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[CRITIQUE] Asterix et Obelix contre Cesar


  • Subject: [CRITIQUE] Asterix et Obelix contre Cesar
  • From: "little bug" <cinevisi@imaginet.fr>
  • Date: 3 Feb 1999 12:07:42 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
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[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Astérix et Obélix contre César

de Claude Zidi

Et Paf aux mauvaises langues !

C’est la trouille au ventre de voir un film raté que nous sommes entrés dans
la salle. Le film lancé, finalement...

On commence par être désagréable et distribuer des baffes.

  A commencer par Christian Clavier, qui devrait se calmer un moment et nous
lâcher les grolles avec son agaçante habitude de nous refaire Jacquouille la
Fripouille à toutes les sauces. Il nous a fait bien rire avec les premiers
Visiteurs, un peu moins avec le Retour, et pas du tout dans Astérix . Et
surtout, c’est impardonnable, il ne joue pas Astérix, et c’est une faute
professionnelle pour un comédien de ne pas jouer son rôle. Autant Astérix,
le vrai, est sympathique, intelligent, courageux et cynique, autant
Astérix-Clavier est creux. Cela doit être pour cela que Claude Zidi le met
au second plan derrière Obélix-Depardieu.

Claude Zidi n’était pas prêt pour ce genre de projet. Des tonnes d’effets
spéciaux, une équipe internationale, des décors monstrueux, des contraintes
budgétaires énormes, pour ce qui reste un film de commande. Alors, le
scénario s’en ressent, sans véritable histoire, juste une continuité d’
historiettes, plus ou moins tirées des différents albums. Les américains ont
encore de beaux jours devant eux pour ce genre de projet. Mais il ne s’en
tire pas trop mal, même si cela manque d’invention et de maîtrise, il fait
son travail honnêtement. C’est réconfortant de voir les européens (le film
est franco-allemand, ach !)  se lancer dans de tels projets.

Mais quelle idée d’avoir choisi Gérard Lauzier pour les dialogues. Là, il n’
y a aucune invention seulement des dialogues de circonstance oubliant l’
humour des albums. Certes, depuis la disparition tragique de Goscinny,
Uderzo avait plus de mal à atteindre la qualité du tandem, mais cela reste
honnête. Mais là, rien. Il n’est même pas capable de faire de chaque nom de
romain ou de gaulois un bon jeu de mot (Détritus et consorts sont des
inventions des albums).
Et cela devient crétin lorsqu’il nous place quelques remarques démagogiques
d’actualité (le trou de la sécu par exemple). Ce qu’évitaient les auteurs de
la B.D. pour garder une certaine intemporalité à leurs propos. Il aurait
fallu un Pascal Jardin ou un Pierre Tchernia pour cela.

Et puis il y a l’abominable doublage de Marianne Sagebrëcht et de Hardy
Kruger Jr. Si Laetitia Casta a de la chance d’être belle, elle ne joue pas
très bien... Mais c’est Romy Schneider comparé à Hardy Kruger Jr (c’est papa
qui doit rougir...).

Mais la plus grosse baffe va aux contraintes imposées par la coproduction
télé. Parce qu’il a dû tourner dans un format compromis entre l’écran télé
et l’écran cinéma, le directeur de la photo n’a jamais pu faire entrer en
entier les fabuleux décors dans le cadre de l’image. Et ça, ça fait rager.


Le pari était difficile à tenir, car dans un livre, on peut s’arrêter sur
une image, revenir en arrière, relire plusieurs fois une bulle pour
continuer à rire, mieux comprendre, se régaler d’un dessin. Au cinéma, c’est
évidemment impossible. Impossible de faire une pause pour mieux déguster une
scène. Le film avance, à 24 cases par seconde. Et il n’y a plus cette
distanciation (qui est tout autant une projection) due au dessin. Un
personnage dessiné est bien plus impersonnel que le visage d’un acteur. Les
moustaches et les braies bleues et blanches d’Obélix n’ont rien de
ridicules, mais Depardieu a l’air de sortir d’un bal costumé du Mardi-Gras.

Bon, j’ai fini de balancer... et puis tout cela n’est pas bien méchant.
Surtout que l’on  redoutait ces difficultés..

Car malgré tout, il n’y a aucun mal à se faire plaisir. Déjà de voir la
plupart des icônes des Bandes Dessinées reprises dans le film avec une belle
réussite. La bagarre de poissons, les chants d’Assurencetourix, les baffes
aux romains, les lions dans l’arêne, le menhir d’Obélix, le camp retranché
romain, le bouclier casse-gueule d’Abraracourcix... Tout y est, et souvent
les effets spéciaux rendent parfaitement les images de la B.D. Par exemple,
lorsque le chef tombe du bouclier, son casque reste suspendu en l’air
quelques secondes... Excellent ! Les bagarres avec les romains font déjà
date dans l’histoire du cinéma, et tout un tas d’effets spéciaux à
découvrir...

Se rajoutent à tout cela des trouvailles propres au cinéma qui se fondent
parfaitement dans l’esprit gaulois. Les porte-voix géants pour les discours
de César, les animaux dans l’arène, le rocher qui écrase Obélix et Astérix,
comment ouvrir une tortue romaine... L’équipe des SFX a su donner vie à l’
imagination de Claude Zidi, Claude Berri et Jr (Thomas Langman, producteur
associé et instigateur du projet par ailleurs).

Si les effets spéciaux sont impressionnants, des acteurs sont bien présents.
Depardieu joue Obélix comme il fallait le faire, timide, maladroit, pas
toujours futé, le cœur sur la main. Il n’en fait pas des tonnes, il fait
juste ce qu’il faut pour garder l’esprit B.D. En matière d’excité, Roberto
Benigni bat Clavier, en moins énervant. Avec Obélix, ils semblent
monopoliser le film. Mais la couronne de lauriers revient à Jean-Pierre
Castaldi en Caius Bonus. Il s’en donne à cœur joie et c’est un vrai plaisir
de le voir se prendre des baffes voltigeuses dans la face.

Et puis il y a Arielle Dombasle, parfaite, Sim fait un très bon Agecanonix,
Pierre Palmade un très juste Assurancetourix. Dommage que Michel Galabru et
Marianne Sagebrëcht aient été si peu utilisés, que Claude Piéplu trop grimé
ne puisse montrer son talent shadockeur.

Le troisième acteur du film c’est l’image. La beauté des décors et le la
lumière sont renversantes. Notamment une scène époustouflante où l’on voit
Astérix, Obélix et Panoramix sur une plage. Il y a même une scène de
bataille qui n’est pas sans rappeler les couleurs de Ran de Kurosawa (les
boucliers rouges sur le fond vert) - ne vous excitez pas, je ne parle que
des couleurs... Zidi n’a rien à voir avec Kurosawa bien sûr-.

Le film est parfait pour les enfants. C’est un spectacle très familial, qui
ne s’adresse qu’aux enfants et aux amateurs d’Astérix, les autres n’y
trouveront pas grand intérêt. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne faut surtout
pas gâcher son plaisir, et aller distribuer des baffes à Caius Bonus est un
sacré remède contre l’ennui. En plus, il a même pas mal !

Little Bug
Cinévision

http://wwwusers.imaginet.fr/~cinevisi/

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