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[Date Prev][Date Next][Date Index] [AVIS] Psycho de Gus Van Sant
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] Avertissement : j'ai vu Psycho hier soir avec Laetitia Casta (elle ne voulait pas voir Astérix et Obélix, elle m'a confié sa détresse par rapport à la coiffure et aux fringues qu'on lui a imposé dans le film), je n'étais donc pas tout le temps concentré sur Psycho, vous excuserez les éventuelles erreurs de ce modeste exposé "à chaud". [spoiler] Le remake de Psycho (d'Alfred d'Hitchcock, 1960) réalisé par l'iconoclaste Gus Van Sant est une pure merveille. 1) du travestissement : La lumière et les couleurs du grand chef-op de Wong Kar-Waï, Kefen Du, travestissent avec maestria le film d'Hitchcock. Le travail de ma costumière préférée, Beatrix Aruna Pasztor, est magnifique d'audace et d'humour (fringues rétro et colorées, motifs rectilignes comme la marque de griffes...). Tous deux travestissent un film en noir et blanc et poussent le thème central de Psycho à son comble. Le film de Gus Van Sant est, par définition, un meilleur film sur le travestissement que ne l'était le film d'Hitchcock. Gus Van Sant habille la mort. 2) du panoptisme : Il y a des plans hallucinants dans ce remake (dont j'attends la suite avec impatience!), notamment ces plans sidérants, voire sidéraux, d'essuis-glaces sous une pluie nocturne où les phares des voitures, dans le fond flou, ressemblent à s'y méprendre à des vaisseaux spatiaux. Il y a quelque chose de l'ordre du cosmos dans ce remake, quelque chose à voir avec le ciel, les nuages (plans subliminaux dans la scène de la douche), une vision panoptique (que l'on peut traduire par le regard de l'oiseau ou celui de Dieu) bel et bien présente dans le film d'Alfred mais poussée jusqu'au bout (avec une dimension encore plus mystique et lyrique) par Gus Van Sant ici (voir le premier plan vertigineux). 3) du kaléidoscope : Un film kaléidoscopique, plus que ne l'était le film d'Hitch. Le rideau de douche utilisée dans ce remake est absolument extraordinaire, puisque lui-même fragmenté, déformant, kaléidoscopique (alors que celui de l'original n'avait rien d'original au contraire). Cette vision est amplifiée par le choix des couleurs, variées et souvent enfantines. Danny Elfman a aussi opté pour une orchestration plus colorée (il a ajouté quelques instruments de temps en temps). Pourquoi cette vision? Parce que Gus Van Sant nous parle d'un "enfant schizophrène" (fracturé) qui a une vision déformée du monde qu'il l'entoure. 4) de la schizophrénie : Le film de Van Sant, parce qu'il est un "double" du film d'Alfred est aussi fondamentalement supérieur à celui-ci puisque le thème profond de Psycho est en effet cette idée de double, de copie, d'image. Jamais dans toute l'histoire du cinéma, le spectateur a pu avoir l'occasion de ressentir à ce point cette impression de duplicité, de ressemblance. L'idée de reprendre beaucoup de plans originaux (et surtout des dialogues) est très pertinent puisque Van Sant nous oblige (telle une mère autoritaire) à affronter cette effrayante idée de double qui est le coeur même de cette histoire. Le spectateur n'aura jamais été aussi lui-même atteint de schizophrénie. Nous voilà, pendant la projection du film, en train de réciter, avec les acteurs, les dialogues mythiques du film d'Alfred. Nous voilà, pendant la projection, en train de faire un travail de mémoire harassant, faisant des va et vient incessants entre le présent et notre souvenir de la vision du film original comme un retour obsessionnel dans l'expérience de notre passé (on devient Norman Bates). La caméra subjective à la fin du film est ainsi la conclusion sublime et ironique du projet de Gus Van Sant. Un policier donne une couverture à Norman Bates en regardant Norman et... nous. Il regarde (d'en haut) la caméra, il baisse les yeux vers nous, car, comme Norman, nous sommes assis, nous sommes spectateur de notre propre voyeurisme. Retour de manivelle, clin d'oeil subliminal, discours sur le cinéma. 5) de la mouche : Si le film de Gus Van Sant a fait mouche (en tout cas pour moi), c'est parce qu'il est d'une subtilité inouïe. J'en veux pour preuve ce gros plan de mouche au début du film, qui ne fait pas seulement qu'annoncer la mouche dans la dernière scène, celle que Norman ne veut pas tuer. Cette mouche posée là fait directement référence à l'histoire de la peinture. Je m'explique. Pour se prouver leur talent d'illusionniste, certains peintres, il y a quelques siècles de cela, ajoutaient une mouche sur leur toile pour faire croire qu'il y avait vraiment une mouche sur leur tableau. Snobisme vaniteux très célébré pendant longtemps (époque de De La Tour par exemple), les acheteurs finissaient par acquérir des toiles non plus pour ce qu'elles contenaient mais pour le degré de vraisemblance de la mouche peinte au recoin du tableau. Vanité ironique de Gus Van Sant qui cherche lui aussi à signer son oeuvre et à faire "plus vrai" que les autres. Cette mouche est aussi la part mystérieuse de l'être humain, son jardin secret, ce petit grain qui fait de nous des êtres imparfaits mais uniques. Cette mouche noire, c'est aussi une image de la mort, de la décomposition. Or, le film de Van Sant est encore plus décomposé et découpé que celui d'Hitchcock, notamment grace aux images qu'il ajoute dans le story-board original. Selon Van Sant, la décomposition humaine irait alors de pair avec celle du cinéma. Bel hommage rendu au 7ème art qui devient ainsi plus humain et paradoxalement plus vivant, plus authentique. 6) de l'efficacité sonore : Cette idée de vraisemblance exprimée par la mouche est d'une certaine façon plus forte dans la version de Gus Van Sant de par l'avancée technologique dans le domaine des effets sonores qui poussent le crudité et le réalisme encore plus loin (on entend distinctement Norman se masturber). La scène de la douche est aussi exemplaire d'un point de vue sonore puisque les sons sont plus métalliques, froids et violents. A noter aussi le léger temps de retard dans la scène de la douche. Les violons stridents ne démarrent pas au moment où Norman tire le rideau, mais quelques secondes plus tard surprenant ainsi les connaisseurs à quelques secondes de pur réalisme sonore (sans artifice). C'est bien vu. 7) de Gus Van Sant : Pour conclure. Si vous êtes habitué à l'universde ce cinéaste, vous êtes en droit de vous poser la question suivante : est-ce un film personnel ? Je le pense franchement. S'il on connaît la sexualité pour le moins ambigüe de ce cinéaste (ce que je ne juge pas), on ne peut qu'être convaincu de son intérêt dans cette histoire. De plus, sa palette thématique ainsi que stylistique se retrouvent dans ce film : la marginalité, les secrets de famille, l'impossibilité d'aimer, les corps, les couleurs, les routes...etc. Si vous n'avez pas aimé le Psycho de Gus Van Sant, je ne vous en veux pas, mais sachez que je vous méprise avec un dédain inégalé. Et pour votre information, il faut savoir que Laetitia a beaucoup aimé le film (elle m'a d'ailleurs proposé de prendre une douche avec elle après le film, c'est une perverse polymorphe authentique). Alexandre Tylski cci@wanadoo.fr -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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