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[VIDEO] Titanic de James Cameron


  • Subject: [VIDEO] Titanic de James Cameron
  • From: Yannick.Rolandeau@wanadoo.fr
  • Date: 25 Jan 1999 19:59:23 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Wanadoo - (Client of French Internet Provider)
  • References: <36aed043.5637806@news.wanadoo.fr>
  • Reply-to: Yannick.Rolandeau@wanadoo.fr
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:189

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]


Il est sympa mon kiosquier. Comme on se connait depuis pas mal de temps, il
m'offre de voir Titanic à l'oeil... Bon en vidéo... Aaaahhhhhh ! Ca ne se
refusait pas.
Avec un peu de recul par rapport à l'hystérie collective qui grippa la
France pendant l'hiver 1997-98, essayons de voir ce que le "Titanic" a de
spécial pour avoir été suscité une telle folie.

Pendant 1h30mn, avant que le Titanic ne heurte l'iceberg, le film expose
ses deux personnages principaux, Rose et Jack. Leur rencontre, leur
discussion, leur amour... Malheureusement, les personnages n'intéressent
pas Cameron. Seule l'histoire qu'il peut dérouler comme un serpentin semble
le guider dans une galerie de clichés et d'images stéréotypées qu'on est
même étonné que cela ait pu provoquer une tel engouement de la part du
public. Enfin, non, on n'est pas trop étonné...

Tout est convenu, tout baigne dans la facilité et même la mise en scène de
Cameron est d'une lourdeur écrasante. Le nombre de plans en plongée au
dessus de ses personnages à la proue du Titanic en devient assommant. 
Tout cela est mécanique et ne possède aucun souffle. Cameron est incapable
de faire vivre ses principaux personnages, de leur donner une quelconque
originalité. Ce sont souvent ses personnages secondaires qui s'en tirent le
mieux comme la mère, le futur mari de Rose, le constructeur du Titanic
(peut-être le personnage le plus touchant)... Et encore, ils sont tellement
stéréotypés, ne possède aucune épaisseur, aucune ambiguité qu'on s'en
désintéresse très vite mais au moins, ils parviennent à exister. Quant aux
amis de Jack, ils n'existent tout bonnement pas. Cameron doit préferer les
premières classes.

L'histoire de Jack et Rose, elle non plus, ne possède aucune texture
particulière. On sait tout à l'avance et on a droit à tous les clichés en
vigueur. Passons sur le pauvre mais beau garçon et la pauvre petite fille
riche. Dès que Jack aperçoit Rose, boum, il craque... C'était tellement
prévisible que la scène elle-même, si encore elle était correctement mise
en scène et interprétée, est fade. Cameron est tellement embarassé par
cette première partie qu'il ne parvient jamais à donner une âme à ses
personnages. On a l'impression d'un premier jet d'écriture (et d'un mauvais
encore) ou rien ne vient contrarier le déroulement de l'histoire. Tout
comme la scène de sauvetage ou bien sûr, Jack se trouve au bon moment, au
bon endroit pile poil. Et bien sûr, il faut que Rose glisse et manque de
tomber et bien sûr, Jack la retient... Mon dieu... Cameron n'en rate pas
une. En plus, la scène est assez mal foutue techniquement car on sent la
retouche d'image à plein nez. Et passons sur l'opposition entre classes,
totalement inexistante.

Le film surtout révèle de grosses lacunes de scénario. Après avoir sauvé
Rose, celle-ci revient voir le pauvre Jack (on ne croit pas une seconde à
sa situation financière lamentable tellement quand il revêt smoking, il a
l'air plus à l'aise). Elle s'offusque des questions de Jack et brusquement,
sans crier gare, elle lui prend son carton à dessin mais comme elle ne sait
pas encore ce qu'il y a dedans, on se demande bien pourquoi elle le lui
chipe comme ça. C'est important car la Rose aime la peinture et la bonne
(Picasso). La scène d'ailleurs où elle déballe ses Picasso est truffé de
clichés et d'incohérences ( car on peut toujours voir "ses" Picasso,
Seurat, Monet etc.. dans un musée alors que dans le film, ils ont censé
avoir coulés) et la réplique de son futur mari "Il ne fera rien de bon ce
Picasso" n'évite pas encore une fois les pires poncifs du genre..

