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[ANNONCE] Cinematheque: Programmation commentee


  • Subject: [ANNONCE] Cinematheque: Programmation commentee
  • From: Simon Galiero <galieros@videotron.ca>
  • Date: 1 Oct 1999 08:59:38 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Touchez pas au Grisbi !
  • References: <37F3346A.F164B1B3@videotron.ca>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:175

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Programmation commentée de la Cinémathèque de Montréal qui offre une
sélection à faire baver pour les 2 prochains mois.

(*ce texte est à paraître prochainement sur http://www.horschamp.qc.ca)

Programmation officielle sur le site de la Cinémathèque :
http://www.cinematheque.qc.ca

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Du 1er octobre au 30 novembre la Cinémathèque de Montréal offre une
programmation tout à fait passionante. Aussi malhabile que puisse être
cette organisation quant il s'agit d'évènements spéciaux : on se
souviendra du très lamentable film sud-coréen "Green Fish" présenté en
grande pompe avec l'ambassade de Corée, cocktail mondain à l'appui, et
plébiscité par le directeur de la programmation himself comme étant le
meilleur film de gangsters depuis « Goodfellas », on aurait cru rêver ; et
aussi la dernière séance du "Faust" de Murnau (on fait une présentation
en français, on présente un court documentaire sur le sujet sous-titré
en anglais, on fait un autre discours cette fois-ci en anglais par un
enseignant américain et on présente finalement le "Faust" intertitré
uniquement en allemand ; il suffisait d'être trilingue pour assister à
cette soirée),  reconnaissons tout de même certains efforts quant à la
diversité et la densité des films et documentaires affichés ne serait-ce
que dans les deux prochains mois. Tellement dense en fait qu'on ne sait
plus trop où mettre de la tête.

Pour commencer penchons nous sur le magnifique panel qu'on nous offre
pour le cinéma muet, toujours accompagné au piano avec le
professionalisme admirable de Sylvia Moscovitz et Gabriel Thibaudeau.
Oublions le "Carmen" (1er oct.) de Jacques Feyder, qui reste une
adaptation très banale (relouez vous plutôt le film de Francesco Rosi)
mais ne ratez surtout pas "La jeune fille au carton à chapeau" de Boris
Barnet (le 8 oct.), film insolite et amusant, mélange de plusieurs
écoles du cinéma soviétique et influencé par le cinéma comique de Harold
Lloyd & co. À remarquer la maitrise de Barnet pour les objets et
l'espace, ainsi que le jeu outré et caricatural des acteurs. D'ailleurs
il est intéréssant d'étudier les mouvements des acteurs dans les films
muets, une toute autre façon de se déplacer devant la caméra qui
apportait alors au cinéma une toute autre dimension qu'on ne voit plus
aujourd'hui, une exposition décalée du jeu et des gestes.

Évidemment difficile de ne pas être attiré par le programme "Griffith à
la Biograph" (le 29 oct.), des films rares du grand maitre parmis les
plus de 300 qu'il a réalisé entre 1908 et 1913 (nous ne connaissons pas
encore la sélection qu'a fait la cinémathèque) ; pour une fois qu'on
nous donne la chance de puiser ailleurs que dans "Birth of a Nation" et
"Intolerance", c'est une belle occasion. Cinéaste du cadrage et pionnier
du language cinématographique, est-il nécéssaire de décrire l'influence
de Griffith : de Ford à Browning, en passant par Dreyer et Eisenstein,
et bien sûr l'ensemble de la Nouvelle Vague qui s'en inspira grandement.

À ne pas rater non plus le "The Wind" (le 5 nov.) de Victor Sjöström, un
film au caractère existentiel, filmant avec grâce la présence troublante
du vent. Pour ceux qui ne connaissent pas, Victor Sjöström est le
fabuleux interprète principal des "Fraises Sauvages" de Bergman (qui lui
vouait une grande admiration) et fut un réalisateur émérite de la
période du muet avec, entre autres, le maginifique "Les Proscrits" qui
mettait en scène une nature époustouflante. (NOTA : "The Wind" date de
1928 et non pas de 1918 comme indiqué dans le programme officiel de la
Cinémathèque).

Que dire du "Sunrise" de F.W. Murnau (le 12 nov.) ? Absolument jouissif,
ce chef-d'oeuvre exaltant procure toujours la même joie, surtout présenté
sur grand écran. Une véritable symbiose de rigueur filmique et de
composition de l'image, une harmonie parfaite dans l'interprétation et
la simplicité des sentiments, un hymne de réalisme et d'humour sur fond
de contemplation. Et un rythme confondant : Murnau est bel et bien un
grand cinéaste. Et vivement qu'on nous présente aussi sur écran géant
son dernier film : "Tabu", co-réalisé avec nul autre que Robert
Flaherty.

"L'Homme à la Caméra" (le 19 nov.) est aussi un film intéréssant. Dziga
Vertov, fondateur du KinoGlaz (Ciné-oeil), partisan d'un cinéma
anti-bourgeois et annonçant la révolution prolétariene, transmet ainsi à
toute une génération de cinéastes français (dont Godard & co) l'idée de
la rupture du récit et de l'audace de style en brisant les tons et en
cherchant une représentation réaliste de notre vision des choses. Vous y
trouverez donc ne serait-ce qu'un intérêt esthético-historique qui
cependant ne suffit pas à en faire une oeuvre totale, complète, au même
titre que "Sunrise" ou autre. Mais un très bon film, tout de même.

