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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] eXistenZ
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Encore une critique d'eXistenZ, le dernier né de Cronenberg. Bah oui, je peux pas m'en empêcher, je l'ai vu dimanche et ça donne envie de parler. Premières impressions à la fin de la séance : ce film a quand même mis très longtemps à démarrer. Sans doute le fait que je sois un habitué du jeu vidéo n'est-il pas étranger à cette sensation, puisque je pense que la première demi-heure sert avant tout à introduire les concepts d'immersion dans des "mondes virtuels" aux néophytes. Chose relativement bien faite, d'ailleurs, puisque le phantasme ultime en matière de jeu vidéo est encore de changer de monde, changer de peau (un peu à la façon dont Quaid/Krauzer était balladé dans Total Recall) et que ma petite amie qui n'est pas experte a tout compris tout de suite. Un peu plus dans le détail, maintenant : c'est curieux comme l'impression de déjà-vu s'installe vite pour le spectateur assidu d'autres films de Cronenberg. Tout ça rappelle furieusement Vidéodrome, même si l'intrigue est un peu plus linéaire et plus claire sur le degré d'inclusion dans des mondes virtuels gigognes. Passons sur les délires de créatures pseudo-organiques, de tripaille gélatineuse et de pénétrations féroces (cf le bioport) : même 20 ans après, ça choque toujours autant, et on sent que le réalisateur prend un certain plaisir à jouer à "je-te-retourne-le-ventre-et-tu-regardes-dedans". Et une fois de plus, ça sert l'histoire, ce qui n'est pas le cas chez d'autres. Un bon point. Le temps passe, et avec lui l'évolution technologique qui fait des bonds fantastiques d'année en année. C'est un futur très proche que décrit eXistenZ, à peine une extension de notre réalité. A quelque niveau d'entrée dans le jeu que ce soit, les réflexions des personnages sur la façon dont le jeu leur change la vie (les "libère") ne sont pas différentes de celles des accros du jeu vidéo, qui passent des nuits entières devant leur écran, ne vivant que pour l'instant où l'image de la console s'affiche pour la première fois en les invitant dans un autre monde. Aujourd'hui, nous en sommes à la réalité virtuelle. Cronenberg décrit des jeux projetant le joueur dans une réalité autre. Ici, difficile de différencier le vrai du faux. Au départ, les personnages semblent "entrer en boucle" jusqu'à ce qu'on leur parle clairement (typique des jeux de rôle sur console, ça saute aux yeux de n'importe quel habitué), mais plus on s'enfonce dans la "création" d'Allegra Geller, plus il devient difficile de savoir différencier le vrai du faux, l'artificiel du réel, et l'inoffensif du dangereux. La cerise sur le gâteau : le meurtre, bien sûr, acte de violence ultime que le jeu vidéo banalise un peu trop. Face à son écran, pas de confusion possible : la petite tache rouge sur les pixels de vêtements du personnage en 2 dimensions n'implique pas de désir morbide du joueur. Un personnage qui meurt, c'est le jeu qui le veut, et c'est tout. Mais dans un faux monde où le virtuel et le réel se ressemblent au point de se confondre, la dérive commence et pousse vers une paranoïa maladive et une folie insidieuse les amateurs de sensation forte qui béta-testent "eXistenZ". Par l'intermédiaire du bioport, c'est le jeu qui entre dans le joueur, et non l'inverse... Et l'univers commence à basculer. Quand est-ce que le jeu a commencé ? Comment s'arrêter ? Comment s'évader d'un univers qui guide vos actes à sa guise et vous coupe de la réalité ? Les cuculs bien-pensants diront que ce film pousse à la violence, à la méchanceté, à être vilain pas bo et à tuer des gens pour de rire. Ceux-là sont des cons. Car c'est de nouveau une réflexion en forme d'avertissement appuyé que livre Cronenberg. Vidéodrome suggérait les conséquences d'une vie guidée par les images fortes ; eXistenZ reprend ce principe de démonstration sur le thème virtuel/réel. Et tandis que les créateurs des futurs eXistenZ/transCendenZ sont peut-être en train de naître, nous rappelle l'importance de la notion de libre-arbitre, la capacité à choisir sa propre voie, à nier la fatalité et les "c'était le destin". En conclusion, eXistenZ est un bon film, qui anticipe et extrapole avec une justesse et une vérité sans faille. Même si le début est un peu long à mon goût, même si les effets spéciaux ne sont pas extra-flashy-pétant-kaboom de la mort. Bref, il est fort, ce Cronenberg. Si tout va bien, eXistenZ va devenir un film culte. Mais si les choses évoluent dans le sens qu'il prédit, eXistenZ sera décrit comme "le film d'une génération", "là où tout a commencé". Ce jour-là, les gars, éteignez vos consoles, et ne vous branchez rien dans le corps... vous seriez pas sûrs de revenir entiers. __ G A R F I E L D - - - - - - - Email me at thegarf@multimania.com Currently at Guillaume.Lannoo-renexter@renault.com -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@lists.freenix.org Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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