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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Ca commence aujourd'hui
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Voir le dernier Tavernier, ça regonfle, indéniablement, ça relativise toutes les petites galères, toutes les petites déceptions et surtout, surtout, ça renvoie comme un miroir magique une image non fourvoyée, non trafiquée de la réalité ou plutôt d'une réalité qui nous paraît, par instants, tellement glauque, qu'elle nous semble inaccessible. Le principe est pourtant simple: suivre un instit du Nord de la France dans les méandres de sa vie professionnelle, dans les dédales administratifs, dans les désillusions de tous les jours sans tourner pour autant au documentaire sans âme, avec toujours, derrière les situations les plus extrêmes, une note d'humour, un morceau de roman, quelques lignes écrites et dites en voix off, comme pour ancrer ce film dans la poésie autant que dans réalisme dans ce qu'il a de plus profond et de plus inacceptable. Le pari était d'envergure et l'entreprise périlleuse, il fallait trouver le ton juste pour parler d'une profession souvent brocardée, d'un métier dont on ne retient que certains aspects, oubliant parfois tous les côtés usants, désenchantants, déconcertants, mais un métier au fond si humain, si profondément humain. Et c'est avec grâce et à propos que Philippe Torreton se débat dans la peau de cet instit -et directeur d'école- souvent débordé, écartelé et désarçonné. Débordé par les urgences chaque jour renouvelées, par les problèmes sociaux, médicaux, éducatifs se présentant à lui, écartelé entre les directives d'un système souvent absurde prônant une pédagogie dépassée, un jargon et des objectifs ridicules, désarçonné par l'impuissance des dirigeants, des hommes politiques se perdant dans des réunions et autres concertations sans fond et sans âme, cherchant désespérément à redorer un quelconque blason alors que l'urgence est sur le terrain, qu'elle crépite, qu'elle crie, ou plutôt non, qu'elle se terre... C'est avec justesse et pudeur que Tavernier a su rendre les couleurs de cette région minière d'antan ravagée par le chômage et par le manque : le manque de tout. Le manque d'argent, le manque d'éducation, le manque de moyen, mais surtout le manque d'affection et le manque de mots pour le dire. La détresse se cache derrière la violence du non dialogue, de ces postes de télévision continuellement allumés, recrachant la bêtise en permanence, recrachant des modèles d'une société soi-disant rêvée qui s'effrite pourtant au contact de Philippe Torreton/Daniel Lefevre. Les Feux de l'amour, ça le connaît... Et c'est au travers des bouilles des Lindsay, Wendy et autres Jimmy que passe justement le message le plus profond du film : être instit, ce n'est pas uniquement faire du social, appeler la mairie ou rédiger des pétitions, c'est aussi intégrer, éduquer et faire classe... -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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