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[Date Prev][Date Next][Date Index] Eyes Wide shut [AVIS]
EYES WIDE SHUT, le dernier conseil de Kubrick. Le monde entier l'attendait, le redoutait. Avant même sa sortie, l' imagination de milliers de fans, internautes, et de cinéphiles était déjà en marche. Alors que tout le monde savait que le prochain film de Kubrick, après 12 années d'absence, était une adaptation d'une nouvelle d'Arthur Schnitzler «rien qu'un rêve », peu se sont donné la peine de la lire, mais beaucoup ont colporté les rumeurs les plus folles. Cruise serait un travesti, Harvey Keitel aurait été viré du tournage pour avoir éjaculé sur Nicole Kidman, Kubrick aurait commandé des photos pornographiques pour stimuler les scènes de sexe entre les deux plus grandes stars hollywoodiennes du moment. La Warner axe sa campagne de pub (avec l'accord de Kubrick) uniquement sur le coté érotique du film, tandis que la MPAA oblige le studio à poser des caches numériques sur la scène d'orgie. Comble du comble, le réalisateur virtuose meurs le 7 mars juste après avoir achevé son treizième film. L'hystérie est à son paroxysme chez les cinéphiles. Le seize juillet, lors de la sortie en salle du film, un tremblement de terre : Le film de Kubrick n'est pas le porno tant attendu de cette fin de siècle, l'odyssée du sexe de 1999. Déception. Mais que fallait-il attendre de Kubrick, quand ce dernier a passé ces 46 années de réalisation à prendre le spectateur à rebours ? Pour les autres, Eyes wide shut sera un sujet d' étude passionnant, et un film émouvant, car ne se contentant pas d'être le film de Kubrick le plus «humain », il est aussi malheureusement le dernier opus d'une longue introspection du caractère humain du seul réalisateur ayant réussi à imposer sa vision d'artiste au coeur même de l'industrie hollywoodienne. Cela commence par Nicole Kidman de dos, et son cul. Par ce plan étrange de quelques secondes avant le commencement du film, Kubrick donne ce dont tout le monde rêvait, pour pouvoir enfin affranchir le film de son passé mouvementé, et de tout à priori. Le film peut commencer. Il débute donc avec Alice et Bill (Kidman et Cruise), se préparant pour un gala de Noël. Scènes de la vie quotidienne, dont la musique, une valse, renforce l'impression de monotonie dans ce couple apparemment sans histoires au bout de 9 ans de vie conjugale. « Comment me trouves-tu ? » lui demande Alice. « Très bien. » lui réponds machinalement Cruise sans même l'avoir regardée. Arrivés à la grande soirée, le couple se sépare pour quelques instants. Tandis qu'Alice, qui force un peu trop sur le champagne se laisse tenter par un Dom Juan, Bill se fait accrocher par deux jolies jeunes femmes (cette scène rappelle celle d'Orange mécanique) : « Ne voulez-vous pas voir la fin de l'arc-en-ciel ? » lui demande l'une d'elle. De retour à l' appartement, le couple va faire acte de chair. Nue devant son miroir Nicole Kidman avec son mari qui l'embrasse (les yeux fermés) semble néanmoins exiger une présence, une attention par son regard insistant de la caméra à travers le miroir, après un petit joint sensé être réparateur (car caché dans une boite de pansements), Alice va avouer à son mari, en dépit des croyances naïves de ce dernier, qu'elle a été tenté par l'adultère avec un inconnu. Cette révélation bouleverse les croyances établies de Bill, qui quitte l'appartement. S'ensuit une série de rencontres toutes plus fantasques et extravagantes. Le spectateur subit une montée en puissance des fantasmes de Bill et passe ainsi en revue toutes les couleurs de l' arc-en-ciel tant promis. Jusqu'à la fameuse scène d'orgie. Cette métaphore va déterminer tout le film de Kubrick, et à tous les niveaux : la mise en scène avec la caméra qui multiplie les arcs de cercles, la photographie faites de couleurs variées - jaune pour « le paraître des soirées huppées », bleu pour les scènes de folies, rouge pour