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[Date Prev][Date Next][Date Index] [ANALYSE] L'architecture dans Blade Runner
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] http://zemag.ifrance.com (Toute omission, complément, critique sur l'interprétation est le bien venu) Blade Runner est l'un des films qui procède d'une architecture la plus complexe (à ma connaissance). Pas par la complexité des bâtiments pris l'un après l'autre mais par le mariage à l'image de toutes sortes de choses, d'idées et de formes qui lui donne un visuel si particulier. Sans parler de l'image elle même, de la couleur, du film en fait, l'architecture elle même fait découvrir une grande thématique qui montre bien la densité extrême du film, Par ses immeubles ;-) 1- Thématique générale / Plan d'ensemble Les bâtiments de Blade Runner ne sont déjà pas à l'image de ce que donnerait les films d'anticipations des années 90 (Demolition Man par Exemple) qui montre des formes lisses, simples, carrées ou rondes mais toujours d'un seul bloc. Il n'y a aucune exception à la règle architecturale établie pour ce film, les bâtiments ne sont jamais droits, carrés ou lisses. Les vues d'ensemble (depuis le ciel) nous montre des bâtiments le plus souvent trapézoïdaux dans le secteur technologique (voir la découpe en secteurs), composés d'un modèle reproduit soir par symétrie, soit par copie. Ce modèle est simple, mais pas le bâtiment qu'il donne. Le modèle se permet une simplicité carrée le plus souvent, il est composé soit d'une fenêtre, soit d'un carré dans lequel on peut observer des dessins cubiques. Ce modèle est reproduit "à l'infini" le plus souvent par copie (on remplit une grande surface par une succession de petites surfaces, ici toutes identiques obtenue par la copie ou la symétrie). Cela donne l'impression que le tout est issu de la masse qui la compose, un peu comme ce peuple terrestre décrit dans le film comme une population qui applique le "métro-boulot-dodo". Cette thématique de masse qui compose un tout, à l'opposé de celle défendue par les films plus récents selon laquelle le Tout vit par lui même et impose à l'individu. Cette légère différence, principalement au niveau de la compréhension de qui est prédominant est présente dans le film, et c'est pour ça qu'on peut se permettre cette interprétation architecturale. Les seuls éléments perturbateurs du films sont le héros et ceux qu'il pourchasse. Le seul avantage que confère cette "vision" est que l'homme (le héros) est encore maître de son destin parce que le tout ne lui dicte pas son destin, qu'il est encore maître de ce qu'il fait. Il le fait d'ailleurs plutôt à sa manière, comportement qu'on ne pourra retrouver que chez les personnes étrangères au milieu anticipé (encore une fois Demolition Man qui n'est pas un chef d'oeuvre mais un classique de l'anticipation). Le modèle qui est défini dans chaque secteur est représentatif de ce secteur et en impose le code et la fonctionalité. 2- Secteur Technologique Le secteur où l'on découvre la Tyrell Corp (société ayant inventé et commercialisé les répliquants) est composé comme on l'a vu de Trapézoïdaux, ces bâtiments n'ont pas la forme conventionnelle carrée mais sont édifiés à la manière de temple de technologie. Dans ce secteur, on ne découvre pas de fioritures, tout doit être efficace et donc "presque" lisse. Le modèle est une fenêtre à la mode moyennageuse, une meurtrière (fenêtre de petite taille en longueur mais 4 à 10 fois plus longues en hauteur, anciennement utilisées pour pouvoir tirer à l'arc depuis le chateau). C'est ce que l'on peut constater tout au long du film à chaque plan d'ensemble sur ces bâtiments. Ca ne signifie pas que les employés tirent à l'arc, mais peut-être sont-ils de vrais requins ;-). La pièce qui est représentative du trapézoïde tout en étant l'exception au modèle de la fenêtre est le Bureau de Tyrell, Grand bureau d'influence encore une fois moyennageuse avec un âtre, un grand bureau, un animal renforce cette impression, bien qu'artificiel, la chouette qui était comme le faucon un rapace très apprécié par les grands seigneurs. La grande fenêtre au ratio 2/1 (longueur/hauteur) fait exception mais renforce l'idée d'un patron tout puissant, qui contemple son monde, un seigneur des temps modernes ? 3- Secteur d'habitation de Deckard A contrario du modèle précédent, le lieu d'habitation d'Harrison Ford est librement inspiré d'un mélange d'héxagonaux, d'octogonaux, on retrouve un modèle carré unique pour l'appartement de Deckard qui n'est repris nulle part. Les immeubles ne nous sont pas montrés en plan d'ensemble mais pour ce qui est de celui de Deckard, on l'extrapole relativement vertical, rectanbulaire mais construit sur des modèles angulaires internes plus complexes. Le modèle intérieur est un carré qui contient des dessins rectangulaires orientés vers le coté et vers le haut. L'appartement est entièrement fait de ce modèle avec des angles particuliers à l'approche de la fenêtre centrale, une pièce meublée de manière conventionnelle, assez bordélique (tiens on dirait chez moi). Dans le couloir, le modèle est une simple ligne verticale reproduite à l'infini participant à l'idée que l'immeuble s'étend vers le haut. Cette construction ferait penser à une sorte de temple mais pas du genre du secteur technologique, plutôt d'origine inca. Certains modèles autour du domicile de Deckard en forme de grands exagones qui recouvre une facades qui n'est pas verticale participent à cette esthétique. 4- Secteur Industriel L'habitation de JF Sebastian, dans un autre secteur nous ramène à l'esthétique intérieure d'une usine (d'une prison ?) avec une salle immense, vide qui est bordée d'un couloir sur plusieurs étage, tres étroit. Puis vient l'accès à son appartement somme toute très sommaire (mais avec encore un bordel qu'on dirait ma chambre). Son univers autour de mannequin, de robots est bien compris dans cet intérieur très austère. Le plus remarquable reste tout de même les piliers de l'entrée (que l'on peut notamment admirer dans la scène ou la première répliquante prend contact avec JF) : ils sont une réplique épurée de piliers fantaisistes typiques de la Renaissance italienne. Ces mêmes piliers qui prenaient exemple sur les piliers grecs (droits) pour les détourner dans un mouvement circulaire emporté verticalement. Ces piliers sont plus larges que les classiques grecs et sont facilement reconnaissables dans le film. Encore une fois, on recense une envie de montrer la verticalité, ces piliers étant souvent utilisés au 17eme siècle pour mettre en valeur la couronne (ce que soutien le pilier, la façade scultée) du bâtiment. 5- Exception - China Town Même dans la Director's Cut, China Town reste un endroit mal défini. Simplement parce que les extérieurs ne nous laissent aucun plan d'ensemble, dans cette zone, les personnages sont soit centrés dans l'image soit en train de regarder le ciel où on ne devine que les ombres des immeubles. Le seul élément de China Town qui lui donne cette touche chinoise reste donc les figurants et leurs habits. Le bar que l'on découvre avec Deckard (celui ou Salomé et son serpent font des leurs) est d'ailleurs tout sauf chinois. Les habits sont des épurés des années 30 et l'architecture intérieure qu'on y découvre est un croisement entre un salon anglais et un bar/spectacle américain. La zone d'entrée est plus typique d'un Club anglais tandis que la scène et le bar sont typiquement agencés à l'américaine. Une fois sorti, les personnages rentrent dans une espece de zone commerciale que Salomé traverse en brisant les glaces, n'étant pas vraiment la représentation qu'on se fait d'un vrai China Town ;-). -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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