses multiples facettes, et, pour rester dans le ton du film, 
je me passerai d'une quelconque structure qui pourrait tendre au 
formatage uniformisant de l'esprit des lecteurs...

Voilà donc en vrac et à chaud les différentes émotions et réflexions que 
ce film m'inspire, prenez ce qui vous chante, enflammez ce qui vous fâche 
:

Tout d'abord il me faut louer le talent du génial réalisateur qu'est cet 
artificier de Fincher à qui l'on doit notamment le percutant, dérangeant 
et glauquissime Se7en, avec d'ailleurs un Brad Pitt déjà exceptionnel. 
Cet acteur confirme dans FC qu'il est un excellent acteur après sa 
prestation et sa prestance dans Se7en et dans l'Armée des 12 Singes, loin 
de son image de sex-symbol (qui du côté de la gent masculine peut le 
rendre éminemment antipathique ;-) ). Son acolyte Edward Norton est lui 
aussi époustouflant, et ajoute encore à son palmarès un rôle très 
difficile...

Ce film noir par excellence est emprunt d'une philosphie anti-
conformiste, anarchisante, qui crache sur notre société de consommation, 
dont les valeurs reines sont l'ultra-matérialisme et l'argent, où la 
quête d'un simili-bonheur se confine à l'autosatisfiction par 
l'ammoncellement de biens "formatés" pour les masses (cf les ikea 
people), où les sentiments se perdent parmi l'insensibilité du 
capitalisme & consort (cf les calculs de statistiques morbides sur les 
accidents de voiture), où les "acteurs" vivants sont plutôt des zombis 
passifs (la gueule d'insomniaque déterré du narrateur est assez 
révélatrice ;-) )... Le Fight Club est une réaction contre ce système 
bien huilé, une explosion dans ses rouages, un désir de le détruire pour 
tout recommencer à zéro (cf l'annihilation de l'ikea appart, la 
destruction finale des gratte-ciel, sièges des banques symboles de ce 
système), un retour à la source, à la véritable nature humaine, aux 
forces humaines primitives (le sexe bestial, le combat à mains nues, le 
non-dégout de la saleté...).
Par ailleurs le côté suicidaire des personnages, qui se shootent 
à l'adrédraline qui découle des combats, du sexe, ou du voisinage de la 
mort, les nombreuses scènes de nuit dans des décors genre quartiers 
industriels en décomposition renforcent l'aspect destroy du film.

Mais le Fight-Club ne devient quand même finalement avec son projet Chaos 
qu'une espèce de groupuscule extrémiste avec des nazillons endoctrinés 
(tiens Norton a joué un rôle de nazi dans son précédent ilm...), 
caricaturaux dont le film se moque avec les scènes d'obédience ultime, 
des règles et des devoirs (devoir-duty et devoir-homework) du FC à suivre 
à la lettre, de la propension à santuariser leurs martyrs et à répéter 
religieusement les paroles de leur leader... etc...

L'humour est très présent, très noir (cf statistiques des accidents, le 
flingage de gueule final, le non-respect de la mort et des morts, Marla 
fumant comme une pompier chez les tuberculeux anonymes), souvent 
scatologique et graveleux [pour les amateurs ;-) ] (cf les gags dans le 
resto, les nombreuses répliques sur les testicules, la demande d'une 
ultime baise par une médicalement condamnée à mort, les ébats sexuels 
plus que bruyants, les images subliminales porno dans des films Disney-
like, etc...).

