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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Les enfants du marais
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Une interview de Jean Becker, Jacques Gamblin et Jacques Villeret est sur Cinévision. http://wwwusers.imaginet.fr/~cinevisi/couloir_actualite/couloir_actua.html _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ Les enfants du marais de Jean Becker, avec Jacques Gamblin, Jacques Villeret, Michel Serrault, André Dussolier, Eric Cantonna, Suzanne Flon, Isabelle Carré, Jacques Dufhilo Un petit coin de paradis. Au cinéma, on raconte toujours l'histoire du train qui arrive en retard, rarement celle du train qui arrive à l'heure, et avec tous ses passagers. Comme on a toujours peur d'ennuyer le spectateur (tout au moins pour la poignée de cinéastes qui s'en), on préfère montrer des moments douloureux, des personnages au bord du gouffre, des instants de terreurs, de panique, des erreurs, bref, on filme des tranches de vie délicates, ces moments où nous nous trouvons sur le fil du rasoir. Ainsi, le réalisateur est certain d 'avoir à nous offrir quelque chose qui nous sort de l'ordinaire. Car quoi de plus ennuyeux que l'ordinaire, que ces petits instants de bonheur qui jalonnent la vie de tout un chacun. C'est vrai quoi ! Vous vous imaginez un film d'une heure et demi montrant un beau repas de Noël, bien familial, où tous se sourient, grisés par l'alcool et écoutant l'oncle Lucien racontant la dernière blague entendue aux Grosses Têtes ? Même si on enchaînait par la super soirée entre collègues de bureau, quel ennui ! Là est toute la force du film de Becker. Les enfants du marais est l' histoire d'un train qui arrive à l'heure, avec des passagers heureux d'être arrivés et les retrouvailles sur le quai. Jean Becker nous fait partager la joie, les peines, d'une poignée de personnages chaleureux. Il réalise un film sur l'amitié, sur les joie de la communauté, le bonheur d'une partie de pêche sous le soleil de mai, d'un apéritif que l'on offre, d'un repas que l' on partage. Il le fait avec un plaisir qu'il sait faire partager. Jean Becker ne cherche pas à faire compliqué. Il filme simplement, une belle lumière. Il propose des rôles solides à ses acteurs, il filme une histoire, un scénario parfaitement adapté par Sébastien Japrisot. Il cherche à faire plaisir au spectateur, sans se préoccuper de laisser un message, si ce n'est que l'on est bien avec ses amis, dans ses racines. Jean Becker est un cinéaste populaire, dans l'acceptation noble du sens. Il cherche à donner du plaisir. Les enfants du marais est un film de souvenirs. Souvenirs de l'enfance de l' entre deux guerre, d'une dame aujourd'hui grand mère. L'histoire ne tourne pourtant pas autour de Cri-Cri, la petite fille, mais autour des adultes qui vivent à ses côtés. La vie du marais est simple. La seule richesse est le quotidien. Le seul souci, avoir suffisamment de nourriture pour vivre. Et le marais, don de la nature, regorge de nourriture. On vend un peu de l' excédent (grenouilles, escargots) pour s'offrir le nécessaire, parfois un petit superflu (le chapeau). On y vit simplement, on a le temps. Les gens se parlent, rient, se disputent de temps en temps, se battent rarement. Il y a bien quelques peines, de grosses peines même, mais elles sont vite oubliées. Dans nos souvenirs, nous avons plutôt tendance à garder les meilleurs moments, et oublier les mauvais. Comme à son habitude, les personnages de Becker portent en eux de lourds secrets. Mais il ne s'agit pas cette fois-ci du sujet du film. Ils vivent avec leurs déchirures, mais nous demandent pas de les supporter. Ce sont des secrets d'enfants. Le cinéaste filme des hommes (et des femmes) enfants. L'épicentre du film est le marais, un endroit splendide où l'on rêve d'aller faire un pique-nique un beau jour de printemps. Le marais symbolise nos racines, celles que chacun porte en lui. Et le marais joue un rôle actif. Il tient les hommes, il peut les retenir, les forcer à rester. Comme Garris, qui fuyant une guerre dont il refuse de parler, s'y arrête quelques temps, histoire d'y trouver l'oubli. Mais le miracle n'aura pas lieu, et voyageur infatigable, il cherchera à repartir. Il y a