C'est un détail important car le dessin est un vecteur. Si Jack lui avait
dit qu'il dessinait, on comprendrait mieux que Rose, aimant la peinture, le
lui chipe et là, il y avait quelque chose d'important... mais non, ça
n'intéresse pas Cameron. 
Car, là Rose est dans une autre émotion, elle est offusquée par les
questions de Jack (incohérent d'ailleurs car elle se livre et dit qu'elle
s'ennuie dans ce milieu mais passons...) Et en plus, la Rose est censée
avoir de bonnes manières. Cameron ne prend même pas le soin de faire plus
fin, de tisser une trame plus subtile  et c'est ce manque de finesse qui
rend cette première partie totralement insipide. 

Bref, la première partie est donc catastrophique, plus catastrophique que
la castrophe elle-même. Car, une fois, que Jack et Rose ont fait vraiment
connaissance et ce jusqu'à la castatrophe, il n'y a rien de surprenant et
d'émouvant sinon peut-être la situation en soi qui demandait à exister
vraiment. Reste les décors. Mais à 200 millions de dollars, ils ne
pouvaient pas être franchement ratés.

Dans la seconde partie, Cameron se sent plus à l'aise. Il n'évite pas
encore certains clichés (le Titanic heurte l'iceberg quand Rose et JAck
s'embrassent) On a même l'impression que c'était ça qu'il voulait vraiment
filmer. Ceci dit, rien d'extraordinaire non plus, on est dans un film
catastrophique classique sauf qu'il s'agit du Titanic. Si on retire le nom
même, il n'y a plus grand chose. On peut sauver quelques fugaces moments ou
Cameron frôle l'incongru, l'inventivité (les musiciens qui reviennent
jouer..., quand Rose crache au visage de son mari qui fait écho à la scène
ou JAck lui apprend à cracher, quand son mari prend une gamine pour sauver
sa vie alors qu'on peut croire qu'il a tout de même un coeur, le
constructeur du bateau, assez touchant) mais ce n'est pas beaucoup.

Le problème encore dans cette seconde partie, c'est que le pauvre Jack est
toujours là au bon moment, il a  toutes les solutions, il s'en sort
toujours. Même Rose parvient à briser ses menottes après s'être entrainé
sur une armoire. Assez ridicule, surtout quand Jack lui dit :"Bon, assez
pour l'entrainement."  ou encore quand Rose part chercher de l'aide, il lui
dit, alors qu'il est attaché :"Je t'attends ici." Evidemment... Mais il
faut avouer que dans la deuxième partie, c'est Kate Winslet qui s'en sort
le mieux par rapport à l'insipide Léonardo di Caprio, totalement
inexistant. Elle arrive à faire passer une certaine émotion, une certaine
épaisseur à son personnage qui n'en avait pas beaucoup jusqu'ici. Elle
arrive à être touchante comme quoi il suffisait de creuser un peu.

Certes, Jack ne s'en sort pas à la fin et on se demande bien pourquoi il ne
tente même pas de chercher une planche de salut et préfère mourir gelé en
tenant la main de Rose. C'est peut-être plus émouvant mais on n'y croit
guère surtout qu'ils s'aiment beaucoup et que le pauvre Jack a déployé tant
d'efforts pour s'en sortir qu'il n'a même pas un regard pour voir s'il n'y
a pas une autre planche de salut.

Reste quelques superbes plans du Titanic illuminés, ou encore la scène ou
le Titanic se soulève et est englouti par les flots. Cameron n'est pas loin
de faire dans le spectaculaire. Il faut dire que Cameron ne se foule pas
beaucoup pour mettre en scène. C'est plutôt efficace dans la deuxième
partie, totalement raté et creux dans la première mais il n'y aucune mise
en scène, une simple mise en images avec 200 millions de dollars comme
budget. Ca peut faire effet.
Le gros problème du film est son manque de point de vue, de véritables
idées de mise en scène. Cameron se sent obligé tout montrer alors que
peut-être l'idée était intéressante de rester un moment en dehors de la
catastrophe et de la filmer des quelques rescapés.
La fin plonge dans les pires clichés qui soient (le bijou que la vieille
Rose lâche dans l'océan, ah "Le coeur d'une femme est un océan de
secrets"...) et entretient le mythe de l'amour éternel et jeune qui perdure
au delà de la mort. Ne parlons même pas du baiser final totalement culcul.
Et c'est bien dommage que Cameron se soit si peu foulé dans l'écriture de
son scénario ou on a l'impression qu'il a déroulé le tapis rouge des
clichés. Il faut croire qu'il est incapable de faire mieux. C'est bien
dommage car cela aurait été intéressant de bâtir une véritable histoire
avec un film "catastrophe".







 
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 Yannick Rolandeau                      <Yannick.Rolandeau@wanadoo.fr> 
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"Dans un monde sans mélancolie, les rossignols se mettraient à roter."           
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