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[AVIS] Tueur à gages, Darejan Omirbaev (1998)


  • Subject: [AVIS] Tueur à gages, Darejan Omirbaev (1998)
  • From: Pierre <s931615@student.ulg.ac.be>
  • Date: 19 Jul 1999 12:51:14 GMT
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  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: ULg
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Tueur à gages, de Darejan Omirbaev, avec Talgat Assetov et Roksana
Abouova (1998)

"Tueur à gages" est le troisième film d'Omirbaev (après Kairat et
Kardiogramma), en provenance d'un pays où le cinéma n'existe
virtuellement plus, le Kazakhstan (le film a été coproduit avec la
France).

Marat (Talgat Assetov), une vingtaine d'années, est chauffeur, employé
par un respectable professeur de mathématiques dans un organisme public
de recherches. Le film commence par l'interview du scientifique dans ce
qu'on suppose etre une station de radio. "A quoi sert la science dans un
pays où la grande majorité de la population adulte vit du commerce ?"
demande la journaliste. "A rien sans doute" répond-il. Quelques jours
plus tard, le centre sera fermé et les batiments revendus à une
compagnie bancaire. Cette conversation éclaire d'emblée l'arrière-plan
du film, celui d'un pays en crise, à la recherche de profits, constat
qui vaut pour la plupart des républiques ex-soviétiques et est ensuite
appuyé par la longue séquence au cours de laquelle le son de l'interview
se mele avec des images de rue, de marché.

Après sa journée de travail, Marat part à l'hopital chercher sa fiancée
et son fils, qui vient de naitre, et les conduire à leur appartement.
Sur le chemin du retour, alors qu'il contemplait son fils dans le
rétrovieseur, il emboutit la voiture qui le précède. Cet accident est le
point de départ de l'histoire. Pour rembourser les frais de réparation,
Marat fera appel à un usurier, le début d'une longue chute qui
justifiera bientot le titre du film. Marat va progressivement entrer en
contact avec le monde du crime organisé, bulle de propspérité dans un
état en déliquescence, qui va rapidement le digérer.

La narration procède souvent par ellipses. Les scènes obligées,
attendues sonrt amenées puis brusquement coupées. Néanmoins aucun doute
ne plane. Ce qui nous est caché a eu lieu. Les ellipses ici ne trouent
pas le récit de béances qui ne seraient comblées qu'a posteriori.
Certaines scènes évidentes sont simplement passées sous silence.
Omirbaev part du principe que seul ce que le spectateur ne peut inférer
du récit vaut la peine d'etre filmé. Montrer le reste ne serait que
radotage. Dans 'Kairat' (la premier film d'Omirbaev (1992) à avoir
atteint nos contrées) au contraire, la compréhension patissait parfois
des nombreuses ellipses. Ici tout est limpide, trop peut-etre.
L'intrigue se déroule, implacable mais en creux, pourrait-on dire.

On trouve dans le scène quelques scènes franchement burlesques, lorsque
le professeur cherche la sortie du batiment après son interview par
exemple, ou bien les allers et retours au restaurant pour surveiller sa
voiture neuve de peur qu'on ne la lui vole, etc... Un humour à froid,
absurde, assez proche de ce que peut faire Tsai Ming-Liang. Il y a
d'ailleurs de nombreuses similitudes entre les univers des deux
cinéastes (déjà évoquées semble-t-il dans un article des Cahiers du
Cinéma). Tous deux mettent en scène principalement des hommes jeunes,
taiseux qui subissent, passivement le plus souvent, ce qui leur arrive
et pour lesquels la communication avec autrui semble représenter un
obstacle insurmontable. Les deux cinéastes semblent partager ce constat
sur la société, sur l'isolement de plus en plus grand des individus. 

De plus, le traitement est analogue : cette succession de scènes
d'attente, de prostration, de déplacements (en voiture ici), la meme
insistance sur ces moments apparemment creux, montrés pour mieux mettre
en évidence ce qui n'arrive pas, ou plus. Des scènes de liaison qui ne
lient plus rien.

Peut-etre Omirbaev accorde-t-il plus d'importance au récit. Sa ligne
narrative est (dans ce film du moins) plus limpide mais on n'y retrouve
pas la force extraordinaire des films de Tsai Ming-Liang. On sent
qu'Omirbaev n'a pas le sens du cadre et des durées de TML. Néanmoins, le
film intrigue et confirme le talent d'un cinéaste que l'on aurait tort
de négliger.

--
Pierre


-- 
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