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[AVIS] "La neuvième porte"


  • Subject: [AVIS] "La neuvième porte"
  • From: CEDRIC TAILLEFER <cedworld@club-internet.fr>
  • Date: 2 Oct 1999 20:21:54 GMT
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Une petite réaction à propos de "La neuvième porte".

Pour certains (dont moi), ce film est plat et tristement sage car pas
assez efficace, prenant, ou intriguant. Pour d'autres (comme Yannick) ,
il s'agit au contraire d'un film fin et intelligent, car justement, il
ne mise pas sur les ingrédients habituels du film de genre (c'est à dire
justement l'efficacité, l'intrigue, etc.) mais sur l'art de la mise en
scène. Pourquoi pas ? Mais alors il y a quelque-chose de franchement
malhonnête dans la manière dont ce film a été vendu, car de l'extérieur,
"La neuvième porte" a tout du film fantastique, noir ou étrange : tout
d'abord l'affiche, le petit livret-promo qui fait référence à une
certaine culture ésotérique (cartes, symboles, gravures, typo de vieux
livre), le choix de certains collaborateurs (Darius Kondji, le directeur
photo de Jeunet et Caro et "Seven", et Wocjiek Kilar, le compositeur du
"Dracula" de Coppola), et enfin, le générique, très beau, qui fait mine
de nous emmener dans un univers fantastique. De plus, quand on a vu et
aimé comme moi, le fabuleux "Rosemary's baby", du même auteur, on
s'attend à quelque chose d'aussi noir et envoûtant. Tout ça pour dire
qu'à mon avis, Polanski a bien réfléchi à la manière d'emballer son film
pour attirer un certain public... et finalement le décevoir.

Maintenant, pourquoi "La neuvième porte" m'a tant déçu ?

Tout d'abord, ce qu'il arrive à Corso pourrait arriver à n'importe quel
flic d'une série policière banale de M6. Il se fait poursuivre pendant
tout le film par des méchants et qui n'ont pas l'air bien motivés de
l'attraper. Donc, le spectacle est assez mou. Et puis, tous les gens qui
touchent de près ou de loin aux livres maléfiques finissent par mourir,
alors que Corso, lui, se fait juste assommer une fois ou deux, pour la
forme. Voilà, en gros, toutes les choses palpitantes qui arrivent au
héros. Polanski ne cherche visiblement aucune idée scénaristique pour
faire décoller le film, et il nous emmerde avec une visite touristique
de Paris qui plaira sûrement aux américains en manque de french-touch
(mais depuis "Frantic", on sait que Polanski aime les quais de la
Seine). Comme il faut bien faire mine de traiter le sujet du film, Corso
finit tout de même par trouver des choses intriguantes dans les bouquins
du diable (les légères différences entre les gravures, d'un livre à
l'autre)... Tadadam !

Mais calmons nous. On n'est pas dans "Indiana Jones". Les secrets
renfermés dans des bouquins, on a déjà vu ça mille fois. Alors c'est
sans doute un lieu commun que Polanski veut éviter. Et bien moi, très
franchement, j'aurais aimé qu'il s'en serve, moi, de ce bon vieux
cliché, et qu'il nous propose quelque-chose de nouveau à partir de ça.
Mais non. Il préfère abandonner l'idée et continuer à tourner autour du
pot. Corso se fait donc piquer le bouquin, et il faut bien partir à la
poursuite des méchants. On arrive donc au morceau de bravoure du film,
où l'ange gardien de Corso vole une bagnole au nez et à la barbe des
proprios (woah ! Il n'y a vraiment qu'au cinéma qu'on peut voir des
trucs aussi spectaculaires!). Et j'allais oublier cette trépidante
poursuite en voitures à 60 km/h jusqu'au château des méchants, qui doit
être un plan séquence d'une demi-heure, tellement elle est longue. Ceci
dit, si Polanski est largué au niveau action, il est tout de même au
courant que les combats stylisés (à la "Matrix") et le cinéma de
Hong-Kong sont à la mode. Il nous gratifie donc de prises de karaté en
accéléré -qui arrivent comme un cheveu sur la soupe- histoire de pouvoir
mettre quelque-chose d'un peu exotique dans la bande-annonce.

Alors, bien sûr, j'en rajoute un peu dans l'ironie, parce-que, il faut
bien avouer que le film n'est pas ennuyeux, mais juste plat. Il se
laisse voir, mais à la fin, on se dit : c'est tout? 

J'entends déjà la réponse des pro-Polanski : Mais voyons, Cédric. "La
neuvième porte" n'est pas un film d'aventure ! Ok. Mais alors pourquoi
avoir placé ça et là des scènes d'actions aussi fades que banales. Pour
faire un pied-de-nez à la surenchère du cinéma de divertissement
hollywoodien ? Un peu facile. Ceci dit, ce ne sont pas des scènes
d'action que je m'attendais à voir dans ce film, mais plutôt, au vu du
sujet, des passages intriguants et malsains, à la limite de l'hypnose,
comme il y en avait dans "Répulsions" ou "Rosemary's Baby". Dans ces
deux films (très proches du fantastique), Polanski avait expérimenté des
choses vraiment intéressantes -notamment au niveau mise en scène- qui
nous emmenaient ailleurs, vers l'étrange. Mais là, rien. 

Malgré tout, il y a quelques détails plutôt bien vus, dans le film,
comme certains personnages secondaires. Le propriétaire d'un des
bouquins, par exemple, ce vieux bonhomme qui vit dans un château un peu
vide, est très crédible et curieusement décalé. Il y a aussi (ce que
soulignait Yannick dans sa critique) ce poids du concret, que Polanski
réussit à très bien rendre dans certaines séquences, et qui grâce à cet
aspect très réaliste, en deviennent parfois assez angoissantes (la scène
ou la femme en noir agresse Corso, chez lui, ou encore le meurtre de la
bibliothécaire). 

Sinon, un dernier mot sur Emmanuelle Seigner. Elle est très critiquée,
mais franchement, je la trouve très bien dans le rôle. Son personnage,
mystérieux, apporte au film ce qui lui manque d'étrangeté. Son air
détaché et sûr d'elle sous-entend qu'il s'agit d'un être qui a toujours
une longueur d'avance sur les autres, comme si elle savait exactement où
les évènements vont les mener (elle et Corso). Comme si elle était
directement reliée au divin... Elle est également sensuelle, presque
involotairement, et participe pour beaucoup, à donner une réelle
atmosphère au film.

Cédric.



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