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[Date Prev][Date Next][Date Index] [LIVRE] "Nouvelle Vague" de Jean Douchet (edition Cinématheque Francaise / Hazan)
[Mod: Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]
"La nouvelle vague c'est une bande de sales gamins qui ont pris la caméra
pour filmer leurs copines." (Serge Daney)
"Une explosion de films puérils et mal foutus, totalement immatures. Et
Truffaut et Chabrol le sont restés toute leur vie. "Jules et Jim", "A bout
de souffle" et "Hiroshima bordel", survivront. Ce sont des chefs-d'oeuvre
inexpliqué." (José Benazeraf)
[petit résumé sur la jacquette du livre :]
"Rupture dans le scénario, rupture dans le dialogue, dans le son, dans
l'éclairage, dans la direction des acteurs, rupture totale avec la tradition
de la "qualité française", avec le tournage en studio, avec la pudeur et le
bon goût : il y a le cinéma avant la Nouvelle Vague et le cinéma après la
Nouvelle Vague, et cette fracture est aussi importante qu'en d'autres temps
celle de l'impressionisme ou de la musique atonale."
C'est un beau livre : grand format, très richement illustré, mise en page
arty mais lisible et élégante... Et très complet. Douchet, qui a participé
au mouvement en tant que critique et un peu comme cinéaste, a l'ambition de
faire un livre total sur la NV, d'aborder de front tous ces aspects :
historiques, techniques, économiques, artistiques. Ce n'est pas une approche
universitaire, académique (le comble), mais au contraire empirique et
foisonnante, tout en restant très précise.
Ces écrits sont entrecoupés des articles sur les films de l'époque (pré et
post NV), c'est très drôle de voir que les choix de certains (Positif et sa
bonne conscience de gôche, qui combatait même Sadoul), se sont révéler
totalement caduque (ça dure encore...).
Je ne vais pas reprendre l'histoire de la NV, pour ça le hors-série des
Cahiers "Nouvelle vague : une légende en question" et très bien fait, et pas
du tout complaisant.
Il y a quelques aspects intéressant soulevés par Douchet et par ce hors
série. D'une part, c'est faux de dire que les jeunes Turcs des Cahiers
(Rivette, Chabrol, Godard, Truffaut, Rohmer) ont fait table rase. Au
contraire, ils ont revisités l'histoire du cinéma, et se sont trouvé une
filliation (Griffith, Murnau etc.), et des maîtres vivant (Renoir,
Rossellini, Melville, Bergman, Hitch et Hawks).
Ensuite, l'aspect le plus important de la partie critique de cette histoire,
c'est qu'ils ont fait rentré le cinéma et les cinéastes dans l'histoire de
l'art en disant, en gros, en disant qu'un film d'Hitchcock valait bien un
livre d'Aragon. A l'époque, un film c'était "un bon scénario", "des beaux
décors", "des bons acteurs", le cinéaste était juste un faiseur. La NV a
simplement dit que la mise en scène était le centre nevralgique d'un film,
et que même un cinéaste américain pris dans les contraintes économiques
(faire des brouzoufs), pouvait tenir un discours sur le monde et sur la vie
(Hawks est exemplaire à ce sujet).
Aujourd'hui Hitchcock est reconnu, mais à leur époque, dire que c'était un
grand cinéaste vous faisait passer pour un doux dingue. Rien qu'en lisant le
conte-rendu qu'à fait "Positif" de "Psychose" du cher Alfred : "Ce film
d'épouvante soigné contient quelque bons moments, et si les secrets ne ne
s'y éventaient au fil de la première demi-heure, on y prenderait de
plaisir", vous ne regarderez plus Michel Ciment de la même façon après.
Hitchock, en six ou sept film, a posé tout les fondements de l'art, et les
Cahiers ont été les seuls à en rendre compte, à l'époque.
Ensuite, un des nombreux on-dit, c'est de dire qu'ils se fichaient de la
technique. C'était tout le contraire : au centre de leur préocupation.
L'intéressant, c'est qu'ils ont d'abord utilisé du matériel "à l'ancienne",
en bricolant. Presque tous les films sont post-synchronisé. Mais le lieu
commun est aujourd'hui de dire qu'ils ont profité des avancées techniques de
l'époque, ce qui est faux (et un compliment aussi), ils les ont précédés.
On a aussi prétendu (ces bâtards de "Studio", quel infâmie ce journal),
qu'ils avaient mis à mal la figure du producteur. Là encore, c'est faux :
sans Bauregard (!) et Braunberger, deux producteurs français aventureux, la
NV n'aurait pas éclaté au grand jour.
La modernité au cinéma n'est pas née avec la NV. C'est un mouvement de fond,
qui touchait déjà la littérature (Nouveau Roman), la peinture (cubisme), la
musique, la philosophie... Rossellini était la figure de proue, au cinéma,
de ce mouvement (mais pas De Sica, Visconti non plus). Ensuite, un peu
partout dans le monde, des jeunes gens ont pris de la pellicule à la même
période pour s'opposer au diktat de la production dominante (Cassavetes,
entre autres), en étant contemporain de la NV.
On peut voir aussi que Chabrol, Rohmer, Godard et Rivette sont toujours
actif et en grande forme. Mais il y a aussi une pépinière de gens autour
d'eux : producteurs, techniciens, scénaristes, monteuse, écrivains,
critiques... qu'on a tendance à oublier aussi.
Je vais pas faire une thèse ici (il y a de quoi), mais je vous conseille le
hors-série des Cahiers (amplement suffisant, très complet), et le bouquin de
Douchet (un luxe où un cadeau).
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