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[CRITIQUE] Ca commence aujourd'hui


  • Subject: [CRITIQUE] Ca commence aujourd'hui
  • From: Florence <flomarek@club-internet.fr>
  • Date: 19 Mar 1999 16:12:44 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Club-Internet (France)
  • References: <36EDC778.A08EE4D0@club-internet.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:41

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

 Voir le dernier Tavernier, ça regonfle, indéniablement, ça relativise
toutes les petites galères, toutes les petites déceptions et surtout,
surtout, ça renvoie comme un miroir magique une image non fourvoyée, non
trafiquée de la réalité ou plutôt d'une réalité qui nous paraît, par
instants, tellement glauque, qu'elle nous semble inaccessible.
 Le principe est pourtant simple: suivre un instit du Nord de la France
dans les méandres de sa vie professionnelle, dans les dédales
administratifs, dans les désillusions de tous les jours sans tourner
pour autant au documentaire sans âme, avec toujours, derrière les
situations les plus extrêmes, une note d'humour, un morceau de roman,
quelques lignes écrites et dites en voix off, comme pour ancrer ce film
dans la poésie autant que dans réalisme dans ce qu'il a de plus profond
et de plus inacceptable.
  Le pari était d'envergure et l'entreprise périlleuse, il fallait
trouver le ton juste pour parler d'une profession souvent brocardée,
d'un métier dont on ne retient que certains aspects, oubliant parfois
tous les côtés usants, désenchantants, déconcertants, mais un métier au
fond si humain, si profondément humain. Et c'est avec grâce et à propos
que Philippe Torreton se débat dans la peau de cet instit -et directeur
d'école- souvent débordé, écartelé et désarçonné. Débordé par les
urgences chaque jour renouvelées, par les problèmes sociaux, médicaux,
éducatifs se présentant à lui, écartelé entre les directives d'un
système souvent absurde prônant une pédagogie dépassée, un jargon et des
objectifs ridicules, désarçonné par l'impuissance des dirigeants, des
hommes politiques se perdant dans des réunions et autres concertations
sans fond et sans âme, cherchant désespérément à redorer un quelconque
blason alors que l'urgence est sur le terrain, qu'elle crépite, qu'elle
crie, ou plutôt non, qu'elle se terre...
  C'est avec justesse et pudeur que Tavernier a su rendre les couleurs
de cette région minière d'antan ravagée par le chômage et par le manque
: le manque de tout. Le manque d'argent, le manque d'éducation, le
manque de moyen, mais surtout le manque d'affection et le manque de mots
pour le dire. La détresse se cache derrière la violence du non dialogue,
de ces postes de télévision continuellement allumés, recrachant la
bêtise en permanence, recrachant des modèles d'une société soi-disant
rêvée qui s'effrite pourtant au contact de Philippe Torreton/Daniel
Lefevre. Les Feux de l'amour, ça le connaît...
  Et c'est au travers des bouilles des Lindsay, Wendy et autres Jimmy
que passe justement le message le plus profond du film : être instit, ce
n'est pas uniquement faire du social, appeler la mairie ou rédiger des
pétitions, c'est aussi intégrer, éduquer et faire classe...




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