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[CRITIQUE] Perfect Blue de Satoshi Kon (1998)


  • Subject: [CRITIQUE] Perfect Blue de Satoshi Kon (1998)
  • From: goubet@usa.net (Goubet)
  • Date: 31 Aug 1999 18:21:04 GMT
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J'ai déjà posté cette critique il y a un an et demi, et je la reposte
après avoir appris que le film sort en France le 1er septembre.

"Perfect Blue" de Satoshi Kon (Japon, 1998), Scénario: Sadayuki Murai,
basé sur le livre de Yoshikazu Takeuchi, Produit par: Hiroaki Inoue &
Masao Maruyama. 80 min.

Mima est chanteuse dans le trio de pop au style glamour Cham. Vu son
succès, on lui propose une carrière d'actrice, mais cela l'oblige à
renoncer à sa carrière de chanteuse. Prise dans les méandres du
show-bizz, elle en vient à tourner une scène de viol, et à poser pour
des photos de nus. Un fan aux allures bizarres, Mimaniaque, qui tient
un site Web sur Mima dans lequel se trouvent consignés chaque fait et
geste de celle-ci, l'accuse de traitrise, et se persuade que cette
Mima n'est pas la vraie Mima, mais un imposteur. Mais est-ce bien
Mimaniaque qui la harcèle? Qu'est donc cette mystérieuse apparition
qui hante Mima, un double mesquin qui se réclame être la vraie Mima?
La vie de Mima sombre peu à peu dans la folie, le scénariste du film
responsable du "faux" (?) viol et le photographe sont sauvagement
assassinés.

Sans doute le manga le plus déroutant que j'ai jamais vu. Au fur et à
mesure que le récit avance, le spectateur perd pied, et ne parvient
plus à distinguer le réel de l'illusion. Survient une scène qui semble
enfin expliquer rationnellement les événements, on entend en
hors-champ "coupez!". On encore, Mima se réveille dans son lit, pour à
nouveau se réveiller deux minutes plus tard, dans une scène exactement
identique. Plus l'histoire avance, plus Kon joue avec le spectateur,
le déroute, lui fait croire à l'irréel, à l'aide d'un scénario d'une
rare intelligence, entièrement construit sur le principe volatile de
l'hallucination.

Totalement à l'opposé de l'extrême violence ou des ambiance robotiques
de la plupart des autres mangas, "Perfect Blue" est un parfait exemple
de film d'animation psychologique qui ne cesse de prendre le
spectateur à partie, de lui poser des questions et de lui proposer des
réponses souvent fausses. Un film qui est son propre sujet, puisque le
film est lui-même, par définition, irréel, et qui ne pouvait être
qu'un dessin animé, car qu'y a-t-il de plus irréel au cinéma qu'un
dessin? Ce film angoissant peut aussi être vu comme un essai troublant
sur le cinéma, sur ce que c'est, pour un acteur, de jouer un rôle, de
rentrer dans la peau d'un autre personnage, et pour un spectateur de
s'identifier à ce qui n'est pas lui, à ce qui n'est qu'irréel, et
surtout sur ce lien étrange entre l'acteur, le personnage et l'image
identificatoire que se fait le spectateur de ce dernier.
--
Raphaël Goubet

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