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[CRITIQUE] Les amants du Pont-Neuf de Leos Carax


  • Subject: [CRITIQUE] Les amants du Pont-Neuf de Leos Carax
  • From: front777@multimania.com (MichaeL)
  • Date: 19 Mar 1999 08:48:16 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Mafieuse bien sûr.
  • References: <36effcfe.10223084@news.easynet.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:39

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Bonsoir à tous(tes),

Ceci n'est pas un programme télé, mais je lui inclus un petit pré en
bulles, oui, cette chose qui semble follement amuser un certain Daniel
B., très en forme (et pas n'importe laquelle) ces temps-ci. Et je lui
adjoint une formule culte inhérente au traditionnel bulletin télé de
Kronos, objet de drôlerie pour certains, ennuie pour d'autres :

*Zlika Blika Honga*   

C'est parti :  (destination inconnue ou presque)

Anticipant la vague vaguement graveleuse (surtout grave) qui risque
bientôt de débarquer sur le forum à grands coups de posts en
provenance de deux gaillards bien connus (et cornus), frères d'un même
et seul combat, je tapote ces quelques lignes pour défendre un film
qui semble avoir à son actif plus de détracteurs que de tracteurs,
j'ai nommé "Les amants du Pont-Neuf" de Leos Carax, le mot dit.

Bien sûr, je ne nie pas une certaine naïveté, très présente (très très
beaucoup même) lors de certaines scènes, mais qui se confond
furtivement dans l'oeuvre tant le tout est emporté par un lyrisme à
tout épreuve, au service d'une ode flamboyante à l'amour fou. Si amour
fou, pas de raison, pas de faux-semblants, juste l'exaltation des
sentiments, tel le feu d'artifices au beau milieu du film.

Je vois déjà certains s'emporter et me rétorquer que le lyrisme
sentimental et romantique est malvenu au cinéma (mais l'univers
musical a-t-il lui aussi été contaminé ?), qu'il faut lire le bouquin
de machin-bidule pour savoir pourquoi... Je ne sais pas, je suis
peut-être trop jeune pour pouvoir comprendre, je n'ai surtout pas
encore réussi à me muer en pierre, peut-être un jour, les années
aidant..., j'ai bon espoir au train où c'est parti.

Mais le lyrisme n'est pas une maladie contagieuse, ce n'est pas
sale... C'est bien plus que la vie, c'est le témoignage de la vie. Que
l'abstraction des sentiments n'est pas le seul et unique moyen de
réussir un film, puisqu'il n'y a pas de règles, encore moins de dogmes
(quoique...) dans le monde du cinéma. Une oeuvre lyrique peut-être
réussie, et même plus encore, si affinités.

J'en viens au film, je ne sais pas grand chose sur Carax, j'ai pas de
notes ni d'écrits sur le monsieur, juste le film et quelques
souvenirs. J'espère que ces quelques lignes ne font pas trop purée
épaisse, et ce n'est pas grave si j'en rajoute quelques tartines,
puisque ceci est mon dernier post sur le forum (snif). Je sais que
tout le monde s'en cire, mais je vais regretter cette espace fringant
de convivialité (snif, le retour), avec entre autres le prog télé du
dieu Kronos, c'était devenu une habitude, une drogue. Mais aussi le
sport préféré de Sébastien, la chasse aux newbies, et bien sûr le
talent comique de Daniel (un gars bien), qui s'acharne corps et âmes
depuis des lustres à nous refaire à lui tout seul l'intégrale du
Houppeland de Tronchet, mais de fort belle façon.

Quant à moi, l'on m'a dit qu'il y avait des trucs bien dans la vraie
vie réelle, je vais donc lâcher les écrans pour aller voir de mes
propres yeux...

J'en arrive au film :

L'intro, le passage sous le tunnel, sert de prétexte au réalisateur
pour nous faire rentrer dans un monde, en l'occurence celui de Paris,
de ses lumières, de sa vie nocturne, drapé d'un voile opaque, rendant
plus difficile la perception. Le film baigne en effet dans une espèce
d'irréalité, indescriptible et néanmoins très présente. Et ceci un peu
en contresens du sujet traité, amenant à l'oeuvre une touche poétique,
fortement teintée par ce qui pourrait être une note expérimentale.

Après cette courte incursion fantomatique, le film se transforme vite
en une sorte de documentaire, à la découverte de l'univers des
créatures de la nuit, de ses clochards et de ses marginaux, avec un
regard assez froid, distancié, presque en marge du reste du film.

C'est la rencontre de deux paumés, dans un film où les dialogues
semblent presque éclipsés par la violence des images, des plans et des
situations. A l'instar de cette scène où Binoche trace le portrait de
Lavant, truffé d'instants furtifs, d'éclairs de démence, captant
l'instant présent avec force et fulgurance. C'est avant tout un cinéma
de mouvements, d'ambiances et de magie, tel un conte de fée.

Lavant, alter-ego de Carax, donne au film son rythme effréné, parfois
démesuré, sans temps morts, avec une belle maîtrise de l'éclairage et
des sons, accompagné à tout moment de l'impeccable Juliette Binoche.
Sans oublier Gruber, dont le jeu semble être de loin le plus sobre.
Je pense qu'il faut se mettre dans le contexte du film, des
personnages (avec leur petite araignée dans la tête), pour pouvoir
réellement passer outre les quelques scènes où tout paraît un peu
exagéré, gros, voire hystérique. 

Le film parle aussi de la peur, de cette peur de s'attacher à quelque
chose de défini, de dévoiler ses sentiments. A travers de superbes
scènes (la visite nocturne du musée,...), Carax met en avant une belle
palette de sentiments, torturés, entremêlés, à l'aide d'une
remarquable beauté plastique. Les couleurs sont chatoyantes, les
attitudes sont filmées avec autant de précision que les visages.

C'est aussi un cri à la liberté, pour une certaine marginalité,
revendiquée et affichée, à l'espoir contagieux, finalement très
humain. Bon film à rire pour certains (coucou Danino), très bel essai
pour d'autres, ce film ne peut sûrement pas laisser indifférent. 

Bon, je m'arrête ici car je faiblis, surtout que j'entre-aperçois un
membre de l'ASF qui ne va pas rater cette occasion de se foutre de ma
gueule. M'en fous, je serais déjà parti (mais pas mort) quand il lira
ceci... A dans quelques années (putain, où il est mon mouchoir)...  

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HTTP://www.multimania.com/front777/citations (Cinéma)
Je pars, mais le site reste sur le net et sera mis
à jour par une tierce personne. Encore merci à tous
 ceux qui m'ont encouragé !

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