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[Date Prev][Date Next][Date Index] [ANNONCE] Cinematheque: Programmation commentee
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Programmation commentée de la Cinémathèque de Montréal qui offre une sélection à faire baver pour les 2 prochains mois. (*ce texte est à paraître prochainement sur http://www.horschamp.qc.ca) Programmation officielle sur le site de la Cinémathèque : http://www.cinematheque.qc.ca ------------------------------ Du 1er octobre au 30 novembre la Cinémathèque de Montréal offre une programmation tout à fait passionante. Aussi malhabile que puisse être cette organisation quant il s'agit d'évènements spéciaux : on se souviendra du très lamentable film sud-coréen "Green Fish" présenté en grande pompe avec l'ambassade de Corée, cocktail mondain à l'appui, et plébiscité par le directeur de la programmation himself comme étant le meilleur film de gangsters depuis « Goodfellas », on aurait cru rêver ; et aussi la dernière séance du "Faust" de Murnau (on fait une présentation en français, on présente un court documentaire sur le sujet sous-titré en anglais, on fait un autre discours cette fois-ci en anglais par un enseignant américain et on présente finalement le "Faust" intertitré uniquement en allemand ; il suffisait d'être trilingue pour assister à cette soirée), reconnaissons tout de même certains efforts quant à la diversité et la densité des films et documentaires affichés ne serait-ce que dans les deux prochains mois. Tellement dense en fait qu'on ne sait plus trop où mettre de la tête. Pour commencer penchons nous sur le magnifique panel qu'on nous offre pour le cinéma muet, toujours accompagné au piano avec le professionalisme admirable de Sylvia Moscovitz et Gabriel Thibaudeau. Oublions le "Carmen" (1er oct.) de Jacques Feyder, qui reste une adaptation très banale (relouez vous plutôt le film de Francesco Rosi) mais ne ratez surtout pas "La jeune fille au carton à chapeau" de Boris Barnet (le 8 oct.), film insolite et amusant, mélange de plusieurs écoles du cinéma soviétique et influencé par le cinéma comique de Harold Lloyd & co. À remarquer la maitrise de Barnet pour les objets et l'espace, ainsi que le jeu outré et caricatural des acteurs. D'ailleurs il est intéréssant d'étudier les mouvements des acteurs dans les films muets, une toute autre façon de se déplacer devant la caméra qui apportait alors au cinéma une toute autre dimension qu'on ne voit plus aujourd'hui, une exposition décalée du jeu et des gestes. Évidemment difficile de ne pas être attiré par le programme "Griffith à la Biograph" (le 29 oct.), des films rares du grand maitre parmis les plus de 300 qu'il a réalisé entre 1908 et 1913 (nous ne connaissons pas encore la sélection qu'a fait la cinémathèque) ; pour une fois qu'on nous donne la chance de puiser ailleurs que dans "Birth of a Nation" et "Intolerance", c'est une belle occasion. Cinéaste du cadrage et pionnier du language cinématographique, est-il nécéssaire de décrire l'influence de Griffith : de Ford à Browning, en passant par Dreyer et Eisenstein, et bien sûr l'ensemble de la Nouvelle Vague qui s'en inspira grandement. À ne pas rater non plus le "The Wind" (le 5 nov.) de Victor Sjöström, un film au caractère existentiel, filmant avec grâce la présence troublante du vent. Pour ceux qui ne connaissent pas, Victor Sjöström est le fabuleux interprète principal des "Fraises Sauvages" de Bergman (qui lui vouait une grande admiration) et fut un réalisateur émérite de la période du muet avec, entre autres, le maginifique "Les Proscrits" qui mettait en scène une nature époustouflante. (NOTA : "The Wind" date de 1928 et non pas de 1918 comme indiqué dans le programme officiel de la Cinémathèque). Que dire du "Sunrise" de F.W. Murnau (le 12 nov.) ? Absolument jouissif, ce chef-d'oeuvre exaltant procure toujours la même joie, surtout présenté sur grand écran. Une véritable symbiose de rigueur filmique et de composition de l'image, une harmonie parfaite dans l'interprétation et la simplicité des sentiments, un hymne de réalisme et d'humour sur fond de contemplation. Et un rythme confondant : Murnau est bel et bien un grand cinéaste. Et vivement qu'on nous présente aussi sur écran géant son dernier film : "Tabu", co-réalisé avec nul autre que Robert Flaherty. "L'Homme à la Caméra" (le 19 nov.) est aussi un film intéréssant. Dziga Vertov, fondateur du KinoGlaz (Ciné-oeil), partisan d'un cinéma anti-bourgeois et annonçant la révolution prolétariene, transmet ainsi à toute une génération de cinéastes français (dont Godard & co) l'idée de la rupture du récit et de l'audace de style en brisant les tons et en cherchant une représentation réaliste de notre vision des choses. Vous y trouverez donc ne serait-ce qu'un intérêt esthético-historique qui cependant ne suffit pas à en faire une oeuvre totale, complète, au même titre que "Sunrise" ou autre. Mais un très bon film, tout