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[THEORIE] Pour une nouvelle critique (long)


  • Subject: [THEORIE] Pour une nouvelle critique (long)
  • From: nicoweb@chez.com (Nicolas Rialland)
  • Date: 2 Jan 1999 22:10:17 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: None
  • References: <36946a1b.52779892@news.wanadoo.fr>
  • Reply-to: nicoweb@chez.com
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:172

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

Bon alors voilà,

Puisque l'on est sur un newsgroup de discussion sur le cinéma et
puisque par la force des choses, la critique est destiné à y prendre
un grande place, je me disais que ce serait bien justement de parler
de la critique de cinéma. Je sais pas vous, mais moi la critique
aujourd'hui me laisse beaucoup sur ma faim, j'ai toujours l'impression
qu'elle passe à coté du film et c'est pour cette raison que je propose
une nouvelle critique. Mais commençons par le commencement :



I LA CRITIQUE DANS SA PRATIQUE AUJOURD'HUI

Pour commencer, voilà comment je perçois la critique actuelle. Je
crois que l'on peut distinguer deux catégories principales sans être
bien sûr exclusive (on a parfois des mixages des deux assez
indigestes).

     1. La critique de surface
On peut tout d'abord mettre en évidence la critique d'avant-film.
Celle-ci se distingue par le fait qu'elle se choisit comme public les
personnes qui n'ont pas vu le film. Elle vise souvent soit à
convaincre, soit à dissuader d'aller voir le film.
Elle se heurte dès lors à une limite de taille, elle ne peut pas
parler du film puisqu'elle ne doit pas en dévoiler l'histoire. Elle
doit alors se contenter d'examiner la surface des choses et se résume
alors à la forme la plus simple (une, deux ou trois étoiles comme dans
première ; ou encore un palmarès comme on le voit si tristement dans
beaucoup d'article sur ce newsgroup même si mon kill-file fait le
ménage). La limite d'une telle critique est alors évidente, elle se
réduit à un brassage de vide ou de clichés, de lieux communs qui font
tout sauf nous renseigner sur le film.

On peut ensuite mettre en évidence, un deuxième type de critique de
surface, la critque d'après-film. Cette catégorie, comme son nom
l'indique, s'adresse à un public qui à déjà vu le film et a une
apparence en générale plus réfléchie. Elle s'attache aux différentes
composantes du film : réalisation, photographie, montage, acteurs,
etc... Elle présente donc des critères apparemment tout ce qu'il y a
des plus objectif, mais en réalité, elle ne s'attarde elle-aussi qu'à
la surface des choses. A vouloir être purement objective, elle est
seulement descriptive. Elle se résume à des clichés qui vont du "la
réalisation est soignée" à "les acteurs jouent bien", il suffit alors
simplemet de changer quelques adjectifs qualificatis pour obtenir une
critique contraire.
un exemple ? essayons avec une critique de gozilla (que je n'ai pas
vu, je dis ça pour les fans qui me diraient gros connards, godzilla
c'es tl'ultimate film de la terre et de l'univers, oui, bien-sûr
couché maintenant).
   -Formidable film que godzilla. encore un bon film pour roland
emerich et toute son equipe. la réalisation est époustouflante, les
effets spéciaux sont particulièrement réussi et pour une fois Jean
Réno joue bien.
   -Pitoyable film que gozilla.  encore une merde de roland emerich et
toute son équipe. la réalisation est plus qu'affligeante, les effets
spéciaux semblent sortis d'un pentium 100 et pour une fois Jean Réno
joue mal.
Imaginez vous maintenant que vous n'avez jamais vu le film, que vous
ne connaissez pas emerich, que vous étiez sur une ile deserte lors de
la sorti d'independence day. Il est alors impossible de dire laquelle
de ces critiques se rapproche le plus du film. Cela montre, s'il en
était besoin, que cette critique pseudo analytique peut dire tout et
n'importe quoi. 
L'autre grand reproche que l'on peut faire à la critique pseudo
anaytique, c'est de croire qu'il suffit d'une recette pour faire un
bon film. Comme si avec x travelling par film, de la musique avec des
violons aux moments forts, etc... on obtenait un bon film. Ca me
rappelle la jounaliste de Première us, l'autre jour à la télé. Pour
expliquer le succès de titanic, elle disait c'est simple : avec les
effets spéciaux, le film a attiré les garçons, et avec l'histoire
romantique, le film a attiré les filles. Ces critiques qui intègrent
un modèle de société totalement et nécessairement formaté est
vraiement pitoyable et gerbant.
La critique de surface est donc, non seulement d'un total ininterêt,
mais en plus, elle est dangeureuse et nauséabonde en véhiculant un
formatage de l'esprit (une castration de la pensée comme dirait
l'autre) assez repoussant à mon goût.

