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[AVIS] Ghost Dog: Quelques mots...


  • Subject: [AVIS] Ghost Dog: Quelques mots...
  • From: "R.R" <raphael.richard1@libertysurf.fr>
  • Date: 1 Nov 1999 16:45:20 GMT
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GHOST DOG
Un film de Jim Jarmusch (scénario et réalisation)
avec Forest Whitaker, John Tormey, Isaak de Bankolé.
1h56.

Quelques mots...

Une fois n'est pas coutume, le magazine de cinéma «Première » nous propose
une critique absolument nulle du film de Jarmusch. Passons, je ne piocherai
donc aujourd'hui chez personne pour faire la critique de ce film. Une de mes
anciennes professeur de cinéma, critique chez «Positif » me l'a déjà dit :
Il ne faut pas dire explicitement que l'on a aimé ou pas le film que l'on
critique. Il faut savoir le faire sentir aux autres sans avoir à l'écrire;
je ne vous dirai donc pas que ce film m'a vraiment plu.

Un samouraï dans un monde autre que celui du Japon des temps anciens. Il
évolue dans un univers où des gens comme lui sont. Ces individus sont
anonymes. Le samouraï les respecte, les tue. L'homme qu'il est est aussi,
paradoxalement, mort. Il n'évolue dans un espace donné que pour son vassal,
sorte de mafieu lui ayant sauvé la vie jadis. Il lui prouve sa
reconnaissance en le servant. Mais il a commis une faute, tué une personne
qu'il n'aurait pas du tuer-- Ghost Dog est un professionnel. Il ne se
laissera pas prendre, et tel le samouraï à qui l'on tranche la tête se
vengera juste avant de mourir.

Commençons par la fin. Car comme Jarmusch nous le fait savoir avant de
conclure son film, rien n'est plus beau qu'une fin. Elle préserve le
souvenir. Ne pas savoir conclure quand il faut, c'est risquer de tout
gâcher. Et tout gâcher, ce serait vraiment con. Ce serait même oublier les
premiers plans, qui, malgré leur banalité nous absorbent.

Quelques plans en hélicoptère sur la ville sombre, et, une pigeon dans le
ciel. Ce que voit le pigeon ? La ville. Laquelle ? Une ville existant
apparemment réellement, mais passée à travers l'objectif de Jarmusch, ce n'
est plus la même.  Comme toujours, il fait de la réalité sa réalité. Et avec
pas beaucoup d'argent, il nous fait rêver mais aussi penser.

Ghost Dog le philosophe exécute sa mission. Il tue et repart sans se
questionner. Il est avant tout samouraï et doit aller de l'avant. Le plus
simple pour éviter l'averse nous lit-il dans un des nombreux plans s'
entrelaçant par un fondu enchaîné avec un carton de texte, c'est d'accepter
de se faire tremper. Une fois la « notion acquise », plus de problème ?
Alors, il tue et c'est tout. Quand il prend une décision, c'est en moins de
sept respirations. Il faut savoir ce que l'on veut et le faire, tout le
reste n'est qu'esbroufe.

On ne peu s'empêcher de songer à la richesse de cette oeuvre. Interprétable à
souhait, belle tout simplement. Ghost Dog, c'est trois fois rien d'histoire
et beaucoup de vies. C'est ces inconnus que l'excellent Forest Whitaker voit
au volant des voitures qu'il vole afin d'accomplir ses missions, ce sont les
frères. Il leur dit bonjour dans la rue, point. Son meilleur amis est un
marchant de glaces français, et Ghost Dog ne comprend pas un mot de
français. C'est du moins ce qu'il pense, car sans comprendre la langue, il
transcrit en anglais tout ce que dit l'autre. C'est ça ses rapports avec les
gens. C'est aussi sûrement les notre : alors que l'on croit ne pas se
comprendre, tout passe mais sans que nous en ayons conscience. Peut-être--
mais peut-être pas.

Virtuose du flingue, s'entraînant avec des sabres, Ghost Dog passe à travers
la vie. Le chien le suivant part dès qu'il le lui demande, mais c'est pour
mieux le retrouver par la suite. Si lui meurt, la petite fille qu'il croise
un jour dans un parc finit par lire le livre du samouraï. Qui sait ce qu'
elle en fera, est-elle la réapparition ? Il y a des causes-- et les
conséquences viennent ensuite. La vie est une succession de moments au
présent, vivons simplement sans trop se demander semble nous dire le film.
On ne peut revenir en arrière, vivons alors pleinement le présent, quel qu'
il soit-- et il sera certainement meilleur.

Raphaël RICHARD
http://membres.tripod.fr/cinefilm
article tiré de la liste de diff:
abonnement-cinefilm@club.voila.fr






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