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[CRITIQUE] Jugé coupable de Clint Eastwood


  • Subject: [CRITIQUE] Jugé coupable de Clint Eastwood
  • From: yrol@claranet.fr (Yannick Rolandeau)
  • Date: 2 May 1999 07:43:38 GMT
  • Approved: frcs-mod@lists.freenix.org
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: fre3d
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  • Reply-to: yrol@claranet.fr
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Jugé coupable de Clint Eastwood (1998)


REVELATIONS

Pour ma part, Eastwood n'a jamais été un cinéaste hors pair, encore moins
un cinéaste d'exception. A bien y regarder, ses films ont toujours eu une
structure classique, pour ne pas dire académique, Clint Eastwood se donnant
le mauvais rôle mais jouant de son charisme de bon rédempteur, abordant
avec un certain panache des thèmes sortant de l'ordinaire mais les
appauvrissant par une mise en scène souvent plate et manquant de relief.
Bref, il oscille entre le film "d'auteur" et l'impossibilité de le
concrétiser réellement par une forme audacieuse, une narration innovante ou
des idées de mise en scène imaginatives. Clint Eastwood est une sorte de
Billy the kid à la retraite, confortablement installé dans ses
charentaises.

Ici, dans son dernier film, on retrouve les mêmes qualités et les mêmes
défauts que dans ses films précédents mais en vieillissant, la mise en
scène de Clint Eastwood manque de plus en plus d'imagination, d'audace, se
fait de plus en plus molle, creusant un peu plus ses principaux défauts.
Voir la scène où le journaliste qu'il interpréte écoute un petit
magnétophone et on a le droit à une accumulation de plans montrant d'un
coté le magnétophone et de l'autre, le journaliste écoutant... Une ou deux,
ça va, cinq ou ou six fois de suite, ca manque singulièrement d'invention. 

Néanmoins, le film, en lui-même, a un coté sympathique quoique très limité.
La situation est connue : un noir est accusé, à tort d'avoir tué une femme
dans un magasin. Il est condamné à mort et va être exécuté à minuit, le
jour même. Clint Eastwood va se retrouver mis sur l'enquête et bien sûr, il
va le sauver à la dernière minute de son exécution par injection létale...
mais vraiment à la dernière seconde. Comme le procédé est quand même usé et
frelaté, Eastwood fait croire qu'il est mort pendant un court instant avant
de retomber dans un final utra convenu. Il n'empêche, ce genre de procédé
commence sérieusement à fatiguer.

Par contre, le personnage du journaliste vieillissant interprété par Clint
Eastwood est plutôt sympathique, accumulant tous les critères du
non-politiquement correct, fumant, draguant, trompant les maris, buvant...,
bref égratignant au passage l'Amérique puritaine et conservatrice. Le film
possède beaucoup d'humour et si ces qualités sont à mettre à l'actif du
film, on se demande pourquoi de l'autre coté, on n'a pas cette même
qualité, cette même volonté de pousser le film dans ses limites, dans ses
retranchements pour en faire jaillir autre chose que ce qu'on en attend.
Non, on restera dans le convenu. Si Clint Eastwood interprète un personnage
pas très poliquement correct, il ne réserve pas le même traitement au
restant de son film.

Le noir est bien sûr non-coupable et le non coupable sera sauvé. Bien sûr,
nous sommes indignés par son sort et  le spectateur ne doute pas une seule
seconde de son innocence. Mais l'intrigue aura été plus intéressante si une
ambiguité plus grande avait été soigneusement entretenu et si le noir avait
été ou réellement coupable ou réellement exécuté, voire même les deux. Car
la grande faiblesse du film, outre sa structure, réside bien dans ce
personnage, non dans l'interprétation, mais dans l'accumulation de clichés
progressistes politiquement corrects. Et c'est bien dommage que ce film
donne d'un coté ce qu'il reprend de l'autre. On se passionne plus pour le
personnage interprété par  Clint Eastwood, seul véritable intérêt, que pour
le sujet ou l'histoire en elle-même dont on devine la fin pour ainsi dire
dès le début. 





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 Yannick Rolandeau                      <yrol@claranet.fr> 
 Page d'accueil cinema:    http://www.yrol.claranet.fr/
                           http://www.multimania.com/yrol/

"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter."           
                                Cioran    


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