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[CRITIQUE] Ronin


  • Subject: [CRITIQUE] Ronin
  • From: "Renaud Amevet" <renaud.amevet@wanadoo.fr>
  • Date: 30 Dec 1998 09:00:28 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: Wanadoo - (Client of French Internet Provider)
  • References: <01be3351$d0ab3000$LocalHost@default>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:170

[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

[SPOILER]

Ronin est un film admirable. L'histoire est bouleversante : des gens, ils
cherchent une valise. Pour corser le tout, ça se passe en France. J'ignore
où se situe ce pays reculé, mais après avoir vu le film, on n'a qu'une
envie, c'est d'aller ailleurs. La Pologne de Jaruzelski, à côté, c'est le
Parc Astérix. Donc, au coeur de ce milieu hostile, des mercenaires sans
maître (des ronins, d'où le titre, mais le film aurait pu s'appeler
Rollmops, Rognons, Rosny-sous-bois, ou Allez voir autre chose) se
chamaillent pour une mystérieuse valoche. La valise en carton ? La valise
RTL ? Mystère, c'est du David Mamet (non crédité au générique, pas fou le
mec). Parmi ces ronins de jardin : Robert De Niro, la mine un peu
grisouille de ceux qui ont mangé un truc pas frais à la cantine, ou qui
ont été convoqués par le juge N'Guyen, et l'inénarrable Jean Réno, dans
son emploi déjà fameux de second couteau frenchie qui fume et / ou prend
un air concerné. (La carrière américaine de Jean Réno prend un tour
inquiétant. Jean, si on te propose un film avec Rutger Hauer, méfie-toi
c'est un piège). Régulièrement, des séquences dialoguées à fort contenu
philosophique viennent un peu freiner le rythme trépidant (deux poursuites
dignes des Brigades du Tigre, trois fusillades à la Julie Lescaut) de ce
film déjà culte. Extrait :
 - Tu veux une cigarette, Joe ?
 - Oui.
 - Tiens.
 - Merci.
(Attendre trois plombes entre deux répliques afin de créer un climat
melvillien.)  

Mais le clou de ce film reste l'apparition de Michael "Je passais par là,
j'ai vu de la lumière" Lonsdale en bon samaritain de Bob De Niro (il s'est
pris une bastos dans le bide, ou bien il est tombé dans une faille du
scénario, je sais plus). On pense à Jean Carmet dans Les Fugitifs, mais en
plus drôle, ou à Christiane Jean dans Les Spécialistes, mais en plus
poilu. Ensuite Lonsdale (dans le film il s'appelle Jean-Pierre et il a les
cheveux gras : c'est donc un Français) nous fait un cours accéléré sur le
Japon médiéval, les chevaliers de la Table Ronde, Albator, tout ça, puis
quitte brutalement le film pour aller parler de Marguerite Duras au
Cercle, qui n'est plus tout à fait ce qu'il était depuis le départ de
Marie-Ange Nardi.

A part ça, j'ai rarement vu autant de piétons innocents se faire
zigouiller dans un film. Bon d'accord, ce sont essentiellement des Niçois,
mais tout de même. Sinon, on voyage un peu. Tiens, les arènes d'Arles. 
Oh, le périphérique. Tiens, Féodor Atkine en entraîneur de patin à glace. 
Oh, mon voisin s'est endormi. Je sens le sommeil me gagner à mon tour, 
il... il faut pourtant que je tienne jusqu'au bout, pour témoigner.
Heureusement, après une ultime péripétie (Jean Réno se mord la langue 
en mangeant un Figolu), tout s'achève enfin dans une patinoire, sorte de 
lieu-métaphore de l'oeuvre. 

Esthétiquement, le film évoque tour à tour Amicalement vôtre et Médecins
de nuit, en moins moderne. A côté de Ronin, L'Arbalète (Sergio Gobbi)
c'est La Soif du mal. Et Gilles Béhat aurait pu faire mieux que John 
Frankenheimer, même sans les mains, même les yeux bandés, 
même malade, même mort.


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