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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] "Ghost Dog , The way of the Samouraï" de Jim Jarmush (1999)
Ghost Dog , The way of the Samourai (Ghost Dog, la voie du samouraï) Scénario et réalisation : Jim Jarmush avec : Forest Whitaker, John Tormey, ... Musique : RZA Production : Plywood 116 min http://akas.imdb.com/Title?0165798 Figurez vous que je sortais de l'avant première, jeudi soir, et que je me suis dit : Ça c'est un film dont il faut que je parle sur frcd parce qu'il faut absolument que les gens aillent le voir. Et puis je rentre, je lis Les Cahiers et qu'est ce que je vois ? Y'a un gars qui m'avait volé toutes mes belles idées et qui les avait mises dans son article. Bon j'aurais bien recopié la critique de ce Jérôme Larcher, mais ça poserait des problèmes de droit donc vous devrez vous contenter de ma critique. NE PAS LIRE SI VOUS N'AVEZ PAS VU LE FILM « Ghost Dog » est un film de cinéphile. Jim Jarmush aime le cinéma et son film est pétri de référence. Mais il ne cite pas à la manière d'un Tarantino, avec une ironie contre ses références et une certaine déférence. Il cite et re-crée à partir d'un matériau déjà existant. « Sans vouloir paraître prétentieux, je pourrais évoquer le travail des musiciens /be-bop/ comme Charlie Parker, qui jouaient des standards, des airs populaires, en les transformant. Parker a fait de /Laura/, une chanson légère, douceureuse, un chef-d'oeuvre tourmenté. Je souhaitais intégrer des éléments divers qui revêtaient tous une certaine importance à me yeux -- films de genres, livres, arisd e musique -- et travailler dessus comme sur une matière nouvelle. [...] Ce n'est pas du collage, plutôt un genre de re-création. » (Jim Jarmush dans son entretien aux Cahiers d'Octobre). C'est tout à fait l'optique de la musique de RZA (Wu Tang Clan), faite de samples, à sonorité orientale avec pourtant des bonnes basses qui décoiffent. La musique se fond avec les images, notamment dans les scènes en voiture et participe de cette démarche de re-création. Le personnage que joue Forest Whitaker (absolument merveilleux) accompli lui aussi un travail de métissage. Il est à la fois rapper et samouraï, dispose des derniers gadgets pour ouvrir une voiture et tire ses règles de vie d'un livre du XVIIIème siècle. Il est toujours vêtu de noir, c'est-à-dire sans couleur dans un quartier ou il faut choisir entre deux gangs, entre les rouges et les bleu. Il est partout et nulle part. Il transcende toute chose. Forest Whitaker illumine tout le film. « Il possède un visage poignant qui dégage une rare humanité » (Jim Jarmush, ibid.). Il se fond avec chaque décor, notamment avec l'utilisation très poussée de la superposition. Il coïncide avec le monde : qu'il s'agisse d'un environnement urbain, (les scènes en voiture) ou qu'il s'agisse d'un environnement naturel (il s'identifie tour à tour à un chien, à un ours, à un oiseau). Il est au-dessus de tout, il survole le film et le monde tel un oiseau (c'est le plan d'ouverture). Son film constitue donc un travail de métissage, de ré-utilisation et ré-appropriation des codes cinématographiques. Il filme des gangsters fatigués sorte d'archétype d'un certain cinéma américain. Mais il les filme avec respect et il les relie à aujourd'hui. Il les cite en maintenant toujours à l'esprit du spectateur qu'il est en train de citer. Il n'y a pas de tricherie chez Jarmush. Le film devient alors plus léger, acquiert une dimension réflexive. La distance qui existe de fait entre le film et le spectateur est le meilleur moteur qui puisse exister à l'humour. « Ghost Dog » est un film où l'on rit. Le vieux gangster fatigué qui est fan de rap ne semble pas concorder avec l'image (cinéphilique) que l'on a du vieux gangster. C'est cette distance qui fait naître l'humour. Jim Jarmush joue sur nos a priori cinématographique. Mais « Ghost Dog » est un film tragique, car récit d'une incompréhesion. Le conflit qui oppose les deux tribus, les gangsters contre les samouraïs, le code de l'honneur du gangster (tuer celui qui a tué son patron) contre le code de l'honneur du samouraï (rester le vassal) de la légèreté est le fruit d'un quiproquo. De l'évènement originel qui lie les deux personnages principaux, les souvenirs diffèrent dans les deux flash-back du film. Pour Ghost Dog, Louie a tué son agresseur pour le sauver. Pour Louie, il a tiré sur son agresseur car il le menaçait lui. Nous ne saurons pas lequel des deux a raison. Ghost Dog défend donc des valeurs quasi-incompréhensible pour Louie. Il est une sorte de Don Quichotte moderne (Cervantès est cité dans les remerciements du générique), un homme incompris qui se bat pour des valeurs inscrites dans un livre. Le livre est bien le seul mode de communication qui existe. C'est grâce à lui que Ghost Dog et la petite fille se comprennent, c'est grâce à lui que Ghost Dog survit à sa propre mort, lorsque la petite fille lit le livre du Samouraï. La langue ne joue qu'un second rôle dans la communication. Le marchand de glace (Isaach de Bankolé) ne parle pas un mot d'anglais et Ghost Dog ne parle pas un mot de français, pourtant ils se comprennent et sont les meilleurs amis du monde. « L'un répond à l'autre sans avoir compris ce qu'il dit, mais ce qu'il répond est juste. C'est très simple : si la parole est le premier mode de communication, il n'est pas le plus nécessaire notamment en ce qui concerne le cinéma. Cela vient de mon expérience. J'ai travailllé avec des acteurs japonais, français, italiens, finlandais, sans, pour la plupart, comprendre un seul mot de ce qu'ils pouvaient dire. Alors j'ai cherché de nouveaux modes de contact. Lorsque je préparais /Mystery Train/ en 1989, j'allais fréquemment au Japon, ,et j'en profitais pour me procurer des cassettes de films d'Ozu que je ne pouvais trouver en Amérique. Bien-sûr, les films n'étaient pas sous-titrés et je les regardais pourtant avec une grande émotion. Depuis, le cinéma est devenu une éternelle langue étrangère. » (Jim Jarmush, ibid.) Jim Jarmush finit par faire un film qui se raconte en tant que film, qui exhibe son artificialité et n'en devient que plus honnête, qui montre la fatalité inhérente à toute oeuvre d'art. « Rien n'arrive sans raison » dit Ghost Dog. Et la fin du film nous est donc annoncé directement dans le film : « La fin est importante en toute chose », lit la petite fille dans le livre du Samouraï. -- Nicolas, de par sa chandelle verte. [PUB] Lumière ? Lumière ! http://www.lumiere.org [PUB] -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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