[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[CRITIQUE] Baril de poudre


  • Subject: [CRITIQUE] Baril de poudre
  • From: "END USER" <annick.santarelli@wanadoo.fr>
  • Date: 29 Mar 1999 05:25:55 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: HOME
  • Reply-to: <cinefilm@wanadoo.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:60 fr.rec.cinema.discussion:4066

Fiche film :

Baril de poudre
(Bure baruta)

Yougoslavie - 1998 - 1h40mn

 Réalisation: Goran Paskaljevic
Scénario:     Dejan Dukosvki, Goran Paskalgevic avec la participation de
Filip David et Zoran Andric
Image: Milan Spasic
Montage: Petar Putnikovic
Musique: Zoran Simjanovic
Décor: Milenko Jemeric
Interprétation: Miki Manoljovic, Lazar Ristovski, Mirjana Jokovic, Serguei
Trifunovic, Draguan Nikolic, Milena Dravic


Résumé

" Une nuit de désespoir dans le Belgrade d'aujourd'hui." Un chauffeur de
taxi conduit son client tout en s'allumant une cigarette. Il lui demande si
la fumée ne le gêne pas. Le client répond que non, mais que fumer, c'est
dangereux, et que l'on peut en mourir. Oui répond le chauffeur, mais de
toute façon, on peut mourir de tout et n'importe quand dans ce pays.
 Un travelo danse dans un cabaret. Le client du taxi le retrouvera, mais
plus tard.
Un jeune inconscient coupe la route au taxi et finit par percuter la
coccinelle d'un chauffeur coléreux. Le conducteur s'énerve après le jeune,
la police s'en mêle, le jeune réussit finalement à s'enfuir. Le conducteur
le retrouve grâce à sa carte grise qu'il avait oublié. Il s'en prend à son
père, accompagné d'un ami et casse tout  dans la maison. Le jeune caché,
s'en tire une fois de plus en s'enfuyant.
Une famille de réfugiés bosniaques habite dans une vieux locale immonde
"sans eau courante " ni aucun confort. Le père de famille veut que son fils
travail afin d'aider la famille à s'en sortir. Mais le jeune ne veut pas
faire comme son père chauffeur de bus de nuit pour un salaire de misère. Il
s'enfuit rencontrer un dealer un peu fou qui lui propose de l'aider.
Le chauffeur de taxi rencontre dans un bar des connaissances. Un homme d'une
cinquantaine d'année avec une minerve et des mouvements douloureux qui boit
sa bière à la paille ne pouvant faire autrement à cause de ses handicapes.
Le chauffeur le questionne "tu ne te souviens plus de moi ? " Non", l'homme
est devenu amnésique après s'être fait attaquer à coups de massue sur les os
et y compris la colonne vertébrale. Le chauffeur lui révèle être son
agresseur : une vengeance. L'homme qui était auparavant policier avait
frappé un jour sans raison le chauffeur sur les "couilles" le rendant ainsi
stérile.
Le client du taxi arrive au cabaret où le travelo fait son spectacle. Il
mange en le regardant et va ensuite à sa rencontre. Il le questionne sur une
femme. L'autre lui répond que ce n'est pas la peine d'insister.
Des amis s'entraient dans un club de boxe quand un des deux ressent le
besoin de dire à son ami qu'il a couché avec sa femme. L'autre semble
d'abord étonné, puis, il lui se met à lui raconter que lui aussi lui avait
fait des mauvais coups. La liste se fait nettement plus conséquent que celle
du premier. Celui-ci le prend d'abord bien, puis commence à s'énerver de
plus en plus lors d'un combat sur le ring. Son ami lui avoue qu'il savait en
réalité depuis le début qu'il l'avait trahi. L'autre finit alors par le
tuer.
 Un jeune homme prend les passagers d'un bus arrêté dont le père de la
famille de réfugiés est le chauffeur en otages. Il veut leur démontrer que
leur pays est en train de sombrer lentement. Le chauffeur du bus finit par
le tuer.
L'homme sortant du cabaret va à un rendez-vous fixé avec son ex femme. Il
veut essayer de la reconquérir. Elle est accompagnée de son nouveau fiancé,
un homme totalement stupide. Il réussit presque à la reconquérir, mais finit
par de faire tuer par l'autre homme.
Une des passagères du bus retrouve son petit ami. Ils se font attraper par
le dealer et son nouvel associé. Le dealer menace la femme mais finit par se
faire tuer par son ami.
Le boxeur assassin s'enfuit. Il prend un train. Dans un compartiment de ce
train se trouvent le jeune conducteur imprudent de voiture et une jeune
femme. L'assassin entre, tente de violer la jeune femme. L'autre
n'intervient pas. Le boxeur finit par se tuer avec la jeune veuve.
L'ex associé du dealer et membre de la famille de réfugiés rode près de
voitures après s'être enfuit. Le chauffeur de taxi qui passe par-là l'accuse
d'avoir essayer voler de l'essence dans des voitures parquées. Tous les
habitants d'un immeuble proche se mettent à le poursuivre. Il s'enfuit de
nouveau mais finit par se faire tuer à coup de pierres dans le dos.