l'orgie, noir pour la mort etc. - et saturées au maximum des possibilités de la pellicule, ainsi que le scénario vont faire parcourir au personnage de Tom Cruise toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, symbole de ses fantasmes pourtant bien terre à terre... C'est également pour Kubrick l'occasion de plonger le spectateur dans un monde où rêves et réalité se mêlent si étroitement que l' on ne peut plus faire la distinction entre les deux. Le fait que la ville de New York a été reconstituée dans les studios de Londres, que le couple joué à l'écran l'est par un véritable couple, ou encore par la structure narrative (symétrique) qui multiplie dans la seconde partie des réminiscences de la première (lieux revisités les uns après les autres par Cruise, les dialogues qui se répètent, les clins d'oeil aux oeuvres précédentes du réalisateur) pénètrent dans l'inconscient du spectateur, dans un récit qui justement, montre un homme qui perds le contrôle de ses pulsions (voir les enchaînements de plans par des fondus sur le visage de Cruise, qui donnent l'impression que les décors pénètrent en lui) et qui essaie tant bien que mal de reprendre conscience en affichant à chaque occasion sa carte de travail. Mais comme tout arc-en-ciel, une fois arrivé au zénith de ce dernier, il faut maintenant s'atteler à redescendre sur Terre. Bill se fait démasquer, et se fait prier de se déshabiller pour être puni de son intrusion dans cette soirée très spéciale quand une femme masquée se propose de recevoir les châtiments qui lui étaient réservés en échange de la liberté de l'intrus (réminiscence du début du film lorsque la prostituée de Ziegler l'avait étrangement remercié en lui disant qu'elle lui devait la vie). Bill se retrouve donc jeté comme un mal propre et va essayer de comprendre ce qui s' est réellement passé. Mais tour à tour, chaque personnage rencontré précédemment va rejeter sa fascination pour les illusions de son inconscient (la jeune prostituée a le Sida, son ami pianiste a été renvoyé pour Boston, Marianne ne réponds plus au téléphone). Re-descente sur Terre périlleuse (la mort est omniprésente) donc, avec au bout le discours de Victor Ziegler (Sydney Pollack), l'organisateur du gala de Noël lui affirmant qu'il a été beaucoup trop loin dans les explorations de ce monde nocturne (Le « je ne sais pas si vous réalisez » est repris de la scène où Marianne déclare son amour pour Bill) : «tout ce que vous avez vu était faux, c'était de la mise en scène, du rêve ». Bill rentre chez lui déboussolé. En voyant le masque qu'il portait lors de la soirée orgiaque de la veille (Nicole Kidman dors juste à coté, le plan signalant qu'elle vit avec un homme qui n'est finalement qu'un étranger après 9 ans de mariage), il s'effondre en larme et raconte à sa femme la vérité. Cette dernière décide de reprendre leur vie de couple d'antan, mais en prenant garde cette fois d'ouvrir grands les yeux l'un sur l'autre, pour éviter les tentations abyssales provoquées par la solitude qui régnait au sein même de leurs couple (voir les plans où Nicole Kidman se retrouve seule avec sa fille et la télé qui a une place centrale dans l'image). Le dernier film de celui qu'on a appelé : « la mauvaise conscience du cinéma américain » se termine donc sur un dernier avertissement, un dernier conseil de prudence avant que l'irréparable ne soit commis. Force est de constater que Stanley Kubrick, contre tous, ne s'était pas trompé en voyant avant tout, dans une histoire très freudienne (« Traumnovel » la nouvelle rêvée ou encore « rien qu'un rêve » d'Arthur Schnitzler) faite de l'envahissement du subconscient dans la vie d'un couple du début du 20ème siècle, la simple histoire, malheureusement très, voire trop commune aujourd'hui d'un homme qui oublie et délaisse sans y prendre garde, la femme qu'il aime. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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