     2. La critique de profondeur
La critique de profondeur ne peut donc pas se contenter d'une analyse
plan par plan, même si celle-ci est nécessaire. Il ne faut pas
chercher à dresser un constat froid des techniques utilisées mais
aussi mettre en avant l' *effet* produit. Il faut absolument mettre
l'accent sur les émotions que provoquent l'image. Par exemple, dans le
numéro 509 des Cahiers du Cinéma, quand il analysent une scène
extraire de Face Off de John Woo (celle où Cage et Travolta se tirent
l'un sur l'autre à travers le miroir), le critique ne se contente pas
de dire : on voit les deux acteurs de profil, tous les deux adossés
aux miroir qui est au centre de l'image, avec la tête penchée, il
ajoute l'effet produit, c'est-à-dire que cela renvoie à l'image d'un
confessionnal. Et c'est seulement à partir du moment où l'on fourni
l'effet que la technique devient intéressante.
Il faut donc à tout prix garder l'équilibre entre la techinque et
l'effet produit parce que s'il l'on penche trop du côté de la
techinque pure, ça devient inintéressant.


II LA NOUVELLE CRITIQUE

Je sais, je sais, vous allez me dire : "bah si t'as trouvé la bonne
critique, pourquoi tu veux en donner une nouvelle ?". et c'est la que
je vais vous répondre :

     1. Définition
La nouvelle critique, je la conçois comme un prolongement de la
critique de profondeur, comme un extrême ou le film n'aurait plus
beaucoup d'importance et où la balance pencherait définitivement du
côté de l'émotion et de l'effet produit par le film.

     2. Buts
La nouvelle critique se fixe pour but non plus de rendre un film dans
son hypothétique objectivité mais au contraire de resitituer les
émotions qu'il provoque chez le critique. C'est donc à la fois un
manifeste pour la place de la sensibilité dans un film mais aussi une
affirmation forte de la nécessaire subjectivité du critique.
La critique satisfait non plus prioritairement un but "d'interêt
général" mais plutôt un besoin proprement existentiel du critique.

     3. Moyens
Si la critique devient une exploitation des émotions du critique
portée à son paroxysme, il apparaît évident de l'apparenter au domaine
qui se livre par excellence à l'exploitation de la sensibilité,
c'est-à-dire l'art. Le nouveau critique est un artiste. Il travaille
un matériau qui est en fait la somme des émotions produites par le
film. Dès lors, peu importe la forme prise par cette critique,
l'essentiel est qu'elle rende avec talent les émotions produites par
le film, qu'elle communique à son tour de la sensiblité. On peut donc,
en toute logique imaginer qu'une photo, au même titre qu'un article de
journal, serve de critique pour un film. Et j'irai même plus loin en
généralisant cette nouvelle critique à tous les arts, on peut imaginer
un film servant de critique à un livre.
Il n'y a alors plus d'opposition catégorique entre art et critique.
Tous sont, pour ainsi dire, dans le même bateau et les critiques ne
sont plus des "artistes ratés".



La vérité du film ne réside plus dans une conformité avec la réalité
ou une bonne application des "règles" soit-disant immuables du cinéma,
mais simplement dans son honnêteté, dans sa capacité à communiquer des
émotions, dans sa capacité à stimuler d'autres artistes.
Et la vérité du critique n'est plus de décrire exactement les émotions
produites mais de les travailler pour en procurer de nouvelles.

En somme, il n'y plus de juges, il n'y a que des artistes.




Voilà, c'est fini

Salutations
--
Nicolas
mailto:nicoweb@chez.com
http://www.chez.com/nicoweb/

-- 
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