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[AVIS] Rosetta


  • Subject: [AVIS] Rosetta
  • From: CEDRIC TAILLEFER <cedworld@club-internet.fr>
  • Date: 1 Oct 1999 18:43:52 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet (France)
  • References: <37F4DB97.7265@club-internet.fr>
  • Reply-to: cedworld@club-internet.fr
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:176

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]



Tout d'abord, une simple constatation : la manière de filmer le début du
film donne presque mal à la tête. Ca bouge dans tous les sens. On
reproche assez souvent à certains réalisateurs de films d'action
hollywoodiens (comme Michael Bay, par exemple) d'avoir une mise en scène
trop épileptique. Mais là, les frères Dardennes font encore plus fort,
et manquent de filer la migraine au spectateur. Pourtant, je ne suis pas
de ceux que la caméra à l'épaule gêne particulièrement. "Festen", "The
Kingdom" (la série de Lars Von trier), ou "Blair witch project" sont
filmés comme ça, et ça passe comme une lettre à la poste (en tous cas
pour moi). Dans un interview, les frangins réalisateurs ont dit que le
but était que le spectateur se butte contre les bords du cadre, comme le
personnage principal qui se débat pendant tout le film. L'intention est
assez intéressante et il est vrai que l'on ressent par moments ce qu'ont
voulu faire ressentir les cinéastes, mais justement, cette idée a ses
limites : si les frères Dardennes avaient vraiment atteint le but qu'il
s'étaient fixé (que l'expérience du spectateur devienne aussi éprouvante
que la vie de Rosetta), cela aurait joué en leur défaveur, puisque le
public aurait quitté la salle avant la fin. Parce-que bon, si Rosetta
avait les moyens de fuir cette vie, je pense qu'elle le ferait. Donc, le
spectateur aussi. Logique. Ou bien, il faut offrir quelque-chose d'assez
prenant au public pour qu'il en oublie cette mise en scène 'hard', comme
c'est le cas avec "Blair witch project" (personnellement, j'aime
beaucoup ce film là).

Cela dit, la mise en scène de "Rosetta" devient plus posée après un
quart d'heure, donc la migraine qui commençait à s'installer se fait
oublier. Pour ce qui est du sujet, "Rosetta" se laisse voir, le
personnage principal est vraiment intéressant, mais ne suffit pas à
faire un film. Peut-être justement, parce qu'il s'agit d'un personnage
trop solitaire et hermétique aux autres. On sent dés le départ que
Rosetta ne nous mènera à rien. Aucune évolution n'est possible, avec
elle. On ne peut pas vraiment s'intéresser à elle. 

Attention, je ne dis pas qu'il ne faut pas montrer des personnages trop
négatifs à l'écran. Bien sûr, le cinéma est là (entre autres choses)
pour nous montrer toutes les facettes du monde, de la société, même les
moins reluisantes, mais est ce que montrer simplement les choses de la
vie, même de la manière la plus juste qui soit, suffit à faire un film ?
Je ne sais pas. J'ai envie de dire oui, lorsque je vois "La vie révêe
des Anges", ou encore ce très beau court métrage de Zoncka (me rappelle
pu le titre) sur un sujet très proche de "Rosetta " (deux nanas
quasi-clochardes qui n'arrivent pas à s'en sortir). Et je dirais presque
non quand je vois le film des frères Dardennes. Pourquoi ? Parce qu'il
m'a laissé froid. Mais bon, c'est sans doute aussi une histoire
d'identification. Les deux filles de "La vie rêvée des anges" faisaient
écho à un 'morceau' de moi-même, ce qui n'est pas le cas de Rosetta. Je
pense que peu de spectateurs se retrouveront en elle. On me rétorquera
que c'est peut-être justement ça qui est intéressant : découvrir un
genre de personnage qu'on voit rarement dans la vie et rarement au
cinéma. Mais si d'emblée le personnage ne vous touche pas, difficile
d'aller plus loin.

Cela dit, je ne trouve pas que le personnage de Rosetta soit mauvais. Ou
du moins, pas complètement. Par exemple, contrairement à d'autres (je
pense aux autres réactions que j'ai pu lire sur frcd) je ne suis pas
choqué par son attitude vis-à-vis de sa mère. Certes, elle est très dure
avec elle, mais c'est relativement compréhensible, parce-que, selon moi,
c'est pour la bonne cause, et pas par méchanceté : elle essaie de tirer
sa mère d'un mauvais pas (la prostitution et l'alcool). A titre de
comparaison, je trouve beaucoup plus infâme le personnage du père joué
par Poelvoorde, dans " Les convoyeurs attendent ". Le type qui ferait
subir n'importe quoi à son fils, simplement pour gagner une bagnole, ça
c'est vraiment abject. Cela dit, on se rend compte que Rosetta,
également, ferait n'importe quoi pour s'en sortir. Elle dénonce son ami
pour lui piquer son boulot, et serait carrément prête à le laisser se
noyer dans l'étang, sans doute, là encore pour hériter de son job. Mais
justement, elle lui sauve finalement la vie. Donc, ça la sauve à nos
yeux.

Et donc, pour faire une conclusion expéditive, je dirais que le film est
à l'image du personnage : mi-figue mi- raison (ça c'est de la conclusion
! Mais là, je suis à cours d'idées.)

Voilà. Merci de m'avoir lu.

Cédric.

-- 
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