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[AVIS] Entre amis et voisins


  • Subject: [AVIS] Entre amis et voisins
  • From: evan_lustaf@yahoo.fr (Evan Lustaf)
  • Date: 16 Aug 1999 18:31:56 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: fre3d
  • References: <37b42663.26417085@news.le-village.com>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:127

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Attention : quelques (légères) révélations dans ce qui suit.


Nous entrons sans réserve dans la vie de deux couples : le premier a
des relations conflictuelles, que ce soit au niveau sexuel ou
relationnel pur. Lui est prof de théâtre, extrêmement bavard au lit
alors qu'elle ne rêve que de silence pour se concentrer sur l'acte.
Apparemment, tous leurs conflits naissent de cette mésentente
sexuelle, la femme étant à la recherche de la sensation alors que
l'homme intellectualise tout - y compris l'acte sexuel.
Le second couple semble inexistant : sexuellement, c'est là encore la
mésentente, causée par l'ignorance et l'incompréhension de chacun des
désirs de l'autre. Pour le reste, lui est cadre supérieur et passe
beaucoup de temps au travail et à faire du sport, ce qui nous laisse
supposer qu'il reste peu de temps pour leur vie de couple. Ils vivent
dans une grande maison (the "dream-house") qu'ils viennent d'acquérir
mais qui nous est montrée comme sans âme, aseptisée et plutôt froide.
La femme est également l'ex du prof de théâtre du premier couple...

Voilà un film bien pessimiste sur les relations de couples. Le regard
est lucide, cynique mais précis. Nous avons en présence deux couples,
et un cinquième protagoniste ami des deux hommes, célibataire, baiseur
libertin et surtout extrêmement macho, misogyne et persuadé de détenir
la référence comportementale de l'homme vis-à-vis de la femme. Nous
suivons tout au long du film les interrogations et les déchirements
(déchirements sans violence, car les histoires sont sans passion) des
deux couples, décrits de manière très fine par une mise en scène
épurée et simple à bases de longs plans fixes (très beau monologue de
Jason Patric), bien souvent préférés au traditionnel - et pesant -
champ/contre-champ dans les scènes de dialogue. Les interrogations des
différents personnages contrastent avec le personnage du célibataire
qui, lui, ne se pose jamais de questions et se révèle être un beau
spécimen de salaud au fur à mesure du film. Les difficultés de
communication et la superficialité des rapports sont soulignées par
les nombreux silences qui émaillent les conversations : silence
lorsque l'on n'a rien à se dire (la scène du dîner entre les deux
couples où les protagonistes passent leur temps à dire qu'ils
devraient vraiment se voir plus souvent, ou bien que la maison est
très belle), silence aussi lorsque l'on tente de dire à l'autre ce que
l'on ressent (la scène où le prof de théâtre essaie de faire
comprendre à son ex qu'il l'aime encore, alors qu'il est seulement
trompé par l'illusion de reconstruire une histoire sur les vestiges de
leur passé commun).

Heureusement, la grande mélancolie qui pourrait émaner du film est
compensée par un humour décapant qui se traduit par plusieurs scènes
hilarantes (Jason Patric qui enregistre ses ébats fictifs sur cassette
pour ensuite les écouter au walkman en faisant des abdominaux, ou qui
pique une colère contre une fille - coup d'un soir - qui a le malheur
d'avoir ses règles et de lui pourrir ses draps...). Mais notre rire se
transforme bien vite en un sourire un peu douloureux, car derrière le
comique de ces scènes se cache la misère de notre propre condition. 



Evan Lustaf

"Vaut-il mieux crier et hâter ainsi sa propre fin ou se taire 
et s’acheter une plus lente agonie ?" 
Milan Kundera
-- 
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