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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] A bug's life
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] 1001 pattes de John Lasseter et Andrew Stanton Les 7 fourmiraïs (qui étaient 10) Pour parler franchement, je n’aime pas particulièrement les films d’ animations, et encore moins lorsqu’il s’agit d’animation numérique. Passé les quelques premières minutes d’émerveillement, il ne reste généralement que des surfaces trop lisses pour être chaudes et des histoires inexistantes prétextes au déballage technique. C’est pour cela que je n’ai pas vu ni Fourmi’z, ni Toy Story. Impossible donc d’établir une comparaison. De plus, depuis quelques années, la magie des dessins animés Disney a quelque peu disparue chez moi. C’est dommage, je le regrette, mais ainsi va la vie. Un drôle de fourmillement nu neurone m’a tout de même poussé à aller voir ces 1001 pattes (dont je préférais dès le départ le titre original A bug’s life bien plus original, surtout à la veille de cet an 2000 qui promet de nous poser quelques problèmes à nous les internautes). Mais j’appréhendais la séance, par peur d’avoir à subir des centaines d’enfants piaillant en tous sens, gâchant un plaisir incertain. J’ai eu droit à 1h35 de bonheur, total. Le film est magnifique, le plus réussi des studios Disney depuis des années, depuis Mary Poppins ( le dernier véritable projet de Walt en personne). L’animation est bien entendu parfaite, alternant les tons pastels chers au studio, et une lumière d’ apparence naturelle pour donner à l’image ça et là une vraie chaleur (le vol de Tilt accroché au pistil d’un pissenlit). Le studio Pixar n’a pas oublié de mettre le monde à l’échelle des fourmis, ce qui en modifie quelque peu les perceptions : aucune surface n’est lisse, la trame des feuilles de papier est visible. Mais la technique ne serait rien sans la perfection de l’écriture. Pour situer l’histoire, il suffit de se remémorer Les sept mercenaires de Sturges, eux-mêmes adaptés des Sept Samouraïs de Kurosawa. Les scénaristes (Stanton, Shaw et McEnery) ne se sont pas contentés d’en faire un remake à la sauce insecte, ils ont réécrit entièrement l’intrigue, ne se servant que du fond de l’histoire. Aussi, cette fois-ci les "mercenaires" ne sont plus 7 mais 10, ils ne sont pas des hommes sans foi mais des artistes de cirque, ils ne viennent pas défendre le village pour l’argent et l’aventure, puisqu’ ils n’ont qu’une envie, c’est de repartir avant la bataille. Toue la réussite du film tient dans sa drôlerie, son humour constant (il se passe toujours quelque chose dans un coin de l’écran qui mériterait que l’on revoie le film plusieurs fois). L’humour est à la fois dans les dialogues et dans le comique de situation jamais gratuit, où les auteurs ne se moquent jamais de leurs personnages, tout juste les taquinent-ils souvent. On rit beaucoup, de bon cœur, sans se sentir manipulés par des pantalonnades vite regrettées. Les auteurs ont su écrire une ribambelle de rôles, tous identifiables par une personnalité bien définie. Que soit Tilt, Marcel, Couette, l’excellente Heimlich, les fous Chivap et Chichis, et toute la troupe du cirque Puce, ils sont vivants, réels, fous et inventifs. Leur joie de vivre, leur spontanéité relèguent un paquet d’acteurs de comédie au second plan du panthéon de l’ humour. Nous les aimons tous, un à un, et ils nous émeuvent entre deux crises de rire. Si on les perçoit au bout du compte comme de vrais acteurs, cela tient au générique final, un générique historique. Le seul générique qui tient toute la salle assise jusqu’aux termes du copyright. Le film est plus fou que Screwrry Squarrel, plus délirant que La cité de la peur, plus rythmé que The mask. Le troisième rôle principal (après le scénario et la technique), est tenu par la musique de Randy Newman. Rarement, une musique aura été autant intégrée à l’image, à la fois inventive (les accords des 7 mercenaires venant renforcer quelques scènes clin d’œil, par exemple), aussi présente, soulignant la moindre action et pourtant diablement discrète. Si on n'y tend pas l’oreille, elle colle à l’action, renouvelant la performance de Fantasia. Et si on y prend garde, on prend conscience de sa richesse. Il faut également saluer la qualité du doublage, autant du point de vue des dialogues que de la qualité des voix. Les auteurs n’ont pas hésité à braver quelques lois disneyennes qu’il semblait difficile de déloger. Quelques personnages (des vilains, rassurez-vous) meurent de mort violente. Rarissime ! Et puis il y a cette mademoiselle Marcel, un personnage au sexe ambigu. Etrange ! Ils glissent quelques sujets de réflexion : l’imagination face à la servitude, l’ invention face à la taylorisation, le pouvoir des masses populaires face au règne de la terreur. 1001 pattes n’est évidemment pas un film à thème, c’est un pur divertissement, accessible à tous, ce qui, loin d’être une restriction à l’ intelligence, en fait un vrai joyau. Ce n’est pas la peine de trouver un petit cousin insupportable à amener pour avoir l’excuse d’aller vous plonger dans le dernier Disney. Allez-y tout seuls, comme des grands et retournez-y avec vos enfants... Faites-vous plaisir ! P.S. : je n’ai pas eu à supporter des troupeaux de petits diables se coursant dans les allées. Les enfants, souvent petits, étaient bien là puisqu’ils représentaient plus des ¾ de la salle. Mais tout absorbés qu’ils étaient, ouvrant tout grand leur yeux en forme de soucoupe, ils étaient bien plus calmes que moi ! Pascal "Little Bug" http://wwwusers.imaginet.fr/~cinevisi ... -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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