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[CRITIQUE] l'Ennui de Cedric Klapisch.


  • Subject: [CRITIQUE] l'Ennui de Cedric Klapisch.
  • From: fourvin@cybercable.fr (Vincent Fournols)
  • Date: 26 Jan 1999 07:39:50 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Cybercable Paris - FRANCE
  • References: <36ae2d27.3343489@news.cybercable.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:193

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


J'ai vu "l'ennui" alors que j'étais en cours de relecture du roman de Moravia,
et de ce point de vue, l'adaption est tout à fait réussie.

La transposition de l'activité du héros (le peintre devenu philosophe) est
pertinente et justifie encore mieux sa fringale d'intellectualisation et sa
logorrhée compulsive. Autre excellente trouvaille : remplacer le
personnage-pivot de la mère par celui de l'ex-femme : le rôle en est atténué
mais permet ainsi au héros de faire l'économie de la voix off et de refléter
verbalement ce qui fait l'objet de longs soliloques et conjectures dans le
roman.
Autre qualité de l'adaptation : le titre semble aussi inadapté que pour le roman
dans lequel l'ennui fait l'objet de longs développements qui finalement ne
convainquent guère. L'ennui éprouvé par le héros n'est amha en fait que dans sa
tête, et est en quelques sortes le résultat d'une démarche volontaire de sa
part, ou à tout le moins acceptée, quoiqu'il en dise. La transposition dans le
film dans une situation de philospohe en état de dépression rend donc la
situation plus crédible. Et finalement, le personnage qui connaît le mieux
l'ennui à son insu est certainement celui de Cécilia !
D'autres détails sont apportés par le film qui créent utilement un décalage
supplémentaire et utile, notament de voir un prof de philo habiter dans un vaste
appartement et rouler en BMW, avant qu'on apprenne vers la fin et presque
incidemment que sa famille est très riche. Et je trouve que son personnage y
gagne en crédibilité dans sa façon d'ignorer, ou refuser passivement, ce cadre.
Dans le roman, le rapport à la richesse est intimement liée aux relations du
héros et de sa mère, aspect donc très bien transposé dans le film.

Mais de ce fait, j'ai eu le plus grand mal à prendre de la distance par rapport
au film en tant que tel, et notament à juger de l'intérêt et de la crédibilité
des personnages (principalement Martin et Cécilia), de leurs discours et de
leurs comportements. L'interprétation est sans défaut : Berling est remarquable
est poursuit ainsi une série de sans-faute, même dans des films moyens
("Ridicule", "Love, etc.", "Nettoyage à sec", "Ceux qui m'aiment prendront le
train", "L'inconnu de Strasbourg"). Dombasle surprend agréablement dans ce rôle
en contrepoint (dans le film et dans sa carrière), et Sophie Guillermin est une
Cécilia parfaite et difficilement imaginable autrement.

Au final, le film transpose remarquablement à mes yeux la matière du roman
initial, et fournit donc matière à reflexion et discussion. Ce ne sera pas la
tasse de thé de tout le monde, et à l'instar du roman, c'est une oeuvre
typiquement européenne, pleine de psychologie, de finesse et de franchise,
notament dans les désormais fameuses scènes de sexe, présentées sans fausse
pudeur ni voyeurisme exacerbé. Par opposition caricaturale à un cinéma américain
maître dans l'art du divertissement et d'un certain langage cinématographique,
"L'ennui" 'est une illustration typique et aboutie d'une démarche, littéraire ou
cinématographique, qui ausculte jusqu'au vertige, au prix de la vacuité ou de la
révélation.
--
Vincent Fournols - fourvin@cybercable.fr
Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org

-- 
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