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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Les passagers (Guiguet, 1999)
Voilà un film qui ne va pas réconcilier les détracteurs du cinéma français avec celui-ci. Il y a pourtant beaucoup de bonnes petites choses, à commencer par le principe de suivre les vies des habitués d'une ligne de tramway en saynètes plus ou moins reliées. La sincérité, l'émotion sont souvent au rendez-vous, l'interprétation est volontaire, l'image marie les vues des lignes de la banlieue parisienne nord et de Strasbourg en créant un espace imaginaire comme je les aime, et plus finement, Jean-Claude Guiguet explore les comportements sexuels comme seul le cinéma français sait le faire. L'hommage aux aînés rythme le film, avec une séquence d'ouverture au son de la voix de Véronique Silver (comme dans "La femme d'à côté" de Truffaut), dont le personnage sert de fil rouge au film, une discussion sur "Les nuits fauves" le long du canal de "L'Atalante", des scènes, des déclamations et des actrices rohmeriennes. J'ai été voir le film encouragé par le survol (pour ne pas déflorer mon plaisir) de la critique de Marine Landrot dans Télérama, et je suis parfaitement capable de participer à son enthousiasme, d'apprécier cette qualité d'écoute et de sensibilité. Comme en étant tout autant capable de prendre un recul circonspect sur l'objet. "Les passagers" fait partie de ce cinéma trop témoin de son temps, tellement obnubilé par son temps qu'il en oublie le cinéma, qu'il finit par s'étouffer lui-même : pourquoi le sempiternel discours sur la solitude, sur le mal-être, sur les douleurs intérieures, sur la crise et le chômage ? La présence de Bruno Putzulu nous rappelle sa prestation dans le bien joli et fort réussi "Petits désordres amoureux" l'année dernière, et fait d'autant plus sentir la différence qui existe entre ces deux films. "Les passagers" fait partie de ce que je pourrais caricaturer en "la génération Desplechin/Amalric", un repli sincère, sensible et onaniste sur le moi, mais qui laisse l'amère sensation d'oublier sérieusement des pans entiers de la vie et du cinéma. Sur une registre élimé et éternel (de Marivaux à Rohmer), "Les petits désordres amoureux" arrivaient à nous surprendre et nous ensoleiller. Ce n'est pas le choix de Guiguet. A noter quand même une très belle mise en musique des images, en ayant recours à Tchaikovsky (Casse-Noisette), Berlioz (la Fantastique), Beethoven (3ème mouvement de la IX°), F. Couperin (les divines Leçons de Ténèbres) et Ferré (Spleen). -- Vincent Fournols - fourvin@cybercable.fr Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@lists.freenix.org Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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