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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Pola X [Spoilers]
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Il y a quelques semaines, sur les news de mon école, deux personnes ont encensé Pola X, que je n'avais pas vu et n'avais pas l'intention de voir. La discussion dégénéra (ces personnes considérant les salles MK2 comme de gros impérialistes vendus au grand capital et à Jacques Lourcelles). Je m'engageai alors à aller voir Pola X, malgré mes appréhensions (la transformation ridicule de Depardieu). J'ai essayé de ne pas faire preuve de trop d'a prioris. Voici donc, à quelques corrections près ce que j'ai posté. En fait, il se trouve que j'ai aimé. Enfin, j'ai aimé la première demie-heure. Le film est prometteur. Guillaume Depargod est un jeune baron, fils de Catherine Deneuve et qui ressemble à Claude François Jr. Il vit dans un château idyllique digne d'un roman photo. On trouve à ce moment ce qu'il faut d'ironie pour dévoiler la part de clichés et effectivement quelques très beaux plans (mais on dit la même chose des pires Jess Franco) Et puis il rencontre sa soeur cachée jouée par une Lituanienne. A partir de là, Pola X vire insensiblement à la catastrophe. Déjà que Katerina Gobeluva ne parle pratiquement pas français et semble débiter sa tirade (quatre minutes non stop) de façon phonétique, on ne voit pas pourquoi le Guigui va en pincer pour sa soeurette. Ah oui, j'oubliais : il y a l'esthétisation de la misère et de la crasse, qui fait que tout ce qui est pouilleux est valorisé dans le film. Et puis, vous savez, le personnage est AUTODESTRUCTEUR, comme ça il a une complexité, une épaisseur. Donc, Guigui, sa frangine et deux autres ruskoffs femelles dont une gamine vont à Paris. Guigui s'engueule avec un chauffeur de taxi qui lui fout une lacry. Résultat, son meilleur pote (Laurent Lucas) refuse de le recevoir dans sa rave. L'autodestruction a commencé. Puis, dans un hôtel pouilleux (baptisé Ahab, comme le capitaine dans Moby Dick, allusion subtile à Melville) la gamine se met à dire "Tu pues" à tous les passants. Un monsieur genre cadre sup lui fout un pain comme le premier Joey Starr venu et la camine grève. Enfin non la gamine crève. Vous voyez, les gens sont des salauds, y a plus de l'humanité que chez les clodos et ceux de l'Est, victimes de notre oppression passée. Toujours est-il qu'après ça Guigui et sa soeurette se réfugient dans une sorte de camp retranché en banlieue. Là bas, Golubeva ou Gubelova (Moor) je ne sais plus, retrouve son réalisateur fétiche (Sharuna Bartas) qui fait un vague leader de milice. C'est bourré de poulets et de mitraillettes dans l'usine désaffectée. Toute la journée, vingt bonshommes jouent une sorte de rock industriel insupportable. Vous saisissez ? Mieux vaut jouer n'importe quoi qu'une musique harmonieuse qui ne nous fait pas penser que nous sommes responsables de la violence dans les pays de l'Est. Rock bruitiste=seule solution honnête. Bref, le film va contenir de plus en plus de passages débiles. Catherine Deneuve fait de la moto et meurt d'une chute (lourd symbolisme de la chute tout au long du film), frangin-soeurette se font un 69 (exécuté sans simulation par des doublures hard dans la pénombre), Guigui passe à une émission littéraire où il se ridiculise (mais mieux vaut être soi que jouer le jeu des médias) et se met à écrire un grand roman au stabylo que tout le monde trouve à chier. Et puis il se met à chausser des culs de bouteille, à boiter parce qu'il a cassé des rétroviseurs et à se laisser pousser la barbe parce qu'il n'y a plus de Gillette. Le film est effectivement un ratage. J'ai déjà vu plus nul mais ce qui est rageant c'est que le début était extrêmement prometteur. Les thèmes traitées dans le film ne sont pas en cause. Il y a effectivement une ambiguïté assumée du personnage principal, qui se met à disjoncter sans que l'on sache jusqu'au bout si ce qu'il fait est bon ou pas, si sa posture romantique est sincère ou relève de l'autodestruction pure et simple. Là où ça cloche c'est que stylistiquement aussi on retrouve cette volonté de ne pas trancher. Résultat, le film ne va nulle part, accumule les symboles et la mise en scène périclite totalement. La misère est systématiquement supérieure aux nantis, sans qu'on voit vraiment pourquoi. De plus, les acteurs jouent faux. Mention spéciale à Laurent Lucas qui incarne un salaud encore plus caricatural que le fiancé de Titanic. Quant à Guillaume Depardieu, il n'arrive pas à sauver le film. On remarquera cependant qu'il passe physiquement du stade Cloclo Jr au stade Kurt Cobain entre le début et la fin de l'histoire. Mieux vaut certainement être Cobain que Cloclo Jr. Il aura seulement fallu deux heures un quart pour en arriver là Une remarque pour finir : - Le film se veut aussi une réflexion sur l'Europe de l'après-guerre. Il commence par quelques images d'archives, saisissantes, sur le bombardement d'un cimetière pendant la seconde guerre mondiale. Mais la réflexion est pratiquement puérile. Carax veut tellement faire de l'image qu'il en oublie par exemple que ces extraits de films d'actualité sont certainement des reconstitutions (vous avez vu beaucoup de caméras qui tournent dans les cimetières au moment des alertes aériennes ?). Moralité : allez plutôt voir L'Anglais. FK -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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