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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Tueur à gages, Darejan Omirbaev (1998)
Tueur à gages, de Darejan Omirbaev, avec Talgat Assetov et Roksana Abouova (1998) "Tueur à gages" est le troisième film d'Omirbaev (après Kairat et Kardiogramma), en provenance d'un pays où le cinéma n'existe virtuellement plus, le Kazakhstan (le film a été coproduit avec la France). Marat (Talgat Assetov), une vingtaine d'années, est chauffeur, employé par un respectable professeur de mathématiques dans un organisme public de recherches. Le film commence par l'interview du scientifique dans ce qu'on suppose etre une station de radio. "A quoi sert la science dans un pays où la grande majorité de la population adulte vit du commerce ?" demande la journaliste. "A rien sans doute" répond-il. Quelques jours plus tard, le centre sera fermé et les batiments revendus à une compagnie bancaire. Cette conversation éclaire d'emblée l'arrière-plan du film, celui d'un pays en crise, à la recherche de profits, constat qui vaut pour la plupart des républiques ex-soviétiques et est ensuite appuyé par la longue séquence au cours de laquelle le son de l'interview se mele avec des images de rue, de marché. Après sa journée de travail, Marat part à l'hopital chercher sa fiancée et son fils, qui vient de naitre, et les conduire à leur appartement. Sur le chemin du retour, alors qu'il contemplait son fils dans le rétrovieseur, il emboutit la voiture qui le précède. Cet accident est le point de départ de l'histoire. Pour rembourser les frais de réparation, Marat fera appel à un usurier, le début d'une longue chute qui justifiera bientot le titre du film. Marat va progressivement entrer en contact avec le monde du crime organisé, bulle de propspérité dans un état en déliquescence, qui va rapidement le digérer. La narration procède souvent par ellipses. Les scènes obligées, attendues sonrt amenées puis brusquement coupées. Néanmoins aucun doute ne plane. Ce qui nous est caché a eu lieu. Les ellipses ici ne trouent pas le récit de béances qui ne seraient comblées qu'a posteriori. Certaines scènes évidentes sont simplement passées sous silence. Omirbaev part du principe que seul ce que le spectateur ne peut inférer du récit vaut la peine d'etre filmé. Montrer le reste ne serait que radotage. Dans 'Kairat' (la premier film d'Omirbaev (1992) à avoir atteint nos contrées) au contraire, la compréhension patissait parfois des nombreuses ellipses. Ici tout est limpide, trop peut-etre. L'intrigue se déroule, implacable mais en creux, pourrait-on dire. On trouve dans le scène quelques scènes franchement burlesques, lorsque le professeur cherche la sortie du batiment après son interview par exemple, ou bien les allers et retours au restaurant pour surveiller sa voiture neuve de peur qu'on ne la lui vole, etc... Un humour à froid, absurde, assez proche de ce que peut faire Tsai Ming-Liang. Il y a d'ailleurs de nombreuses similitudes entre les univers des deux cinéastes (déjà évoquées semble-t-il dans un article des Cahiers du Cinéma). Tous deux mettent en scène principalement des hommes jeunes, taiseux qui subissent, passivement le plus souvent, ce qui leur arrive et pour lesquels la communication avec autrui semble représenter un obstacle insurmontable. Les deux cinéastes semblent partager ce constat sur la société, sur l'isolement de plus en plus grand des individus. De plus, le traitement est analogue : cette succession de scènes d'attente, de prostration, de déplacements (en voiture ici), la meme insistance sur ces moments apparemment creux, montrés pour mieux mettre en évidence ce qui n'arrive pas, ou plus. Des scènes de liaison qui ne lient plus rien. Peut-etre Omirbaev accorde-t-il plus d'importance au récit. Sa ligne narrative est (dans ce film du moins) plus limpide mais on n'y retrouve pas la force extraordinaire des films de Tsai Ming-Liang. On sent qu'Omirbaev n'a pas le sens du cadre et des durées de TML. Néanmoins, le film intrigue et confirme le talent d'un cinéaste que l'on aurait tort de négliger. -- Pierre -- Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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