|
[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] La cité des enfants perdus
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Parlons ensemble de ce second film du cinéaste français Jean-Pierre Jeunet. D'emblée, je dois dire que ce film m'a profondément déçu, eût égard à Delicatessen, premier film ingénieux, bourré de trouvailles, et déjà sur le chemin de l'imaginaire d'un Terry Gilliam. On retrouve ici ce mélange d'onirisme, de conte, mais aussi de poésie. La Cité des enfants perdus marque malheureusement un tournant dans la carrière de Jeunet, et semble indiscutablement (mais pour vous je ferai un effort) lorgner du côté du gigantisme hollywoodien. Alien 4, dernier film en date de l'américano-français confirme ce triste rapport, les effets spéciaux sont ici au service de la frime pure et dure, jusqu'aux vannes redneckiennes. Fincher avait tenté, plutôt maladroitement, d'incorporer à Alien 3 le mysticisme qui lui faisait défaut. L'ambiance post-apocalyptique comblera quant à elle les nombreux clichés, et un déroulement ma foi très prévisible. Seule la version de Ridley Scott est à marquer d'une pierre blanche, preuve en est qu'un fils de pub n'est pas forcément roublard et épileptique (cf Tony Scott ou Alan Parker) C'est cette impression de trop plein qui me gêne, les effets spéciaux ne communiquent aucune émotion, fûssent-ils aidés de la belle musique de Badalamenti. Et c'est bien là que le bât blesse. Le film hésite, a du mal à trouver sa voie, se perd parfois en scènes plus esthétiques qu'autre chose. Les très rares moments où l'émotion semble pointer le bout de son heu... son bout, c'est sur des visages humains, lorsque l'anamorphose laisse apparaître Ron Perlman transportant la gamine sur son dos. Il y a bien quelques trouvailles, quelques résidus d'ingéniosité, mais trop souvent au second plan, pas vraiment exploitées. C'est comme si il y avait un gâchis, telle l'eau qui déborde de l'évier, ou de ce que vous voulez, je ne suis pas sectaire. Il y a un piège, à trop vouloir célébrer le culte de l'image, on finit par devenir inexpressif, à l'instar d'un Beinex et de son Diva. Le rapprochement entre ces deux films ne me semble pas hors sujet, il y a de très nombreuses ressemblances. Mais je préfère tout de même, et de loin, La Cité des enfants perdus. Véritable chef d'oeuvre comparé au nanarcissique Diva. J'enchaîne sur la performance des acteurs, assez inégale. Mauvais point pour Pinon qui est carrément insupportable je trouve, mais ce n'est pas vraiment de sa faute non plus, qui ne le deviendrait pas multiplié par 10 (au moins). Je me demande d'ailleurs si cette idée n'a pas inspiré Ramis pour son histoire de doubles avec Keaton. Je ne saurais dire si cette idée fut antérieurement exploitée au cinéma... Emilfork est quant à lui parfait, la gamine aussi. Mais le ponpon revient au formidable Jean Claude "Mr Marie" Dreyfus, étonnant d'un bout à l'autre. Grand acteur et sous-estimé qui plus est. Pour conclure, le film reste tout de même une audacieuse tentative de marier conte, poésie, tout le charme et la magie des contes de notre enfance, le savoureux mélange réel-irréel, la trituration ambigüe des valeurs de Bien et de Mal. Mais échoue là où un Tim Burton réussit... -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@lists.freenix.org Bien publier sur fr.rec.cinema.selection: http://www.frcs.assoc-38.org/pratp.html Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
|