Buster Keaton, réalisateur de grand génie, a apporté toute une dimension
poétique au cinéma comique. "The General", tiré d'un événement qui s'est
réellement produit, en est en quelque sorte l'aboutissement, la
consécration définitive de Keaton en tant que maitre d'un cinéma de
talent et de maitrise. Rires garantis.

La Cinémathèque présente aussi plusieurs oeuvres de la Nouvelle-Vague, à
commencer par plusieurs films de François Truffaut dont "Les 400 cent
coups" et "Tirez sur le Pianiste" ; suivent Chabrol ("Le Beau Serge" et
surtout "Les Cousins") ; Alain Resnais ("Hiroshima mon amour") ; Godard
("À Bout de souffle" et "Le Petit Soldat", film rarement diffusé) ;
Jean-Pierre Melville et l'excellentissime "Léon Morin, prêtre". Notons
aussi les premiers films respectifs de Jean-Pierre Mocky ("Les
Dragueurs"), Mocky anarchiste devant l'éternel, et de Philippe De Broca,
"Les Jeux de l'amour", De Broca qui commença par être assistant sur les
films de Truffaut, Chabrol et d'autres. Pour la Nouvelle Vague
n'oublions pas aussi la présentation de l'oeuvre "maudite" de Jacques
Rozier, "Adieu Philippine", qui malgré les louanges de ses pairs ne
parvint jamais à atteindre le public.

Coup d'oeil également sur quelques autres grosses pointures du cinéma
français dont Jean Renoir (dont on passe un des moins bon film, "Le
déjeuner sur l'herbe"), Jean Cocteau et son "Testament d'Orphée",
Georges Franju avec "La tête contre les murs" (voyage troublant dans un
asile psychiatrique), Jacques Demy et son "Lola" (film précédé par une
excellente réputation), Maurice Pialat qui nous emmènera visiter
brièvement Paris, etc...

La programmation de la cinémathèque dans les deux prochains mois semble
se faire sous le signe de la révolte et de la contestation : Dziga
Vertoz, Mocky et la Nouvelle Vague ont déjà été mentionnés, ajoutons des
documentaires comme "Turbulences" qui pose des interrogations sur
l'écart entre les riches et les pauvres (la projection sera animée d'un
débat), "Mobutu, roi du Zaïre" qui relate les actes politiques de ce
chef d'État dictatorial, "Les Cahiers de Médellin" qui nous fait
rencontrer quelques jeunes issus des quartiers les plus défavorisés de
Colombie et qui se tiennent debout malgré le désespoir, "Chronique
couleur du ghetto de Lodz" qui force un retour dans les archives du
drame des ghettos à l'époque de la seconde guerre, "Histoire d'une
droite extrême" dont le titre annonce le sujet sans ambages. Dans la
lignée de l'aspect "révolte" que je mentionnais plus haut, il y a aussi
des oeuvres de fiction comme "Le Hasard" de Kieslowski et "L' Évasion du
cinéma Liberté" de Wojciech Marczewski. Où "While the City Sleeps",
satire efficace des médias par le maitre Fritz Lang. Intéréssantes
sélections en ces temps d'inertie, d'individualisme et de perte de sens
critique.

C'est avec grand plaisir aussi que nous acceuillerons enfin quelques
réflexions, sous formes documentaires, sur le cinéma et ses artisans.
Ainsi, et c'est une très bonne nouvelle, la cinémathèque commence à
projeter la série "Cinéma de notre temps", série de la chaine Arte qui
se penche avec un grand talent sur plusieurs cinéastes, et pour cette
fois-ci sur nul autre que Jean Rouch (cinéaste français très
intéréssant, co-équipier notamment de Michel Brault, et dont on présente
aussi le fantastique "Moi, un noir", film qui démystiphie complètement
l'Afrique), David Cronenberg, Éric Rohmer et... Takeshi Kitano. Espèrons
qu'ils ne s'en tiendront pas là pour cette série géniale et qu'ils nous
montreront les nombreux autres dossiers comme ceux sur Abbas Kiarostami
(absolument superbe), Robert Bresson, Henri Langlois, Luis Bunuel... Mis
à part cette série il y a aussi d'autres documents qui auront pour le
thème le cinéma et notamment un qui semble digne d'intérêt : "Keepers of
the Frame" où deux passionés de cinéma explique la nécéssité de
conserver et restaurer les vieux films sur pellicule (le producteur du
film sera présent pour en débattre avec le public).

Voilà, c'étais l'essentiel de cette sélection commentée qui est loin
d'être exhaustive car j'omet volontairement de passer sur tout, ce
serait de toute façon impossible tant la programmation est riche... Mais
il sera intéréssant pour le spectateur de se pencher sur le travail du
talentueux Don McKellar et du "toujours en vie" Manoel de Oliveira. En
guise de bouquet final nous auront même droit à une vue sur Sigmund
Freud pour faire passer le tout...

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Simon Galiero                                   galieros@videotron.ca
Le cinéma en lumière ! :                  http://www.lumiere.org
"S'il était libre le cinéma serait l'oeil de la liberté. Mais on peut
dormir tranquille. Le regard du cinéma est entravé par le conformisme
du public et les intérêts commerciaux. Le jour où l'oeil du cinéma se
réveillera, le monde prendra feu !"
[LUIS BUNUEL]


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