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[CRITIQUE] Blade Runner


  • Subject: [CRITIQUE] Blade Runner
  • From: Roy Batty <hardboil@club-internet.fr>
  • Date: 31 Mar 1999 06:19:11 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet (France)
  • References: <36FF0E06.31BF@club-internet.fr>
  • Reply-to: hardboil@club-internet.fr
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:64

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

(Pourquoi une nouvelle critique de Blade Runner ? Ben juste comme ça,
parceque ça me fait plaisir...)


En l'an 2019, Deckard, un Blade Runner (flic chasseur de robots), part à
la recherche de quatre dangereux "Répliquants", robots génétiques ultra
perfectionnés. Leur durée de vie est de quatre ans, mais certains ne
veulent pas mourir...

	Le film est basé sur ce rapport : Humain / Répliquant. Deckard
(Harrison Ford), est un flic désabusé, sorte d' Humphrey Bogart du
futur. Blade Runner est d'ailleurs plus un polar qu'un film de
science-fiction. Un bon vieux film noir, où le héros n'a rien à envier
aux détectives privés des années 40. Face à lui Roy Batty (Rutger
Hauer), cynique, sûr de lui, mutant parfait qui tend à s'humaniser.
Ridley Scott s'intéresse d'avantage aux relations entres ces individus,
qu'à l'enquête proprement dite. Il plonge ses personnages dans un
univers pourrissant, déglingué, où les hommes ne parviennent même plus à
savoir qui ils sont réellement, où ils vont, à quoi ils aspirent.

	La vision futuriste de la ville de 2019 est chaotique, lugubre,
désespérée, d'un gigantisme enivrant, et paradoxalement c'est un espace
contraignant, dont on ne peut s'échapper. Où le soleil ne pénètre pas,
où il pleut sans arrêt (Ce qui est en totale contradiction avec
l'univers créé par Philip K. Dick qui lui, décrivait un univers calme et
sec). Un environnement bruyant, encombré et crispant. Dans ce film, la
ville est un acteur à part entière. Elle dégage une atmosphère pesante
et nostalgique qui fait glisser le spectateur dans une torpeur
hypnotique. Une ville dégueulasse dans une atmosphère de série noire
suintante. Une ville futuriste habitée par des individus disparates,
étranges ou miséreux.

	Publicité de luxe ou clip vidéo géant pour certain, avec un budget
dépassant les 30 millions de $, Scott se lance dans une surenchère de
décors pour symboliser cette ville cosmopolite, société de consommation
en pleine déliquescence. Mais aussi peu accueillante soit elle, la
mégalopole est, cinématographiquement parlant, splendide.
	Pour tous les intervenant, la préparation et le tournage de Blade
Runner se révèlent être un des plus pénible de leur carrière. Le
perfectionnisme absolu de Ridley Scott, les horaires de travail déments,
le budget trop limité, tout concourait à rendre la vie des techniciens
impossible. La passion de Scott pour les belles images causa quelques
griefs chez ses comédiens souvent laissés pour compte.

	L'autre grief contre ce film concerne l'adaptation que fait Ridley
Scott du livre de Philip K. Dick. L'oeuvre originelle était limpide :
Parfois le chasseur de monstre devient un monstre lui-même. Mais le film
est difficile, à plusieurs degrés de compréhension. Autant dire que
Dick, au début de la production du film, n'a pas du tout aimé
l'adaptation de son livre. A part l'intrigue générale, rien ne colle
avec son oeuvre. Il finira par céder et trouver des aspects positifs au
film de Scott. Mais la question reste posée : Une adaptation de roman
doit elle être totalement fidèle à l'écrivain ou le réalisateur peut
t'il remanier totalement l'idée originelle pour en faire une oeuvre
personnelle ? De l'androïde, parodie super structurée de l'être humain,
personnage froid et sans coeur, Ridley Scott fait un être admirable, plus
fort, plus rapide, plus intelligent que l'homme. Hérésie pour Philip K.
Dick. La machine vole la vedette à l'être humain. La scène finale d'une
exceptionnelle intensité et d'une beauté exacerbée nous montre l'ultime
confrontation entre l'homme et la machine. Mais Deckard, celui qui
chasse le répliquant n'en est-il pas un lui même ? C'est la question qui
va hanter tous les spectateurs. Scott par de nombreux détails laisse
planer l'ambiguïté.

	Le personnage de Deckard est très austère. C'est en Roy Batty plutôt
que se trouve la clé des événements du film. On croit avoir à faire à
une sorte de monstre de Frankenstein, mais il se révèle plus humain que
la moyenne des êtres humains à mesure que le film progresse. Au-delà de
l'intrigue et de l'action, on explore le thème de l'homme qui se pose
des problèmes de conscience, ou de manque de conscience qu'il ressent et
qui s'aperçoit que la chose même qu'il s'efforce de tuer parce que c'est
une machine est en fait beaucoup moins "mécanique" que lui. Les
créatures artificielles deviennent plus humaines à mesure que les
humains qui les traquent deviennent plus inhumains. La machine connaît
les mêmes errances spirituelles que l'homme, les mêmes peurs face à
l'inconnu, au futur. Blade Runner est une puissante méditation sur la
vie et sa durée.

	Quoique prétexte à la philosophie, ce film reste un spectacle efficace.
Aucun autre récit ne peut se targuer, avant lui, d'avoir visualisé de
manière aussi crédible notre possible futur. Ridley Scott parvient à
créer un look d'une richesse et d'une crédibilité sans pareil. A sa
sortie en 1982, le réalisateur avait dix ans d'avance. Pour preuve
l'échec commercial du film à l'époque, alors qu'aujourd'hui il est salué
comme un chef d'oeuvre.

	Blade Runner restera, à mon avis, un des plus beaux films de l'histoire
du cinéma, sur le fond comme sur la forme. D'une étrange poésie, à
l'image de la mort de Batty et de ses dernières paroles, sous une pluie
battante, après avoir sauvé Deckard :

	"J'ai vu tant de choses que vous humains, ne pourriez pas croire. J'ai
vu de grands navires en feu surgissant de l'épaule d'Orion. J'ai vu des
rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l'ombre de la porte de
Tannhauser. Tous ces moments se perdront dans l'oubli, comme les larmes
dans la pluie. Il est temps de mourir."

	Et, dans la 1ère version du film, alors que l'androïde s'éteint
lentement, libérant la colombe qu'il retenait dans ses mains, on entend
Deckard en voix-off :

	"Peut-être qu'en ces derniers instants il a aimé la vie plus que
jamais. Pas seulement sa vie, celle des autres, la mienne..."


(Pourquoi une nouvelle critique de Blade Runner ? Ben juste comme ça,
parceque ça me fait plaisir...)

Roy Batty

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