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[CRITIQUE] Cube


  • Subject: [CRITIQUE] Cube
  • From: Garfield <Guillaume.Lannoo-Renexter@renault.com>
  • Date: 5 May 1999 16:42:07 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Renault, Industrial Design Department of The Mort That Kills
  • References: <372EB05C.41A45730@renault.com>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:18

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Ahlàlà... j'ai eu l'impression de ne pas être retourné au cinoche depuis
des années quand la lumière est revenue après ce film. Wouah qu'il est
bon ! Bon, je sais que ça ne suffit pas pour justifier un avis, alors je
m'explique... :)

Cube, un film en 3 dimensions de Vincenzo Natali.

C'est avec5 minutes de retard que je me suis pointé à la séance de Cube.
Heureusement pour moi, ça m'a permis d'éviter
"Happy-happy-euh-happy-happy-pop-euh-c'est-le-goût-euh-de-la-liberté",
et de démarrer le film direct, comme au bon vieux temps.
La première séquence donne franchement le ton sur lequel va jouer le
film. Complètement déboussolé, un quidam se réveille dans un gros cube.
Les murs sont quadrillés avec un motif répété aux aspects métalliques
qui se détache sur la couleur de fond qui baigne tout le cube. C'est une
grosse boîte, disons de 3m50 d'arête. Sur chaque face, une porte
coulissante. Derrière chaque porte : un autre cube. En tant que
spectateur, on est avertit tout de suite : (prendre la voix du Dieu des
10 commandements) "En entrant dans une nouvelle pièce, tu flipperas".
Parce que le quidam qui change de pièce subit une transformation assez
brutale en mou pour le chat, ce à quoi il ne s'attendait pas vraiment...
L'objectif : démontrer que le spectateur, le piège, ben il l'avait pas
vu non plus ! Autrement dit, que c'est au quitte ou double que ça va se
jouer à chaque tentative pour s'y retrouver d'un cube à l'autre, et que
c'est pas parce qu'on est, nous, bien assis derrière l'écran qu'on va
tout savoir. Natali implique le spectateur, et ça, ça me plait.

Le film se veut assez minimaliste dans son propos de départ (à l'instar
du titre, en noir sur un fond blanc : il y a le mot, "cube", et autour,
rien) : comment réagit quelqu'un qu'on arrache à sa vie, comme ça, sans
prévenir, pour le plonger dans un environnement dont il ne connaît rien,
à part qu'il manifeste parfois un haut degré d'hostilité ? Pour ce
faire, la quasi-totalité des plans sont pris du point de vue des
protagonistes. On ne montre que ce qu'ils peuvent voir. Le seul plan
vraiment détaché est l'avant-dernier du film. Tout le reste est filmé à
hauteur d'homme. Bref, tout est fait pour inclure aussi le spectateur
dans le film en tant que visiteur involontaire du cube.
Les choix des personnages sont simples : ils apparaissent dans un cube
"sain". Ils peuvent soit y rester et être en sécurité, soit le quitter
pour essayer de gagner la sortie. Et c'est autour de l'espoir, de
l'instinct de survie et de l'effacement des comportements civilisés que
tout s'articule, que les choix sont faits... et les volontaires
désignés.

Le nouveau genre de prison qu'est le cube permet des situations de
huis-clos intéressantes. D'abord parce que les personnages ne fuient pas
la menace, mais se forcent à avancer pour trouver une sortie, en allant
au devant de la menace ; mais aussi parce qu'ils cherchent, sinon à
sauver leur vie, du moins à comprendre pourquoi ils risquent de la
perdre. Pendant leur parcours dans le Cube, une autorité (celle du flic)
se dégage, contestée de facto par son incapacité à résoudre l'énigme que
pose le cube, tandis que d'autres membres du groupe y travaillent et
s'approchent de la solution. Au fur et à mesure que le temps passe et
que les blessures et morts s'accumulent, les nerfs lâchent, des crises
éclatent et la folie s'avance dans les esprits les plus simples. Et le
dénouement, qui voit la libération de celui à qui on aurait donné le
moins de chance, est le point d'orgue du glissement vers l'abîme...

