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[CRITIQUE] A bug's life


  • Subject: [CRITIQUE] A bug's life
  • From: "little bug" <cinevisi@imaginet.fr>
  • Date: 15 Feb 1999 16:20:40 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: ImagiNET
  • References: <7a2bpf$bm9$1@news.imaginet.fr>
  • Xref: isdnet-serv fr.rec.cinema.selection:225

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

1001 pattes

de John Lasseter et Andrew Stanton

Les 7 fourmiraïs (qui étaient 10)


Pour parler franchement, je n’aime pas particulièrement les films d’
animations, et encore moins lorsqu’il s’agit d’animation numérique. Passé
les quelques premières minutes d’émerveillement, il ne reste généralement
que des surfaces trop lisses pour être chaudes et des histoires inexistantes
prétextes au déballage technique. C’est pour cela que je n’ai pas vu ni
Fourmi’z, ni Toy Story. Impossible donc d’établir une comparaison. De plus,
depuis quelques années, la magie des dessins animés Disney a quelque peu
disparue chez moi. C’est dommage, je le regrette, mais ainsi va la vie.

Un drôle de fourmillement nu neurone m’a tout de même poussé à aller voir
ces 1001 pattes (dont je préférais dès le départ le titre original A bug’s
life bien plus original, surtout à la veille de cet an 2000 qui promet de
nous poser quelques problèmes à nous les internautes). Mais j’appréhendais
la séance, par peur d’avoir à subir des centaines d’enfants piaillant en
tous sens, gâchant un plaisir incertain.

J’ai eu droit à 1h35 de bonheur, total. Le film est magnifique, le plus
réussi des studios Disney depuis des années, depuis Mary Poppins ( le
dernier véritable projet de Walt en personne).  L’animation est bien entendu
parfaite, alternant les tons pastels chers au studio, et une lumière d’
apparence naturelle pour donner à l’image ça et là une vraie chaleur (le vol
de Tilt accroché au pistil d’un pissenlit). Le studio Pixar n’a pas oublié
de mettre le monde à l’échelle des fourmis, ce qui en modifie quelque peu
les perceptions : aucune surface n’est lisse, la trame des feuilles de
papier est visible.

Mais la technique ne serait rien sans la perfection de l’écriture. Pour
situer l’histoire, il suffit de se remémorer Les sept mercenaires de
Sturges, eux-mêmes adaptés des Sept Samouraïs de Kurosawa. Les scénaristes
(Stanton, Shaw et McEnery) ne se sont pas contentés d’en faire un remake à
la sauce insecte, ils ont réécrit entièrement l’intrigue, ne se servant que
du fond de l’histoire. Aussi, cette fois-ci les   "mercenaires" ne sont plus
7 mais 10, ils ne sont pas des hommes sans foi mais des artistes de cirque,
ils ne viennent pas défendre le village pour l’argent et l’aventure, puisqu’
ils n’ont qu’une envie, c’est de repartir avant la bataille.

Toue la réussite du film tient dans sa drôlerie, son humour constant (il se
passe toujours quelque chose dans un coin de l’écran qui mériterait que l’on
revoie le film plusieurs fois). L’humour est à la fois dans les dialogues et
dans le comique de situation jamais gratuit, où les auteurs ne se moquent
jamais de leurs personnages, tout juste les taquinent-ils souvent. On rit
beaucoup, de bon cœur, sans se sentir manipulés par des pantalonnades vite
regrettées.

 Les auteurs ont su écrire une ribambelle de rôles, tous identifiables par
une personnalité bien définie. Que soit Tilt, Marcel, Couette, l’excellente
Heimlich, les fous Chivap et Chichis, et toute la troupe du cirque Puce, ils
sont vivants, réels, fous et inventifs. Leur joie de vivre, leur spontanéité
relèguent un paquet d’acteurs de comédie au second plan du panthéon de l’
humour.  Nous les aimons tous, un à un, et ils nous émeuvent entre deux
crises de rire. Si on les perçoit au bout du compte comme de vrais acteurs,
cela tient au générique final, un générique historique. Le seul générique
qui tient toute la salle assise jusqu’aux termes du copyright.

Le film est plus fou que Screwrry Squarrel, plus délirant que La cité de la
peur, plus rythmé que The mask.

Le troisième rôle principal (après le scénario et la technique), est tenu
par la musique de Randy Newman. Rarement, une musique aura été autant
intégrée à l’image, à la fois inventive (les accords des 7 mercenaires
venant renforcer quelques scènes clin d’œil, par exemple), aussi présente,
soulignant la moindre action et pourtant diablement discrète. Si on n'y tend
pas l’oreille, elle colle à l’action, renouvelant la performance de
Fantasia. Et si on y prend garde, on prend conscience de sa richesse.

Il faut également saluer la qualité du doublage, autant du point de vue des
dialogues que de la qualité des voix.

Les auteurs n’ont pas hésité à braver quelques lois disneyennes qu’il
semblait difficile de déloger. Quelques personnages (des vilains,
rassurez-vous) meurent de mort violente. Rarissime ! Et puis il y a cette
mademoiselle Marcel, un personnage au sexe ambigu. Etrange ! Ils glissent
quelques sujets de réflexion : l’imagination face à la servitude, l’
invention face à la taylorisation, le pouvoir des masses populaires face au
règne de la terreur.

1001 pattes n’est évidemment pas un film à thème, c’est un pur
divertissement, accessible à tous, ce qui, loin d’être une restriction à l’
intelligence, en fait un vrai joyau. Ce n’est pas la peine de trouver un
petit cousin insupportable à amener pour avoir l’excuse d’aller vous plonger
dans le dernier Disney. Allez-y tout seuls, comme des grands et retournez-y
avec vos enfants... Faites-vous plaisir !

P.S. : je n’ai pas eu à supporter des troupeaux de petits diables se
coursant dans les allées. Les enfants, souvent petits, étaient bien là
puisqu’ils représentaient plus des ¾ de la salle. Mais tout absorbés qu’ils
étaient, ouvrant tout grand leur yeux en forme de soucoupe, ils étaient bien
plus calmes que moi !

Pascal "Little Bug"

http://wwwusers.imaginet.fr/~cinevisi

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