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[CRITIQUE] La cité des enfants perdus


  • Subject: [CRITIQUE] La cité des enfants perdus
  • From: Neukoln@i-france.com (Autopsy)
  • Date: 3 Jul 1999 19:34:07 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Mickey Parade
  • References: <377c8628.9631193@news.club-internet.fr>
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]



Parlons ensemble de ce second film du cinéaste français Jean-Pierre
Jeunet. D'emblée, je dois dire que ce film m'a profondément déçu, eût
égard à Delicatessen, premier film ingénieux, bourré de trouvailles,
et déjà sur le chemin de l'imaginaire d'un Terry Gilliam. On retrouve
ici ce mélange d'onirisme, de conte, mais aussi de poésie. La Cité des
enfants perdus marque malheureusement un tournant dans la carrière de
Jeunet, et semble indiscutablement (mais pour vous je ferai un effort)
lorgner du côté du gigantisme hollywoodien. Alien 4, dernier film en
date de l'américano-français confirme ce triste rapport, les effets
spéciaux sont ici au service de la frime pure et dure, jusqu'aux
vannes redneckiennes. Fincher avait tenté, plutôt maladroitement,
d'incorporer à Alien 3 le mysticisme qui lui faisait défaut.
L'ambiance post-apocalyptique comblera quant à elle les nombreux
clichés, et un déroulement ma foi très prévisible. Seule la version de
Ridley Scott est à marquer d'une pierre blanche, preuve en est qu'un
fils de pub n'est pas forcément roublard et épileptique (cf Tony Scott
ou Alan Parker)

C'est cette impression de trop plein qui me gêne, les effets spéciaux
ne communiquent aucune émotion, fûssent-ils aidés de la belle musique
de Badalamenti. Et c'est bien là que le bât blesse. Le film hésite, a
du mal à trouver sa voie, se perd parfois en scènes plus esthétiques
qu'autre chose. Les très rares moments où l'émotion semble pointer le
bout de son heu... son bout, c'est sur des visages humains, lorsque
l'anamorphose laisse apparaître Ron Perlman transportant la gamine sur
son dos. Il y a bien quelques trouvailles, quelques résidus
d'ingéniosité, mais trop souvent au second plan, pas vraiment
exploitées. C'est comme si il y avait un gâchis, telle l'eau qui
déborde de l'évier, ou de ce que vous voulez, je ne suis pas sectaire.
Il y a un piège, à trop vouloir célébrer le culte de l'image, on finit
par devenir inexpressif, à l'instar d'un Beinex et de son Diva. Le
rapprochement entre ces deux films ne me semble pas hors sujet, il y a
de très nombreuses ressemblances. Mais je préfère tout de même, et de
loin, La Cité des enfants perdus. Véritable chef d'oeuvre comparé au
nanarcissique Diva.

J'enchaîne sur la performance des acteurs, assez inégale. Mauvais
point pour Pinon qui est carrément insupportable je trouve, mais ce
n'est pas vraiment de sa faute non plus, qui ne le deviendrait pas
multiplié par 10 (au moins). Je me demande d'ailleurs si cette idée
n'a pas inspiré Ramis pour son histoire de doubles avec Keaton. Je ne
saurais dire si cette idée fut antérieurement exploitée au cinéma...
Emilfork est quant à lui parfait, la gamine aussi. Mais le ponpon
revient au formidable Jean Claude "Mr Marie" Dreyfus, étonnant d'un
bout à l'autre. Grand acteur et sous-estimé qui plus est. 

Pour conclure, le film reste tout de même une audacieuse tentative de
marier conte, poésie, tout le charme et la magie des contes de notre
enfance, le savoureux mélange réel-irréel, la trituration ambigüe des
valeurs de Bien et de Mal. Mais échoue là où un Tim Burton réussit...


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