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[CRITIQUE] "Ghost Dog , The way of the Samouraï" de Jim Jarmush (1999)


  • Subject: [CRITIQUE] "Ghost Dog , The way of the Samouraï" de Jim Jarmush (1999)
  • From: nicolas@null.net (Nicolas Rialland)
  • Date: 2 Oct 1999 20:22:05 GMT
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Ghost Dog , The way of the Samourai (Ghost Dog, la voie du samouraï)
Scénario et réalisation : Jim Jarmush
avec : Forest Whitaker, John Tormey, ...
Musique : RZA
Production : Plywood
116 min
http://akas.imdb.com/Title?0165798

     Figurez vous que je sortais de l'avant première, jeudi soir, et
que je me suis dit : Ça c'est un film dont il faut que je parle sur
frcd parce qu'il faut absolument que les gens aillent le voir. Et puis
je rentre, je lis Les Cahiers et qu'est ce que je vois ? Y'a un gars
qui m'avait volé toutes mes belles idées et qui les avait mises dans
son article. Bon j'aurais bien recopié la critique de ce Jérôme
Larcher, mais ça poserait des problèmes de droit donc vous devrez vous
contenter de ma critique.


NE PAS LIRE SI VOUS N'AVEZ PAS VU LE FILM


     « Ghost Dog » est un film de cinéphile. Jim Jarmush aime le
cinéma et son film est pétri de référence. Mais il ne cite pas à la
manière d'un Tarantino, avec une ironie contre ses références et une
certaine déférence. Il cite et re-crée à partir d'un matériau déjà
existant. 

     « Sans vouloir paraître prétentieux, je pourrais évoquer le 
     travail des musiciens /be-bop/ comme Charlie Parker, qui jouaient

     des standards, des airs populaires, en les transformant. Parker a

     fait de /Laura/, une chanson légère, douceureuse, un 
     chef-d'oeuvre tourmenté. Je souhaitais intégrer des éléments 
     divers qui revêtaient tous une certaine importance à me yeux -- 
     films de genres, livres, arisd e musique -- et travailler dessus 
     comme sur une matière nouvelle. [...] Ce n'est pas du collage, 
     plutôt un genre de re-création. » (Jim Jarmush dans son entretien

     aux Cahiers d'Octobre).

     C'est tout à fait l'optique de la musique de RZA (Wu Tang Clan),
faite de samples, à sonorité orientale avec pourtant des bonnes basses
qui décoiffent. La musique se fond avec les images, notamment dans les
scènes en voiture et participe de cette démarche de re-création. Le
personnage que joue Forest Whitaker (absolument merveilleux) accompli
lui aussi un travail de métissage. Il est à la fois rapper et
samouraï, dispose des derniers gadgets pour ouvrir une voiture et tire
ses règles de vie d'un livre du XVIIIème siècle. Il est toujours vêtu
de noir, c'est-à-dire sans couleur dans un quartier ou il faut choisir
entre deux gangs, entre les rouges et les bleu. Il est partout et
nulle part. Il transcende toute chose. Forest Whitaker illumine tout
le film. « Il possède un visage poignant qui dégage une rare
humanité » (Jim Jarmush, ibid.). Il se fond avec chaque décor,
notamment avec l'utilisation très poussée de la superposition. Il
coïncide avec le monde : qu'il s'agisse d'un environnement urbain,
(les scènes en voiture) ou qu'il s'agisse d'un environnement naturel
(il s'identifie tour à tour à un chien, à un ours, à un oiseau). Il
est au-dessus de tout, il survole le film et le monde tel un oiseau
(c'est le plan d'ouverture).

     Son film constitue donc un travail de métissage, de
ré-utilisation  et ré-appropriation des codes cinématographiques. Il
filme des gangsters fatigués sorte d'archétype d'un certain cinéma
américain. Mais il les filme avec respect et il les relie à
aujourd'hui. Il les cite en maintenant toujours à l'esprit du
spectateur qu'il est en train de citer. Il n'y a pas de tricherie chez
Jarmush. Le film devient alors plus léger, acquiert une dimension
réflexive. 

     La distance qui existe de fait entre le film et le spectateur est
le meilleur moteur qui puisse exister à l'humour. « Ghost Dog » est un
film où l'on rit. Le vieux gangster fatigué qui est fan de rap ne
semble pas concorder avec l'image (cinéphilique) que l'on a du vieux
gangster. C'est cette distance qui fait naître l'humour. Jim Jarmush
joue sur nos a priori cinématographique. 

     Mais « Ghost Dog » est un film tragique, car récit d'une
incompréhesion. Le conflit qui oppose les deux tribus, les gangsters
contre les samouraïs, le code de l'honneur du gangster (tuer celui qui
a tué son patron) contre le code de l'honneur du samouraï (rester le
vassal) de la légèreté est le fruit d'un quiproquo. De l'évènement
originel qui lie les deux personnages principaux, les souvenirs
diffèrent dans les deux flash-back du film. Pour Ghost Dog, Louie a
tué son agresseur pour le sauver. Pour Louie, il a tiré sur son
agresseur car il le menaçait lui. Nous ne saurons pas lequel des deux
a raison. Ghost Dog défend donc des valeurs quasi-incompréhensible
pour Louie. Il est une sorte de Don Quichotte moderne (Cervantès est
cité dans les remerciements du générique), un homme incompris qui se
bat pour des valeurs inscrites dans un livre.

     Le livre est bien le seul mode de communication qui existe. C'est
grâce à lui que Ghost Dog et la petite fille se comprennent, c'est
grâce à lui que Ghost Dog survit à sa propre mort, lorsque la petite
fille lit le livre du Samouraï. La langue ne joue qu'un second rôle
dans la communication. Le marchand de glace (Isaach de Bankolé) ne
parle pas un mot d'anglais et Ghost Dog ne parle pas un mot de
français, pourtant ils se comprennent et sont les meilleurs amis du
monde. 

     « L'un répond à l'autre sans avoir compris ce qu'il dit, mais ce 
     qu'il répond est juste. C'est très simple : si la parole est le 
     premier mode de communication, il n'est pas le plus nécessaire 
     notamment en ce qui concerne le cinéma. Cela vient de mon
     expérience. J'ai travailllé avec des acteurs japonais, français, 
     italiens, finlandais, sans, pour la plupart, comprendre un seul 
     mot de ce qu'ils pouvaient dire. Alors j'ai cherché de nouveaux 
     modes de contact. Lorsque je préparais /Mystery Train/ en 1989, 
     j'allais fréquemment au Japon, ,et j'en profitais pour me 
     procurer des cassettes de films d'Ozu que je ne pouvais trouver 
     en Amérique. Bien-sûr, les films n'étaient pas sous-titrés et je 
     les regardais pourtant avec une grande émotion. Depuis, le cinéma

     est devenu une éternelle langue étrangère. » (Jim Jarmush, ibid.)

     Jim Jarmush finit par faire un film qui se raconte en tant que
film, qui exhibe son artificialité et n'en devient que plus honnête,
qui montre la fatalité inhérente à toute oeuvre d'art. « Rien n'arrive
sans raison » dit Ghost Dog. Et la fin du film nous est donc annoncé
directement dans le film : « La fin est importante en toute chose »,
lit la petite fille dans le livre du Samouraï.
-- 
Nicolas, de par sa chandelle verte.
[PUB] Lumière ? Lumière ! http://www.lumiere.org [PUB]


-- 
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