aussi Jo, boxeur et brute épaisse, que sa violence quotidienne emporte doucement vers la folie. Le marais se saisira de lui, le retenant dans sa boue, lui conférant le calme dont il aspirait. Le marais crée une famille, rappelle ceux qui se sont éloignés de lui (Pépé), mais il leur laisse leur libre arbitre. Au final, il n'empêche personne de le quitter. Le paradis est un endroit redoutable. C'est beau (magnifiques paysages du Rhône-Alpes), ça sent bon, on y est bien, il semble toujours y faire beau. Même lorsqu'il pleut et qu'il fait nuit la lumière est magnifique. Cela ne vous semble pas réaliste ? C'est pourtant une parfaite représentation du souvenir. Tout comme on efface un peu les mauvais souvenirs, il fait souvent beau dans la mémoire. Les jours heureux sont des jours de soleil. Il fait bien plus beau lorsque l'on a 20 ans que 80. C'est pour cela que les personnes âgées nous répètent toujours " qu'il n'y a plus de saison, ce n' est plus comme avant". C'est pour cela que l'on attend toujours de la neige pour Noël. Les enfants du marais est, on l'aura compris, un film sur le souvenir. Il en tire sa force, il prouve que nostalgie ne rime pas avec monotonie, et sa (petite) faiblesse. Celle de la voix off de Suzanne Flon. Elle n'est présente qu'à 4 ou 5 reprises, mais elle rompt le déroulement des scènes, elle rappelle que si ce que l'on voit ne sont que des souvenirs, cela signifie que ce temps, et ces personnages, n'existent plus. Jean Becker et Sébastien Japrisot cassent un peu l'ambiance. C'est un peu comme si on vous mettait du Wagner pendant votre sieste du dimanche sous un arbre. Mais, il ont su ne pas en abuser. Jean Becker filme des scènes simples et belles. Comme ces petits vieux, au bord de la vie que des chanteurs de mai projettent dans la jeunesse de leur amour. Comme Amédée qui découvre la vie et l'aventure lors d'une chasse aux escargots. Comme Pépé qui retrouve des amis. Comme Cri-Cri qui découvre en Pierrot des ville l'homme de sa vie. Le film fourmille de purs moments de bonheur. On tient ce bonheur aux comédiens. A Jacques Gamblin tout d'abord, qui tient le rôle du moteur du film, du grand frère, toujours raisonnable, parfois trop (cela le conduit à faire quelques erreurs de jugement). Il a un personnage bien plus terrien que ces rêveurs un peu fragiles qu'on lui confiait jusqu'à présent, et qu'il tenait avec talent. Riton (Jacques Villeret) n'est pas le grand frère de Mo (L'été en pente douce). Ce n'est pas un imbécile, juste un homme qui a du mal a affronter les difficultés. C'est un grand enfant qui a besoin de quelqu'un pour veiller sur lui et sa famille. Michel Serrault compose un Pépé (son premier rôle de grand-père) à la fois enfant et patriarcal. Eric Cantona tient parfaitement son rôle d'abruti au cœur d'or. Isabelle Carré est sous-utilisée, son rôle semble avoir été écourté, est c'est dommage. D'un autre côté, cela n'aurait pas apporté grand intérêt à développer une romance entre Marie et Garris. Comme toujours, André Dussolier est si bon qu'on voudrait embrasser Amédée. Son personnage rayonne la joie simple de ceux qui ne font montre d'aucun souci, qui vivent leur passion (les livres), à 100%, se déconnectant totalement de la réalité. Jean Becker a une qualité rare. Peut-être filme-t-il simplement, mais il aime ses personnages. Il ne les oublie jamais, leur laisse leur chance (au cours d'une simple scène, la mégère de femme de Riton montre qu'elle n'est qu'une femme malheureuse). Jean Becker retrouve la grâce et la simplicité d' un cinéma français un peu oublié, celui de René Clair (14 juillet), de Jacques Becker (Antoine et Antoinette), Julien Duvivier (La fête à Henriette), et Pagnol (Le schpountz). Les enfants du marais est un coin de ciel bleu, un printemps qui arrive en avance, et de beaux moments de rire et de bonheurs. Il sait parler à chacun d'entre nous, car nous sommes tous les enfants d'un marais. Little Bug _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ Une interview de Jean Becker, Jacques Gamblin et Jacques Villeret est sur Cinévision. http://wwwusers.imaginet.fr/~cinevisi/couloir_actualite/couloir_actua.html -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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