de même. Buster Keaton, réalisateur de grand génie, a apporté toute une dimension poétique au cinéma comique. "The General", tiré d'un événement qui s'est réellement produit, en est en quelque sorte l'aboutissement, la consécration définitive de Keaton en tant que maitre d'un cinéma de talent et de maitrise. Rires garantis. La Cinémathèque présente aussi plusieurs oeuvres de la Nouvelle-Vague, à commencer par plusieurs films de François Truffaut dont "Les 400 cent coups" et "Tirez sur le Pianiste" ; suivent Chabrol ("Le Beau Serge" et surtout "Les Cousins") ; Alain Resnais ("Hiroshima mon amour") ; Godard ("À Bout de souffle" et "Le Petit Soldat", film rarement diffusé) ; Jean-Pierre Melville et l'excellentissime "Léon Morin, prêtre". Notons aussi les premiers films respectifs de Jean-Pierre Mocky ("Les Dragueurs"), Mocky anarchiste devant l'éternel, et de Philippe De Broca, "Les Jeux de l'amour", De Broca qui commença par être assistant sur les films de Truffaut, Chabrol et d'autres. Pour la Nouvelle Vague n'oublions pas aussi la présentation de l'oeuvre "maudite" de Jacques Rozier, "Adieu Philippine", qui malgré les louanges de ses pairs ne parvint jamais à atteindre le public. Coup d'oeil également sur quelques autres grosses pointures du cinéma français dont Jean Renoir (dont on passe un des moins bon film, "Le déjeuner sur l'herbe"), Jean Cocteau et son "Testament d'Orphée", Georges Franju avec "La tête contre les murs" (voyage troublant dans un asile psychiatrique), Jacques Demy et son "Lola" (film précédé par une excellente réputation), Maurice Pialat qui nous emmènera visiter brièvement Paris, etc... La programmation de la cinémathèque dans les deux prochains mois semble se faire sous le signe de la révolte et de la contestation : Dziga Vertoz, Mocky et la Nouvelle Vague ont déjà été mentionnés, ajoutons des documentaires comme "Turbulences" qui pose des interrogations sur l'écart entre les riches et les pauvres (la projection sera animée d'un débat), "Mobutu, roi du Zaïre" qui relate les actes politiques de ce chef d'État dictatorial, "Les Cahiers de Médellin" qui nous fait rencontrer quelques jeunes issus des quartiers les plus défavorisés de Colombie et qui se tiennent debout malgré le désespoir, "Chronique couleur du ghetto de Lodz" qui force un retour dans les archives du drame des ghettos à l'époque de la seconde guerre, "Histoire d'une droite extrême" dont le titre annonce le sujet sans ambages. Dans la lignée de l'aspect "révolte" que je mentionnais plus haut, il y a aussi des oeuvres de fiction comme "Le Hasard" de Kieslowski et "L' Évasion du cinéma Liberté" de Wojciech Marczewski. Où "While the City Sleeps", satire efficace des médias par le maitre Fritz Lang. Intéréssantes sélections en ces temps d'inertie, d'individualisme et de perte de sens critique. C'est avec grand plaisir aussi que nous acceuillerons enfin quelques réflexions, sous formes documentaires, sur le cinéma et ses artisans. Ainsi, et c'est une très bonne nouvelle, la cinémathèque commence à projeter la série "Cinéma de notre temps", série de la chaine Arte qui se penche avec un grand talent sur plusieurs cinéastes, et pour cette fois-ci sur nul autre que Jean Rouch (cinéaste français très intéréssant, co-équipier notamment de Michel Brault, et dont on présente aussi le fantastique "Moi, un noir", film qui démystiphie complètement l'Afrique), David Cronenberg, Éric Rohmer et... Takeshi Kitano. Espèrons qu'ils ne s'en tiendront pas là pour cette série géniale et qu'ils nous montreront les nombreux autres dossiers comme ceux sur Abbas Kiarostami (absolument superbe), Robert Bresson, Henri Langlois, Luis Bunuel... Mis à part cette série il y a aussi d'autres documents qui auront pour le thème le cinéma et notamment un qui semble digne d'intérêt : "Keepers of the Frame" où deux passionés de cinéma explique la nécéssité de conserver et restaurer les vieux films sur pellicule (le producteur du film sera présent pour en débattre avec le public). Voilà, c'étais l'essentiel de cette sélection commentée qui est loin d'être exhaustive car j'omet volontairement de passer sur tout, ce serait de toute façon impossible tant la programmation est riche... Mais il sera intéréssant pour le spectateur de se pencher sur le travail du talentueux Don McKellar et du "toujours en vie" Manoel de Oliveira. En guise de bouquet final nous auront même droit à une vue sur Sigmund Freud pour faire passer le tout... ________________________________________________ Simon Galiero galieros@videotron.ca Le cinéma en lumière ! : http://www.lumiere.org "S'il était libre le cinéma serait l'oeil de la liberté. Mais on peut dormir tranquille. Le regard du cinéma est entravé par le conformisme du public et les intérêts commerciaux. Le jour où l'oeil du cinéma se réveillera, le monde prendra feu !" [LUIS BUNUEL] -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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