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[CRITIQUE] Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman (1982)


  • Subject: [CRITIQUE] Fanny et Alexandre d'Ingmar Bergman (1982)
  • From: Simon Galiero <galieros@videotron.ca>
  • Date: 4 Aug 1999 18:54:30 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Touchez pas au Grisbi !
  • References: <4-37A6AE2F.6CE27455@videotron.ca>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:114

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


FANNY ET ALEXANDRE
(Fanny och Alexander)

d'Ingmar Bergman

1982 - 3h10 (vu dans sa version courte d'environs 190 minutes, enfin si
on peut appeller ça courte, la longue faisant 312 minutes) -
Suède/France/Allemagne de l'Ouest
sc : Ingmar Bergman
ph : Sven Nykvist
mu : Daniel Bell et d'autres gars, z'avez qu'à fouiller sur l'imdb :) Il
y a des pièces de Chopin aussi...
pr : Jörn Donner
avec : Kristina Adolphson, Börje Ahlstedt, Pernilla Allwin, Kristian
Almgren et d'autres noms que vous connaisez tous très bien j'en suis sûr
:)...
-> ****

"Fanny et Alexandre" euh sa raconte quoi déjà... Bon je vais faire très
simple : une grande famille remplie d'oncles et de tantes et de bonnes
et de maitresses et d'amis et tout ça ; dans cette famille deux enfants,
leur papa qui est acteur et directeur d'un théâtre décède et se fait
remplacer après le deuil par un fanatique religieux qui en fera baver à
tout le monde... D'une existence libre et joyeuse dans le confort de la
famille élargie, les deux enfants devront se mettre au diapason d'une
vie arride, pieuse, pauvre, dégradante. Mais la famille, menée par une
grand-mère qu'on voudrait tous avoir, ne reste pas dupe de leur misère
et fera tout pour les en sortir...
Je dois avouer avoir été déçu par les réactions autour de "Fanny et
Alexandre... On dirait que c'est un film, même si il est parfois cité,
qui ne fait jamais l'objet de commentaires, il semble que certains aient
eu quelques difficultés à se taper au minimum 3h10 de Bergman
intensif... Et bien moi j'ai été renversé, j'étais persuadé que j'allais
voir un Bergman mineur et pourtant j'ai vu là une oeuvre bouleversante,
au même titre que le "Eyes Wide Shut" de Kubrick, mais ça c'est une
histoire :).
Bergman avec son film fait preuve d'une puissance insolite, d'une
maitrise et d'une habileté scénaristique à rendre jaloux. Tout est là
pour décrire sa vision de la vie : de grands moments d'humour (surtout
en présence d'un certain oncle plutôt frivole) ; de grands moments de
tendresse et d'intimité (notamment deux discours mémorables au début et
à la fin du film) ; une justesse de ton dans l'ensemble qui revendique
l'amour et la vie sans se complaire et avec une simplicité et une vérité
qui laissent pantois ; des acteurs qui incarnent des personnages d'une
grande intensité et d'une grande profondeur (on se souviendra de l'être
étrange et troublant, qu'on a enfermé dans une pièce pour protéger
l'extérieur de ses "pouvoirs" qui ne sont nuls autres que la capacité
d'explorer l'âme humaine) ; un jeu extrêmement complexe et ficellé de
main de maitre sur la signification existencielle du théâtre et du
cinéma (le discours de Carl, le père des deux enfants, au début du film
est d'une sincérité déconcertante et exprime en mots simples et
touchants l'amour qu'on peut porter à cette forme d'art)... Et puis un
vent de magie souffle tout le long du film, avec une poésie et une
"folie" d'esprit qui m'a littéralement emporté... Et puis on sent que
Bergman s'est fait plaisir en incluant dans son film des moments de pur
surréalisme et de grande virtuosité. Parfois on aurait dit que le
réalisateur du film était une fusion de Bergman, de Bunuel et de Kubrick
:))
Et je pourrais dire bien d'autres choses de ce film extrêmement riche
qui amène aussi, entre autres, une réflexion sur la vérité vs mensonge,
sur le totalitarisme religieux vs la joie de l'instant présent, sur
l'homme, sur la femme, sur l'enfance, sur la vieillesse, l'amitié, la
mort, la naissance (présente à la fin), sur l'âme, l'esprit, la famille,
le pouvoir, la persécution, le concept du "masque" avec lequel chacun de
nous joue un jeu, sur l'avarice, le racisme, la peur, la tendresse,
l'imaginaire : et le tout sur fond de scènes contemplatives comme celle
où on rencontre une momie embaumée depuis des siècles mais qu'on entend
encore respirer... Si je ne vous ai pas convaincus... :)

note : que pensez-vous du film et comment le situez-vous dans l'oeuvre
de Bergman ou l'idée que vous vous faites de l'oeuvre de Bergman ?
Autopsy où es-tu ?



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Simon Galiero                                   galieros@videotron.ca
Le cinéma en lumière ! :                  http://www.lumiere.org
"S'il était libre le cinéma serait l'oeil de la liberté. Mais on peut
dormir tranquille. Le regard du cinéma est entravé par le conformisme
du public et les intérêts commerciaux. Le jour où l'oeil du cinéma se
réveillera, le monde prendra feu !"
[LUIS BUNUEL]

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