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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Perfect Blue de Satoshi Kon (1998)
J'ai déjà posté cette critique il y a un an et demi, et je la reposte après avoir appris que le film sort en France le 1er septembre. "Perfect Blue" de Satoshi Kon (Japon, 1998), Scénario: Sadayuki Murai, basé sur le livre de Yoshikazu Takeuchi, Produit par: Hiroaki Inoue & Masao Maruyama. 80 min. Mima est chanteuse dans le trio de pop au style glamour Cham. Vu son succès, on lui propose une carrière d'actrice, mais cela l'oblige à renoncer à sa carrière de chanteuse. Prise dans les méandres du show-bizz, elle en vient à tourner une scène de viol, et à poser pour des photos de nus. Un fan aux allures bizarres, Mimaniaque, qui tient un site Web sur Mima dans lequel se trouvent consignés chaque fait et geste de celle-ci, l'accuse de traitrise, et se persuade que cette Mima n'est pas la vraie Mima, mais un imposteur. Mais est-ce bien Mimaniaque qui la harcèle? Qu'est donc cette mystérieuse apparition qui hante Mima, un double mesquin qui se réclame être la vraie Mima? La vie de Mima sombre peu à peu dans la folie, le scénariste du film responsable du "faux" (?) viol et le photographe sont sauvagement assassinés. Sans doute le manga le plus déroutant que j'ai jamais vu. Au fur et à mesure que le récit avance, le spectateur perd pied, et ne parvient plus à distinguer le réel de l'illusion. Survient une scène qui semble enfin expliquer rationnellement les événements, on entend en hors-champ "coupez!". On encore, Mima se réveille dans son lit, pour à nouveau se réveiller deux minutes plus tard, dans une scène exactement identique. Plus l'histoire avance, plus Kon joue avec le spectateur, le déroute, lui fait croire à l'irréel, à l'aide d'un scénario d'une rare intelligence, entièrement construit sur le principe volatile de l'hallucination. Totalement à l'opposé de l'extrême violence ou des ambiance robotiques de la plupart des autres mangas, "Perfect Blue" est un parfait exemple de film d'animation psychologique qui ne cesse de prendre le spectateur à partie, de lui poser des questions et de lui proposer des réponses souvent fausses. Un film qui est son propre sujet, puisque le film est lui-même, par définition, irréel, et qui ne pouvait être qu'un dessin animé, car qu'y a-t-il de plus irréel au cinéma qu'un dessin? Ce film angoissant peut aussi être vu comme un essai troublant sur le cinéma, sur ce que c'est, pour un acteur, de jouer un rôle, de rentrer dans la peau d'un autre personnage, et pour un spectateur de s'identifier à ce qui n'est pas lui, à ce qui n'est qu'irréel, et surtout sur ce lien étrange entre l'acteur, le personnage et l'image identificatoire que se fait le spectateur de ce dernier. -- Raphaël Goubet Bulk e-mail filter: please make sure the subject field of your reply begins with Re: or reply directly to goubet@skynet.be -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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