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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Entre amis et voisins
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Attention : quelques (légères) révélations dans ce qui suit. Nous entrons sans réserve dans la vie de deux couples : le premier a des relations conflictuelles, que ce soit au niveau sexuel ou relationnel pur. Lui est prof de théâtre, extrêmement bavard au lit alors qu'elle ne rêve que de silence pour se concentrer sur l'acte. Apparemment, tous leurs conflits naissent de cette mésentente sexuelle, la femme étant à la recherche de la sensation alors que l'homme intellectualise tout - y compris l'acte sexuel. Le second couple semble inexistant : sexuellement, c'est là encore la mésentente, causée par l'ignorance et l'incompréhension de chacun des désirs de l'autre. Pour le reste, lui est cadre supérieur et passe beaucoup de temps au travail et à faire du sport, ce qui nous laisse supposer qu'il reste peu de temps pour leur vie de couple. Ils vivent dans une grande maison (the "dream-house") qu'ils viennent d'acquérir mais qui nous est montrée comme sans âme, aseptisée et plutôt froide. La femme est également l'ex du prof de théâtre du premier couple... Voilà un film bien pessimiste sur les relations de couples. Le regard est lucide, cynique mais précis. Nous avons en présence deux couples, et un cinquième protagoniste ami des deux hommes, célibataire, baiseur libertin et surtout extrêmement macho, misogyne et persuadé de détenir la référence comportementale de l'homme vis-à-vis de la femme. Nous suivons tout au long du film les interrogations et les déchirements (déchirements sans violence, car les histoires sont sans passion) des deux couples, décrits de manière très fine par une mise en scène épurée et simple à bases de longs plans fixes (très beau monologue de Jason Patric), bien souvent préférés au traditionnel - et pesant - champ/contre-champ dans les scènes de dialogue. Les interrogations des différents personnages contrastent avec le personnage du célibataire qui, lui, ne se pose jamais de questions et se révèle être un beau spécimen de salaud au fur à mesure du film. Les difficultés de communication et la superficialité des rapports sont soulignées par les nombreux silences qui émaillent les conversations : silence lorsque l'on n'a rien à se dire (la scène du dîner entre les deux couples où les protagonistes passent leur temps à dire qu'ils devraient vraiment se voir plus souvent, ou bien que la maison est très belle), silence aussi lorsque l'on tente de dire à l'autre ce que l'on ressent (la scène où le prof de théâtre essaie de faire comprendre à son ex qu'il l'aime encore, alors qu'il est seulement trompé par l'illusion de reconstruire une histoire sur les vestiges de leur passé commun). Heureusement, la grande mélancolie qui pourrait émaner du film est compensée par un humour décapant qui se traduit par plusieurs scènes hilarantes (Jason Patric qui enregistre ses ébats fictifs sur cassette pour ensuite les écouter au walkman en faisant des abdominaux, ou qui pique une colère contre une fille - coup d'un soir - qui a le malheur d'avoir ses règles et de lui pourrir ses draps...). Mais notre rire se transforme bien vite en un sourire un peu douloureux, car derrière le comique de ces scènes se cache la misère de notre propre condition. Evan Lustaf "Vaut-il mieux crier et hâter ainsi sa propre fin ou se taire et s’acheter une plus lente agonie ?" Milan Kundera -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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