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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] "La neuvième porte"
Une petite réaction à propos de "La neuvième porte". Pour certains (dont moi), ce film est plat et tristement sage car pas assez efficace, prenant, ou intriguant. Pour d'autres (comme Yannick) , il s'agit au contraire d'un film fin et intelligent, car justement, il ne mise pas sur les ingrédients habituels du film de genre (c'est à dire justement l'efficacité, l'intrigue, etc.) mais sur l'art de la mise en scène. Pourquoi pas ? Mais alors il y a quelque-chose de franchement malhonnête dans la manière dont ce film a été vendu, car de l'extérieur, "La neuvième porte" a tout du film fantastique, noir ou étrange : tout d'abord l'affiche, le petit livret-promo qui fait référence à une certaine culture ésotérique (cartes, symboles, gravures, typo de vieux livre), le choix de certains collaborateurs (Darius Kondji, le directeur photo de Jeunet et Caro et "Seven", et Wocjiek Kilar, le compositeur du "Dracula" de Coppola), et enfin, le générique, très beau, qui fait mine de nous emmener dans un univers fantastique. De plus, quand on a vu et aimé comme moi, le fabuleux "Rosemary's baby", du même auteur, on s'attend à quelque chose d'aussi noir et envoûtant. Tout ça pour dire qu'à mon avis, Polanski a bien réfléchi à la manière d'emballer son film pour attirer un certain public... et finalement le décevoir. Maintenant, pourquoi "La neuvième porte" m'a tant déçu ? Tout d'abord, ce qu'il arrive à Corso pourrait arriver à n'importe quel flic d'une série policière banale de M6. Il se fait poursuivre pendant tout le film par des méchants et qui n'ont pas l'air bien motivés de l'attraper. Donc, le spectacle est assez mou. Et puis, tous les gens qui touchent de près ou de loin aux livres maléfiques finissent par mourir, alors que Corso, lui, se fait juste assommer une fois ou deux, pour la forme. Voilà, en gros, toutes les choses palpitantes qui arrivent au héros. Polanski ne cherche visiblement aucune idée scénaristique pour faire décoller le film, et il nous emmerde avec une visite touristique de Paris qui plaira sûrement aux américains en manque de french-touch (mais depuis "Frantic", on sait que Polanski aime les quais de la Seine). Comme il faut bien faire mine de traiter le sujet du film, Corso finit tout de même par trouver des choses intriguantes dans les bouquins du diable (les légères différences entre les gravures, d'un livre à l'autre)... Tadadam ! Mais calmons nous. On n'est pas dans "Indiana Jones". Les secrets renfermés dans des bouquins, on a déjà vu ça mille fois. Alors c'est sans doute un lieu commun que Polanski veut éviter. Et bien moi, très franchement, j'aurais aimé qu'il s'en serve, moi, de ce bon vieux cliché, et qu'il nous propose quelque-chose de nouveau à partir de ça. Mais non. Il préfère abandonner l'idée et continuer à tourner autour du pot. Corso se fait donc piquer le bouquin, et il faut bien partir à la poursuite des méchants. On arrive donc au morceau de bravoure du film, où l'ange gardien de Corso vole une bagnole au nez et à la barbe des proprios (woah ! Il n'y a vraiment qu'au cinéma qu'on peut voir des trucs aussi spectaculaires!). Et j'allais oublier cette trépidante poursuite en voitures à 60 km/h jusqu'au château des méchants, qui doit être un plan séquence d'une demi-heure, tellement elle est longue. Ceci dit, si Polanski est largué au niveau action, il est tout de même au courant que les combats stylisés (à la "Matrix") et le cinéma de Hong-Kong sont à la mode. Il nous gratifie donc de prises de karaté en accéléré -qui arrivent comme un cheveu sur la soupe- histoire de pouvoir mettre quelque-chose d'un peu exotique dans la bande-annonce. Alors, bien sûr, j'en rajoute un peu dans l'ironie, parce-que, il faut bien avouer que le film n'est pas ennuyeux, mais juste plat. Il se laisse voir, mais à la fin, on se dit : c'est tout? J'entends déjà la réponse des pro-Polanski : Mais voyons, Cédric. "La neuvième porte" n'est pas un film d'aventure ! Ok. Mais alors pourquoi avoir placé ça et là des scènes d'actions aussi fades que banales. Pour faire un pied-de-nez à la surenchère du cinéma de divertissement hollywoodien ? Un peu facile. Ceci dit, ce ne sont pas des scènes d'action que je m'attendais à voir dans ce film, mais plutôt, au vu du sujet, des passages intriguants et malsains, à la limite de l'hypnose, comme il y en avait dans "Répulsions" ou "Rosemary's Baby". Dans ces deux films (très proches du fantastique), Polanski avait expérimenté des choses vraiment intéressantes -notamment au niveau mise en scène- qui nous emmenaient ailleurs, vers l'étrange. Mais là, rien. Malgré tout, il y a quelques détails plutôt bien vus, dans le film, comme certains personnages secondaires. Le propriétaire d'un des bouquins, par exemple, ce vieux bonhomme qui vit dans un château un peu vide, est très crédible et curieusement décalé. Il y a aussi (ce que soulignait Yannick dans sa critique) ce poids du concret, que Polanski réussit à très bien rendre dans certaines séquences, et qui grâce à cet aspect très réaliste, en deviennent parfois assez angoissantes (la scène ou la femme en noir agresse Corso, chez lui, ou encore le meurtre de la bibliothécaire). Sinon, un dernier mot sur Emmanuelle Seigner. Elle est très critiquée, mais franchement, je la trouve très bien dans le rôle. Son personnage, mystérieux, apporte au film ce qui lui manque d'étrangeté. Son air détaché et sûr d'elle sous-entend qu'il s'agit d'un être qui a toujours une longueur d'avance sur les autres, comme si elle savait exactement où les évènements vont les mener (elle et Corso). Comme si elle était directement reliée au divin... Elle est également sensuelle, presque involotairement, et participe pour beaucoup, à donner une réelle atmosphère au film. Cédric. -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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