Certes, les ficelles utilisées ne sont pas neuves, certes, les décors
n'ont pas coûté cher, certes, il y a des questions que l'on se pose et
auxquelles les protagonistes n'ont pas songé. Mais (dans le même ordre)
les personnages ne donnent pas l'impression de faire semblant, les
décors sont amplement suffisants au vu du résultat produit, et de toutes
façons c'est la réaction d'un seul ensemble de personnes que l'on voit.
Qu'en est-il des autres qui peuvent aussi se trouver dans le cube ? Qui
dit que d'autres n'arriveront pas à s'échapper d'une façon différente ?
Et ces autres n'auront-ils pas les mêmes pensées que nous ? A partir
d'une situation non expliquée (le cube est-il le fait d'un gouvernement,
des extraterrestres, d'un fou richissime et vachement pervers ?),
beaucoup de questions sont posées sur l'homme, son aptitude à faire
front intelligemment face à l'inconnu, sa capacité de réflexion et de
vie en communauté, son instinct de survie... les réponses données par
les protagonistes sont toutes différentes (ce qui est en soi une
réponse, d'ailleurs). Résultat, on a l'embarras du choix pour répondre à
ces angoisses... Mais au moins, il apparaît clairement que pendant leur
progression aucun n'aurait pu survivre dans le cube sans le concours de
tous les autres. Dans son délire parano, le flic dit "Le cube, c'est
nous". Est-ce une explication sur la nature du cube, comme une
matérialisation des angoisses de ceux qui l'habitent ? Ou bien une façon
de dire que la solution pour sortir se trouve en chacun d'entre nous, et
qu'il faut simplement y croire pour que ça marche ? Est-ce qu'il veut
dire que ce cube est une métaphore sur une vie de prisonnier ? Ou bien
est-ce que ce n'est qu'un délire parano ? :) Le fait que les lunettes de
lecture de la fille lui aient été laissées montre que ceux qui ont fait
se réunir cette fine équipe voulaient aussi lui laisser sa chance.
Pourquoi ? Pour les tester ? Encore une question...

Techniquement, le film est donc une réussite, puisque avec 3 pièces de
Meccano et les bruits qui vont bien, les décors sont tout à faits
convenables (pas la peine de mettre des dizaines de millions pour faire
un bon film, si certains pouvaient en tirer des leçons...), les costumes
sont pas chers (sauf peut être les pompes, mais vu ce qu'ils en font...
:), y a pas spécialement de prouesse de caméra, et tout passe très bien.
D'un point de vue scénar, il y a une espèce d'ambiance mi X-Files, mi
Alien qui colle bien à la période "E.T. est parmi nous" de cette fin de
siècle, mais qui n'est fort heureusement pas le seul ressort du film. A
partir d'une idée simple, avec un peu de maths et beaucoup d'ironie,
Natali ficelle très bien son bébé et ça aussi, ça devrait en faire
réfléchir plus d'un. Le jeu des acteurs est également potable : aussi
curieux que ça puisse paraître, les sentiments qu'ils dégagent sont on
ne peut plus naturels (enfin, ça parait logique pour nous qu'ils
réagissent comme ça dans un merdier pareil)(enfin je trouve)(woh pis je
sais plus !)(c'est vrai quoi, merde à la fin !). Et il se dégage une
espèce d'intemporalité dans tout ça. Depuis quand existe le cube ? Qui
l'a mis là ? Et qu'est-ce qu'il y a dehors ?
En fait, la seule certitude qu'on ait, c'est qu'il a été construit par
une espèce de Big Brother occidental (Big Brother, parce que les noms
des gens sont inscrits sur leurs fringues, occidental à cause des
chiffres).Peut être un fana de Meccano ? :)

En dehors de ce que dit un collègue qui trouve que (dixit) "c'est
dégueulasse et y'a plein de sang", je trouve que ce film est un sacré
bon morceau. Et il mérite ses prix. Et si UGC Ciné Cité Les Halles ne
coutait pas si cher (51F, même pas de réduc étudiant le dimanche, on
croit rêver !), j'y retournerais illico. Enfin, pour les âmes sensibles,
je suggère de se remettre d'aplomb en retournant voir "Les enfants du
marais" : après une bonne psychose, ça calme...

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