Commentaire critique

Baril de poudre est une sorte de Short Curts dont l'action se déroulerait
une nuit à Belgrade. Des protagonistes ayant pour seul point commun un pays,
l'ex-Yougoslavie, se rencontreront sans se chercher, vivant leurs histoires
savamment entremêlées dans une ambiance tragi-comique. Le film montre des
tranches de vies sans aucun rapport apparent si ce n'est leur schéma
scénaristique, toujours le même : action, fuite et mort.
Goran Paskaljevic, serbe d'origine, à "senti le besoin de mettre en scène
l'état d'esprit de [sa] nation" par ces histoires de "gens ordinaires" dont
les chemins se croisent, dont les histoires se rejoignent. Le film ne
tombera pas dans le mélodrame, car même dans le désespoir même, il reste
toujours aux personnages leur "humanité". Détestables ou géniaux mais
profondément humains. Et qui dit humain dit sensations, émotions. Sentiment
dont le film regorge. On doute, on a peur ou l'on est ému, on hésite peu, on
est happé par le film.
 Le même scénario autrement traité aurait pu donner un film de mauvais goût,
sans intérêt ; on se voit donc obligé de reconnaître au réalisateur un don
de mise en scène, de mise en cadre (assisté par un éclairage très juste de
Milan Spasic), de montage. On peut aussi mettre en valeur l'excellent
travail du monteur Petar Putnikovic, montage très important dans ce film car
il lui donne non seulement un rythme juste mais aussi un sens, le film étant
constitué de plusieurs brèves.
Sans l'évoquer clairement, le film exprime la souffrance d'une population
après plusieurs années de conflit. Il dénonce avec violence, car à l'aide
d'exemples précis, cet impact en en montrant le résultat, l'empreinte
qu'elle laisse dans les mémoires. Tout dans le film est là pour nous montrer
l'épuisement de ces gens, de cette population, et leur lassitude sachant que
de toute façon, après cette longue fuite viendra la mort.
Ce sujet avait déjà été exploité par le magnifique Underground d'Emir
Kusturica, mais de façon  plus impersonnelle car métaphorique et moins en
prise avec ces gens qui subissent (le film parlait du déchirement du pays).
Paskaljevic traite son sujet avec un style lui étant propre et qui semble
être l'aboutissement d'une déjà longue expérience. Effectivement, maîtriser
un tel film peut paraître difficile, car il évoque sans jamais dire et se
permet de plus d'aborder le ce sujet en nous montrant plusieurs exemples,
afin de mettre en évidence un lieu commun qui sert de "morale" à l'oeuvre.
Les interprètes aussi très justes désertent bien le film, notamment le très
bon Miki Manoljovic.
C'est un beau travail que nous présente Goran Paskaljevic, un film émouvant
et beau comme on aimerait en voir plus souvent.

Raphaël RICHARD
Réponses uniquement à:    cinefilm@wanadoo.fr






-- 
Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr
Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>