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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Gummo
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Xenia, Ohio. Pendant les années 70, une tornade a ravagé cette ville. Il n'en reste rien, si ce n'est des gens qui s'y traîne s'en rien à y faire ni à en espèrer. Des gens qui sont là. Il n'y a pour ainsi dire pas d'histoire dans Gummo. Deux adolescents, Solomon - 12ans - et Tummler - 16 ans - y habitent. Ville dévasté, Xenia porte en elle les stigmates de la tornade. Pour passer le temps dans cette ville morte, Solomon et Tummlet tuent des chats qu'ils revendent à l'épicerie du coin qui fournit le restaurant chinois. 1 dollar la livre. Et avec l'argent gagné, ils achètent de la colle. Voilà l'histoire. Scénariste de Kids à l'age de 19 ans, Harmony Korine réalise son premier film. Kids racontait des histoires d'adolescents comme Solomon et Tummler. New Yorkais, cette fois-ci. Mais Gummo ne s'arrête pas là. C'est une succession de portraits froids et détachés comme des vignettes. Darby, un autre adolescent s'empare du marché de la tuerie de chats en leur donnant à manger de la nourriture mélangée à de petits bouts de verres, en même temps qu'il garde chez lui sa grand-mère endormi à jamais dans un poumon artificiel. Une albinos raconte sa vie. Une trisomique se rase les sourcils. Deux jeunes redneck se filent des mandales viriles jusqu'à se tabasser. Et derrière la fine voix de Solomon et la voix rocailleuse en train de muée de Tummlet racontent : "This two boys : they killed their parents... They said they're were Jehoav witnesses..." Poésie de détresse, ce film dérange. Il mélange bande vidéo et péliculle cinéma, cadrage fixe et caméra à l'épaule. Toutes les histoires racontées semblent plus atroces les unes que les autres. Tout paraît sale à l'instar de l'eau du bain de Solomon boueuse. Et puis, il y a ce personnage qui ne raconte rien, qui n'a pas d'histoire : Bunny Boy, le skateur fou qui passe ses journées à descendre des avenues vides de la ville sur son skateboard. En petites touches, on finit par découvrir cette ville ratée des Etats-Unis, leurs habitants, leur vie. Harmony Korine filme des gens que personne ne veut connaître faisant des choses que peu de gens imagineraient. Korine : "C'est bien plus qu'un documentaire - du moins, ça ressemble bien plus qu'à un documentaire. Kids était écrit à 95% et Gummo aussi est écrit jusqu'à un certains point, mais ce qui choque c'est que les scènes sont montrés à des endroits complètement déconvenues - du moins, pour moi. Je fais tout pour que ça ait l'air réel et l'approche ressemble à la réalité, mais il y a un peu d'arnaque au montage, et c'est ce qui exaspère et énerve certaines personnes parce que ça défit le sens de leur logique. Je voulais créer un nouveau genre de film. On est supposé le sentir et pas l'analyser. Ce n'est pas qu'analyser soit mauvais, mais je préfererais que les gens ressentent ce film dans leurs intestins". Un nouveau genre de film ? Mieux vaut se faire son avis tout seul. Il chamboule les règles de la narration, il mélange les effets sonores, visuels. Bref, c'est très étrange. Le film divise les gens. Les critiques conservateurs américains ne l'ont que très moyennement apprécié (Récompense du film dont on s'enfuit le plus vite en 1998). D'autres, et notamment de grands cinéastes l'ont adulé comme Gus Van Stant (My own private Idaho, Drugstore Cowboy, ou plus récemment, et en moins bien Good Will Hunting), ou Werner Herzog (Cobra Verde, Nosferatu). Le film est d'ailleurs produit par Gus Van Stant, de même que Kids l'était (réalisé par Larry Clarck, grand photographe américain). Et c'est vrai que la structure narative inexistante du film donne une impression de flou. Le spectateur se sent déconcerté et impuissant. Il n'y a pas de tabous sur les images et encore moins sur les thèmes : le racisme, les gays, l'usage de la drogue, le nihilisme social, la cruauté, l'opportunisme sexuel. Et la seule goutte d'espoir que l'on peut trouver dans cette amérique moyenne désertique est de Solomon : "La vie est belle. Réellement, elle l'est, pleine de beauté et d'illusion. La vie est super. Sans elle, nous serions mort". Romain -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@lists.freenix.org Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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