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[CRITIQUE] Shakespeare in Love de John Madden (1998)


  • Subject: [CRITIQUE] Shakespeare in Love de John Madden (1998)
  • From: nd.nguyen@ulg.ac.be (Duy)
  • Date: 18 Mar 1999 13:31:48 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Université de Liège
  • References: <36ed719b.13075662@news.ulg.ac.be>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:38

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


Si c'était pour répondre à un message précédent, je dirai simplement :
"Voilà un film qui vaut le détour ... " Oui ! Vraiment ! Et deux fois
plutôt qu'une !!

Mais il mérite mieux que cette pauvre publicité ...

Pratiquement tout est bon à prendre dans ce chef d'oeuvre, il y a très
peu de déchet. L'Angleterre de la fin du 16e siècle est dépeinte avec
justesse : décors des villes, rues, ruelles, ports, théâtres, palais,
costumes, maquillages (surtout celui de la Reine Judi Elisabeth Dench
!), us et coutumes de l'époque (par exemple le brossage des dents !),
etc, etc ..

Dès les premières minutes s'installe un ton franc de comédie qui ne
quittera sa position de toile de fond que dans le dernier tiers du
film. Le réalisateur (John Madden) réussit magistralement à
l'incorporer dans l'action sans pour autant dénaturer le récit. 

Et que dire du succès avec lequel il "parallélise" cette période de la
vie (bien sûr fortement romancée) de William (dit Will) Shakespeare
(d'ailleurs récemment élu par le peuple britannique comme la
personnalité la plus importante de ce millénaire) avec l'intrigue de
sa plus célèbre pièce. La symbiose est totale, et l'esthétique comblée
... Il n'en faut pas plus pour déclencher l'intérêt le plus vif pour
les oeuvres du poète de Stratford-upon-Avon. Comme le remarquait très
justement Arnaud, "c'est peu et c'est immense à la fois" .... Et ceux
qui connaissaient déjà l'histoire des amants de Vérone se sont
sûrement réjouis de voir la manière dont elle fut mise en scène dans
le début de sa (très longue) carrière ... 

En ce qui concerne les acteurs, tout d'abord une mention spéciale pour
Judi Dench qui campe une Elisabeth Ière en autorité, clairvoyance et
.. humour ! Personnage qui attire immanquablement la sympathie par le
respect. Magnifique !

Will Shakespeare nous est livré ici avec son côté dandy par la très
bonne prestation de Joseph Fiennes. On découvre au début le poète dans
une période stérile, qui cherche désespérément de retrouver
l'inspiration créatrice qui l'a déserté ... On eût mal imaginé
Shakespeare séchant devant une feuille blanche et ne trouvant mieux
que d'y griffonner ... des essais de signature !! Et pourtant ...
L'interprétation du personnage est tout à fait crédible, et, ce qui ne
gâche rien, devient même, l'espace de quelques plans, ... touchante !
(par exemple la scène sur la barque avec "Thomas Kent" alias Viola de
Lesseps/Gwyneth Paltrow).

Mais le plus beau reste à dire ! 
Gwyneth Paltrow, éclatante et fascinante, nous dévoile dans ce film sa
plus belle prestation (... et bien d'autres choses encore !...) 
C'est tout bonnement splendide. Le rôle lui colle à merveille. C'est
une véritable incarnation ! Autant pour son double jeu (qui n'en est
pas vraiment un puisque la supercherie est rapidement découverte)
Viola de Lesseps/Thomas Kent, que pour la formidable aura qui
l'accompagne ! Merveilleux !

Les rôles de second plan n'ont pas que le mérite d'exister ! On y
trouve notamment un Ben Affleck en acteur élisabéthain à la sauce
hollywoodienne, ainsi qu'un Rupert Everett interprétant un dramaturge
(Christopher Marlow, né la même année que Shakespeare et auteur de la
Tragique Histoire du Docteur Faust) en période creuse (aussi !) 

En conclusion, un film riche, éblouissant, et qui réussit son pari :
celui de mieux faire connaître Shakespeare.


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