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[CRITIQUE] Peau Neuve


  • Subject: [CRITIQUE] Peau Neuve
  • From: Pierre Guillemot <pierre.guillemot@wanadoo.fr>
  • Date: 7 Sep 1999 08:07:38 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: personnelle
  • References: <37D42E2C.1BB493B2@wanadoo.fr>
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Avant première annoncée au Katorza à Nantes. Le nom de la réalisatrice
me dit quelque chose. Celui du film, rien du tout.

Générique. Un grand gars pas rasé et sympathique fait un discours aux
passagers du métro parisien; la vie est belle, le monde est
formidable, je suis heureux. C'est un rève; Alain se réveille dans son
lit, une petite voix aigüe lui dit que c'est l'heure d'aller au
boulot. Alain est un type normal, il travaille; toute la journée, avec
des écouteurs et des manettes, il teste des jeux vidéo. Il est marié.
Sa femme Pascale est infirmière dans un hôpital. Ils ont une petite
fille, Anna, 5 ans. 
Quand le film commence, il fatigue. Il démissionne de son boulot. Il
drague la conseillère de l'ANPE. Maintenant qu'elle le connaît, elle
diagnostique une envie de plein air et lui trouve un stage AFPA de
conduite d'engins de chantier, dans la montagne loin de Paris. 

Dans le film, cinq minutes à peine sont passées. Maintenant Alain va
découvrir une nouvelle vie. Le centre de formation loin de tout, le
foyer d'apprentis pas repeint depuis les années 70, les autres
stagiaires, le formateur, une autre vie. Et les machines qu'ils vont
apprendre à conduire, des pelleteuses et des bulldozers. Pas de
découverte avec les machines, il y a aussi des manettes et elles
bougent quand on les commande. Les gars avec qui il vit , c'est un
nouveau monde. Il y a Manu, gars fragile qui rêve de bulldozers comme
un gamin, et qui panique quand il les conduit. Alain l'aide et Manu
l'attire dans son rève. Est-ce qu'Alain réussira à garder quelque
chose de son ancienne vie, ou bien disparaîtra dans sa nouvelle peau
d'ouvrier des chantiers ? La vie continue après le film.

J'ai très mal raconté. Normal, un bon film raconte avec des images,
pas des mots. Emilie Deleuze a suivi Alain (Samuel Le Bihan), il est
toujours là et s'il disparaît de l'image, c'est lui qui regarde. Tout
est "réel", les lieux et les gens, et on se demande souvent où ça
mène, comme dans la réalité. Il y a plein de machines à l'image, les
gros engins de chantier qui remuent la terre, doux ou maladroits comme
ceux qui les conduisent. Mais elles s'agitent sur les terrains
d'exercice dans la forêt, où on creuse des trous pour pouvoir les
reboucher, un monde abstrait. Scène: Alain très malheureux, 
au lieu de faire un jeu vidéo pour se changer les idées, 
creuse une tranchée à la pelleteuse, toute droite, jusqu'à ce 
qu'il n'y ait plus de gasoil.

Lumière. Emilie Deleuze et Laurent Guyot, la réalisatrice et le
scénariste viennent défendre leur ouvrage. Les 200 et quelques
spectateurs restent tous, on veut comprendre. D'abord, pourquoi une
histoire avec des machines, qui ont l'air d'envahir le film, menace de
documentaire ? D'abord pour le plaisir, les machines sont les amies du
cinéma, depuis la locomotive de La Ciotat. Et puis c'est justement ça,
Alain le citadin jeté au milieu des machines et des hommes qui vivent
pour elles (et qui ont bien du mal à vivre sans, comme Manu). Et les
hommes. Ce sont les "vrais" stagiaires et les "vrais" formateurs du
centre  AFPA d'Egletons (Limousin). Ils ont travaillé dans le film,
refusé d'improviser et appris leur texte, jusqu'à ce qu'il sache
ressortir, aussi bon que les vrais cours du formateur. Les pelleteuses
et les bulldozers sont vrais aussi. Détail: les bruits de moteurs et
les grincements sont du cinéma, eux. Le ronron des diesels insonorisés
et les chuintements de l'hydraulique bien réglée ne sonnaient pas
comme il faut. Ca ne plaira pas aux intéressés, ces bruits de matériel
pas entretenu. Et aussi les vraies chambres et les vrais couloirs du
foyer des stagiaires; en prenant conscience qu'on les verrait dans le
film, l'administration a fait venir les peintres; arrivés trop tard
pour l'image, quand même le foyer est nettement plus habitable depuis
le tournage.
 
Et la salle s'excite au jeu du réel. La scène au bistrot, quand Alain
et Manu abandonnent leurs bières à moitié pleines sur la table, juste
après les avoir commandées, c'est voulu ? question à Laurent Guyot,
scénariste et directeur artistique sur le tournage. Là c'est un oubli,
on ne contrôle pas tout quand même. 



Peau Neuve. 1999. Réalisé par Emilie Deleuze, scénario d'Emilie
Deleuze, Laurent Guyot et Guy Laurent.
Avec Samuel Le Bihan (Alain qui fait peau neuve), Marcia Di Fonzo Bo
(Manu qui aime les machines), Catherine Vinatier (Pascale épouse
d'Alain), Claure Nebout (Isabelle conseillère de l'ANPE); les élèves
et les formateurs de l'AFPA d'Egletons dans leur propre rôle. 
Tourné en décors naturels à Paris et à Egletons (Corrèze). 

Emilie Deuleuze (fille de Gilles Deleuze, le psy qui écrit avec
Guattari) a réalisé "l'Incruste" pour Arte, dans la même série que
"les roseaux sauvages" de Téchiné. 
J'ai découvert Samuel Le Bihan dans "Vénus Beauté (Institut)",
amoureux de Nathalie Baye; aussi dans "Capitaine Conan", de Tavernier.
Marcia Di Fonzo Bo, Argentin, acteur de théâtre, débute au cinéma, on
le reverra. 
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mailto:pierre.guillemot@wanadoo.fr


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