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[Date Prev][Date Next][Date Index] [Realisateur] Tod Browning - part 4
Tod Browning
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4ème Partie
(Pour ceux qui auraient manqué le début, les parties 1, 2 et 3 sont dans
les archives de fr.rec.cinema.selection)
Donc, début 1917, sort le premier long métrage de Tod Browning,
"Jim Bludso". Il conte l'histoire du courageux capitaine d'un Steamboat,
qui se sacrifia pour sauver ses passagers et son équipage avant de
couler avec son bateau en flammes. La critique est élogieuse, on
remarque surtout que Browning réussi à faire du fleuve un personnage à
part entière, un critique dira même qu'il aurait du être en tête
d'affiche. Il faut dire que les scènes de navigation, et les scènes
d'incendie, furent tournées sans trucage. Browning avait à sa
disposition deux bateaux, l'un en état de marche et l'autre prêt à être
détruit, donc, pas de maquette dans une baignoire. Si on en croit les
commentaires de l'époque, le réalisme de ces scènes est terrifiant et
remarquable. On pouvait remarquer que le film est coréalisé par Wilfred
Lucas (l'acteur principal, qui joue le rôle du capitaine Jim Bludso).
Alors que les témoignages d'autres acteurs confirment que ce dernier
n'a rien fait de tel. En fait il s'agissait d'une clause contractuelle,
Wilfred Lucas, star capricieuse, souhaitait avoir son nom deux fois au
générique. Browning s'en moquait royalement. Petite anecdote, qui
rappelle combien Browning aimait faire la fête. À la fin du tournage il
invita toute l'équipe à un dîner, mais pas n'importe quel dîner, un
dîner chinois. Ce qui confirme d'autres témoignages rapportant que
Browning était passionné par l'Asie, et la Chine en particulier, il
semblerait même qu'il ait appris la langue et la pratiquait relativement
bien.
Deux autres long métrages vont suivre, toujours pour la "Triangle" :
"A Love Sublime", une adaptation d'Orpheus de Samuel Hopkins, dont on
sait peu de choses, sinon qu'il eut une bonne critique. On peut noter
dans le casting, la présence d'Alice Rae, dont je reparlerai plus tard.
Ensuite c'est "Hands Up !" mélodrame criminel (une spécialité de Tod
Browning) dont le sujet est assez osé puisqu'on y parle de l'amour
entre un frère et une soeur (ils ne le savent pas bien sur). Enfin, ne
croyez pas trop au père Noël, la fin rétablie une certaine morale. Mais
que Browning a du s'amuser à faire croire au scandale pendant 95% du
film. Petite chose amusante, le héros du film s'appelle John Huston
(joué par Wilfred Lucas, qui, encore une fois, signe la coréalisation).
Le film sort le 29 avril 1917, la critique est correcte.
Moment important dans la carrière de Tod Browning, comme on l'a vu, il
est très lié à David W. Griffith, or, ce dernier, décide de quitter la
"Triangle". Tod Browning ne le suit pas et décide de revenir à New York,
acceptant un contrat pour la "Metro". C'est aussi l'occasion pour lui de
se remarier, cette fois avec une certaine Alice Wilson, qui n'est autre
que Alice Rae dont je vous parlais plus haut. Un mariage qui ne fut pas
des plus simples, Alice Wilson avait déjà été mariée, mais avait
soit disant, perdu les papiers de son divorce, un peu d'argent sous la
table et un patron de presse influent permettront de retrouver les
papiers en question. Tod et Alice se marient le 11 juin 1917 à
New York. (Euh, Kronos, tu vires tabloïds là...)
Revenons au cinéma, le premier film que réalise Browning pour la Metro
est "Peggy, the Will O' the Wisp", scénario vaguement inspiré d'une
légende irlandaise, il met en scène une sorte de Robin des bois
féminin, incarné par la star de l'époque Mabel Taliaferro. Les critiques
insisteront sur la faiblesse du scénario, mais surtout, noteront une
mise en scène audacieuse et l'excellent jeu de Mabel. Ils s'intéressent
de plus en plus à Tod Browning. Au point que, pour le film suivant,
"The Jury of Fate", Tod Browning sera interviewé pour dévoiler sa
technique fort novatrice. "The Jury of Fate" se passe dans le nord du
Canada, un veuf vit avec ses deux enfants (les jumeaux), le fils (son
préféré) meurt dans un accident. La fille, voulant préserver son père,
se fait passer pour son frère et fait croire à sa mort à elle (à peine
sordide). Bien sur, son amoureux et très triste, son père lui avait
arrangé un mariage en secret avec un abruti, bref, pleins de choses
assez dramatiques. L'intérêt consistait surtout à faire jouer deux rôles
à la belle Mabel Taliaferro, et là où ça devient intéressant c'est que
Browning à souhaité, dans une scène particulière, que les deux
personnages incarnés par Mabel se rencontrent. Il utilise les procédés
de double exposition, difficiles à maîtriser, mais apparement réussis
si l'on en croit les critiques.
Dans son interview Tod Browning, à qui l'on demande pourquoi la lumière
est si étrange dans ses deux derniers films, réponds qu'il a choisi de
travailler en grande partie en lumière naturelle ("The Jury of Fate" est
tourné en extérieur), qu'il en a marre de la lumière factice des spots,
et qu'il souhaite éradiquer ces lumières "surnaturelles" de ses films.
Le but est de faire la place à une nouvelle "actrice", l'Ombre. En
effet, à l'époque, il était souhaitable que la lumière soit parfaitement
répartie sur toute la scène, c'est ce que l'on appelait "Magical Light".
Browning fera parti de ces pionniers qui imposèrent un style de travail
nouveau, obligeant les metteurs en scène et surtout les chefs
opérateurs à se creuser un peu plus la tête. Il est possible, mais rien
ne le prouve, que l'influence du cinéma européen, beaucoup plus novateur
artistiquement, se soit fait sentir. Ce qui est certain, c'est que ces
idées sur l'éclairage d'une scène, proviennent de Griffith et de ses
travaux sur "Naissance d'une nation" et "Intolérance".
À ce moment là, Browning semble prendre quelques vacances (voyage de
noces certainement), il revient aux studios à la fin de l'année.
Le troisième long métrage de Browning pour la "Metro" a pour titre
"The Eyes of Mystery", son intérêt est essentiellement de jouer avec
des effets spéciaux (essentiellement les décors) à la Mélies. L'histoire
est celle de fifille et de papa qui ne s'entendent pas (le papa étant
vraisemblablement responsable de la mort de la maman). Le principal
intérêt du film résiderait dans la maison, truffée de portes secrètes,
d'escaliers escamotables, de portraits "espions" (les yeux bougent), des
gadgets chers au monde de Tod Browning, dont la jeunesse, rappelons le,
fut nourrie par les "trucs" des illusionnistes forains. La critique
s'attarde beaucoup plus sur les effets spéciaux, plutôt que sur une
intrigue standard (hééé oui, déjà à cette époque...).
C'est à ce moment que la "Metro" décide de s'implanter à l'Ouest, elle
rachète de vieux studios, et envoie quelques uns de ses réalisateurs
sous contrat, Browning en fait partie.
C'est tout pour cette semaine, la prochaine fois Browning à Hollywood.
--
Kronos alias Christophe Rouvel
aka.kronos@worldnet.fr
un peu de lumière! http://www.lumiere.org/
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