Un humour tout particulier que j'ai apprécié est celui de l'auto-dérision 
cinématographique (à la Scream) avec de nombreuses références au 
techniques scénaristiques (et même celles des projectionnistes !) [cf 
moment de la "commutation", "humour flashback", truc des brûlures de 
cigarettes...]. Le coup des images subliminales porno est assez "génial", 
et on se doute bien que le film doit en être truffé.. j'ai pour ma part 
aperçu une sorte de personnage StarTrekien très fugace lors d'un réveil 
et descente de trip du narrateur. Mais si je l'ai vue et en suis 
conscient, alors cette image n'est pas réellement subliminale et a été 
incrustée volontairement de façon à être vue et prise pour subliminale... 
Ca peut être vu comme une dénonciation de ce procédé machiavélique dont 
on a accusé nombre de messages publicitaires d'en abuser sur nos p'tites 
têtes de consommateurs baisés...

L'humour fait aussi référence à des courants de pensée assez communs aux 
USA en cette fin de millénaire, comme la paranoïa ambiante, le complot 
omniprésent et omnipotent (derrière de nombreux citoyens "normaux" se 
cachent des membres de FC, cf le passage hilarant des flics dans le 
coup...) 

L'humour se révèle en tout cas souvent très cocasse, et mes passages 
favoris sont ceux des réunions de malades en tout-genre, et la 
répartition de celle-ci entre le narrateur et la défoncée Marla, ou 
encore la grotte personnelle avec le pingouin, animal connoté d'une 
grande maladresse...

Les personnages sont tous atypiques, félés, défoncés, ce qui rend le film 
encore plus singulier.

Mais ce qui frappe dans FC, c'est justement les sentiments forts qu'il 
inspire, qu'inspire ses personnages et ses scènes...
Certaines sont touchantes, comme celles des réunions typiquement 
américaines de thérapie par le dialogue intime entre mêmes amis de 
galère, avec le personnage attachant de l'obèse aux seins volumineux...
D'autres sont dérangeantes (la scène de la torture chimique), voire 
choquantes : la scène d'une fillette pleurant dans le ciné, ayant subi 
les images subliminales porno, est révulsante à mon goût, car allégorique 
d'un viol, et ne peut en aucun cas être accepté par mon sens de l'humour 
noir...

Techniquement ce film est un pur chef d'oeuvre, avec notamment la scène 
fictive de la collision aérienne, les scènes de zoom planant et speedées 
sur les objets pyrotechniques, la scène de la pièce tout droit sortie du 
catalogue ikea, et bien sûr la scène finale, grandiose apothéose qui 
touche au sublime !!
D'autres effets visuels et sonores sont hallucinants (c'est le cas de le 
dire) comme les trips et réveils de l'insomniaque, les ronds de fumée de 
Marla (on se croirait dans une vidéo pour smokers obsessionnels qui 
prennent leur pied en matant de pulpeuses bouches exhalant des vagues de 
fumée... un must anti-conventionnel dans l'uniformisation bien-pensante 
hollywoodienne)

Pour finir il faut célébrer aussi le génie du scénario, tordu à souhait, 
avec le flashback narrateur à la Pulp Fiction, l'exploitation réussie du 
syndrôme de dédoublement de personnalités dont souffre le personnage 
déjanté et irrémédiablement cinglé que joue Norton.

On comprend que ce film soit classé "interdit aux moins de 16 ans", de 
par sa violence omniprésente (violence générale : mentale, physique, 
verbale,...), son caractère ultra-pessimiste que des faibles du bulbe 
pourraient prendre comme un appel pur et simple à la révolte, à la prise 
des armes contre le Système, à l'Anarchie... je ne prétends pas 
comprendre le message ultime du film _s'il y en a un_, mais reconnaissons 
que ce film est potentiellement très influent...

En résumé, c'est pour moi LE film de l'année (même si d'autres le 
talonnent, comme Matrix, The 13th Floor, et bientôt Jin-Roh et Tarzan... 
oui oui le Tarzan de Disney ;-) )

A "consommer" (euhm euhm ;-) ) sans modération !!!
(et n'oubliez pas d'achetez dans un futur proche la TVHD son 3D spatial 
et tout le toutim, le lecteur de DVD, le DVD avec le making-of, les 
goodies et autres spin-off pour profiter un max de ce produit...)


-- 
Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html
Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>