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[AVIS] A straight story


  • Subject: [AVIS] A straight story
  • From: CEDRIC TAILLEFER <cedworld@club-internet.fr>
  • Date: 5 Nov 1999 17:21:41 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet (France)
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  • Reply-to: cedworld@club-internet.fr
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:226

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Mon petit avis à moi sur "A straight Story" le dernier film de David
Lynch.

SPOILERS (pas beaucoup mais un peu quand-même).

En fait, ce film, bien que hanté par la mort, est très zen. Un peu comme
le récent "Ghost Dog" de Jarmusch. Bon alors bien sûr, monsieur Straight
(j'ai oublié son prénom), le personnage principal, n'est pas un samouraï
(ou bien j'ai loupé les scènes ou il s'entrainait aux arts martiaux avec
ses deux cannes...). Seulement, comme il va retrouver son frère qui
risque de passer l'arme à gauche, et qu'il est lui-même assez vieux et
pas très en forme, et qu'il se remémore les souvenirs pas tous roses de
sa longue vie, eh ben, y a comme un arrière goût de tristesse. 

En fait, c'est ça qui est bien dans ce film. Les drames ne sont pas mis
en avant même s'ils sont bien présents, car le personnage principal ne
se noie pas dans ses souvenirs. Il apprécie des choses toutes simples
comme fumer un cigare, se lier avec des inconnus, ou contempler les
champs de blé en voyageant sur sa tondeuse à gazon. C'est donc le seul
film de Lynch qui ne soit pas dramatique (au sens du drame dans un film
de genre), même si on croise les obsessions habituelles du cinéaste,
notamment quelques personnages aux attitudes décalées. Mais là, le
décalage des personnages n'est pas le moyen de sous-entendre des mondes
intérieurs glauques (comme dans ses films précédents). Disons que
maintenant, la bizzarerie ne semble plus torturer Lynch. Elle fait
partie de la vie. Il l'accepte tranquillement, comme son personnage
principal accepte tout ce qu'il a vécu et le fait qu'il s'approche de la
mort. Donc, pour ce qui est de la "galerie de personnages", un truc cher
à Lynch, on voit dans ce film des vieux aux réactions très lentes (qui
font sourire), une femme victime d'une drôle de malédiction (un doux
parfum de fantastique), des jumeaux pas très bons en affaires, des gens
qui regardent les pompiers éteindre un incendie en restant avachis sur
des transats... Et, c'est une première chez Lynch: ce sont tous des
personnages plutôt sympathiques.

Une vision douce-amère de la vie, un brin amusée et finalement
apaisante, pour un film qui arrive à nous faire planer avec trois fois
rien (Ah ! ces plans aériens des champs de blé portés par la musique de
Badalmenti -quoique je ne sais pas s'il s'agit de Badalmenti, car il y
a toujours une ribambelle d'artistes sur les BO de Lynch-). Par contre,
il y a comme un goût amer quand la fin du voyage de Straight s'annonce.
En fait, même s'il lui tient à coeur de retrouver son frère, je me suis
laissé dire que ce voyage était la chose la plus dépaysante,
aventureuse, poétique, qui lui soit arrivé depuis un bon bout de temps,
à ce brave bonhomme, alors, personnellement, j'ai espéré qu'il
continuerait à voyager sans fin sur son tracteur. Mais bon, je crois
qu'on n'est plus sur l'autoroute cyclique de "Lost higway"...

Cédric.



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