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[AVIS] Les passagers (Guiguet, 1999)


  • Subject: [AVIS] Les passagers (Guiguet, 1999)
  • From: fourvin@cybercable.fr (Vincent Fournols)
  • Date: 9 Jun 1999 07:35:37 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: Cybercable Paris NewsServer
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Voilà un film qui ne va pas réconcilier les détracteurs du cinéma français avec
celui-ci. 
Il y a pourtant beaucoup de bonnes petites choses, à commencer par le principe
de suivre les vies des habitués d'une ligne de tramway en saynètes plus ou moins
reliées. La sincérité, l'émotion sont souvent au rendez-vous, l'interprétation
est volontaire, l'image marie les vues des lignes de la banlieue parisienne nord
et de Strasbourg en créant un espace imaginaire comme je les aime, et plus
finement, Jean-Claude Guiguet explore les comportements sexuels comme seul le
cinéma français sait le faire. 
L'hommage aux aînés rythme le film, avec une séquence d'ouverture au son de la
voix de Véronique Silver (comme dans "La femme d'à côté" de Truffaut), dont le
personnage sert de fil rouge au film, une discussion sur "Les nuits fauves" le
long du canal de "L'Atalante", des scènes, des déclamations et des actrices
rohmeriennes.

J'ai été voir le film encouragé par le survol (pour ne pas déflorer mon plaisir)
de la critique de Marine Landrot dans Télérama, et je suis parfaitement capable
de participer à son enthousiasme, d'apprécier cette qualité d'écoute et de
sensibilité. Comme en étant tout autant capable de prendre un recul circonspect
sur l'objet. "Les passagers" fait partie de ce cinéma trop témoin de son temps,
tellement obnubilé par son temps qu'il en oublie le cinéma, qu'il finit par
s'étouffer lui-même : pourquoi le sempiternel discours sur la solitude, sur le
mal-être, sur les douleurs intérieures, sur la crise et le chômage ? 

La présence de Bruno Putzulu nous rappelle sa prestation dans le bien joli et
fort réussi "Petits désordres amoureux" l'année dernière, et fait d'autant plus
sentir la différence qui existe entre ces deux films. "Les passagers" fait
partie de ce que je pourrais caricaturer en "la génération Desplechin/Amalric",
un repli sincère, sensible et onaniste sur le moi, mais qui laisse l'amère
sensation d'oublier sérieusement des pans entiers de la vie et du cinéma. Sur
une registre élimé et éternel (de Marivaux à Rohmer), "Les petits désordres
amoureux" arrivaient à nous surprendre et nous ensoleiller. Ce n'est pas le
choix de Guiguet.

A noter quand même une très belle mise en musique des images, en ayant recours à
Tchaikovsky (Casse-Noisette), Berlioz (la Fantastique), Beethoven (3ème
mouvement de la IX°), F. Couperin (les divines Leçons de Ténèbres) et Ferré
(Spleen).
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Vincent Fournols - fourvin@cybercable.fr
Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org



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