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[CRITIQUE] Vénus beauté


  • Subject: [CRITIQUE] Vénus beauté
  • From: "little bug" <cinevisi@imaginet.fr>
  • Date: 5 Feb 1999 07:04:57 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: ImagiNET
  • References: <79dbpf$n0n$1@news.imaginet.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:212

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Vénus beauté (Institut)

de Tonie Marshall, avec Nathalie Baye, Bulle Ogier, Samuel le Bihan,
Micheline Presle, Dominique Rivat, Mathilde Seigner, Robert Hossein, Jacques
Bonnaffé, Audrey Tautou.

La peau douce.

Le soir, lorsqu’Angèle ferme la porte de l’Institut de beauté où elle
travaille, elle s’évapore dans le passage d’un autobus au son de 5 notes. A
chaque fois que la porte de l’Institut s’ouvre ou se ferme se fait entendre
le carillon, relaxant. Ces 5 notes apaisantes sont à l’image de la
superficialité de la vie de ce salon qui a un air des Demoiselles de
Rochefort, tout en rose et bleu pastel. Angèle se mure dans sa solitude,
environnée du murmure de ses clientes qui se libèrent de leurs délires
devant elle (la grand-mère qui refuse de vieillir, l’exhibitionniste qui ne
vient faire des séances d’UV uniquement pour se promener nue dans le
magasin). Ces saynètes, toujours drôles, cachent mal le désarroi d’Angèle.
Elle travaille dans un milieu où les apparences donnent l’impression d’être
primordiales. Alors que la vanité cache avec peine le mal être de tous ceux
qui gravitent autour de l’Institut (clients et personnel).

Cette vanité est insupportable pour Samantha (Mathilde Seigner) qui fera
tout pour la fuir. Dès le départ, elle n’accepte pas la fausse
condescendance de Nadine, la patronne.

 Alors, lorsqu’Angèle quitte son travail, c’est pour se jeter dans les bras
de minables, les provoquant pour coucher avec eux. En portant ce regard sur
les hommes elle fait tout pour fuir l’amour, par phobie des ravages jalousie
et de la vie de couple. C’est une fuite en avant, refusant toute aide, tout
contact sentimental. On sent que cette femme détruite dérive au gré des
courants, qu’elle ne contrôle que de moins en moins sa vie et que c’est ce
qu’elle souhaite. Elle ne veut plus rien calculer,  ne prendre aucune
responsabilité (elle refuse d’être patronne), elle ne veut plus exister pour
les autres.

Elle n’est pas née ainsi, ce sont les événements qui l'ont façonnée. Rien n’
est inné chez elle, elle ne tourne pas le dos par vocation. Et surgit
Antoine, venu de nulle part qui va l’arrêter de force dans sa fuite. Il le
fera avec douceur mais détermination, sachant de suite mieux qu’elle ce qu’
elle attend. Tout comme Angèle, au départ il n’est rien. On le croit
clochard et à moitié fou. Lui aussi tourne le dos à la vie. Et au fur et à
mesure qu’il prend sa vie, et celle d’Angèle, en main, il grandit, pour
devenir un homme, un artiste respecté et solide, tendre et volontaire,
intemporel et droit.

Tonie Marshall montre beaucoup de choses dans Vénus Beauté, elle dit tout de
ces personnages, mais n’explique rien. Ils se dévoilent progressivement (on
ne connaîtra jamais les origines de la cassure sentimentale d’Angèle), mais
ils gardent toujours leur mystère. Comme ces personnes que l’on croise tout
les jours, voisins, clients, amis dont on ne connaît finalement qu’une
partie d’eux mêmes. Vénus beauté est un film qui se mérite. Les choses
apparaissent petit à petit pour dévoiler leur force.

La cinéaste a ainsi l’art de nous surprendre continuellement. Rien ne se
passe comme on le pense, et même comme le croient les personnages (lorsqu’
Angèle et Antoine suivent Marie de peur qu’elle ne se fasse violée par son
client de coeur). Jusqu’au final, qui nous met l’émotion au bord des yeux et
le coeur à la renverse par un subtil hommage à La peau douce de François
Truffaut. Car il y  a un peu de l’art de Truffaut chez Tonie Marshall. L’art
de raconter un quotidien simple, à l’apparence du roman-photo, en le rendant
insidieusement magique (la pluie d’étoiles). Elle filme la beauté de la vie,
la fragilité des souffrances et dissèque les caractères. Elle nous livre
ainsi une dizaine de croquis, croque toute une série de portraits, rapides
et précis (les clientes de l’Institut, les rencontres nocturnes d’Angèle,
ses tantes...)


Comme Truffaut, elle est toujours discrète face aux comédiens, elle ne fait
aucun effet de mise en scène ni de montage. Rien de racoleur dans son œuvre.
Pourtant la mise en scène est d’une très grande précision, la caméra collant
aux acteurs dans leur mal être, comme pour les surveiller de peur qu’ils ne
fassent une bêtise, ou inversement en se mettant en retrait, derrière une
vitre, lorsque leur besoin d’intimité apparaît.



Tonie Marshall a été épaulée par Jacques Audiard et Marion Vernoux qui
rendent les personnages plus incisifs que dans le mordant Enfants de salaud.
Quant aux comédiens ils sont tous excellents. A commencer par Nathalie Baye
qui se colle au rôle comme une seconde nature et Samuel le Bihan a la beauté
et la puissance époustouflantes. Tous les acteurs qui se rencontrent dans le
film sont parfaits, autant Bulle Ogier en patronne championne en bons
conseils, Mathilde Seigner en révoltée, Audrey Tautou pour sa gentillesse,
Robert Hossein mystèrieux, Jacques Bonnaffé qui porte sur le visage les
meurtrissures d’Angèle, Claire Nebout en cliente foldingue, Micheline Presle
et Emmanuelle Rivat en soeurs délirantes.

Entre deux éclats de rire, Tonie Marshall parle de l’envie d’être seule, du
désir d’être deux. Elle raconte l’amour qui se travaille, la confiance qui
se mérite.

Little Bug

http://wwwusers.imaginet.fr/~cinevisi/





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