[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index]

[CRITIQUE] Waterworld (Reynolds, 1995)


  • Subject: [CRITIQUE] Waterworld (Reynolds, 1995)
  • From: fourvin@cybercable.fr (Vincent Fournols)
  • Date: 13 Dec 1998 09:33:30 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection
  • Organization: fre3d
  • References: <3672fe29.492140@news.cybercable.fr>
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:148

[Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur
fr.rec.cinema.discussion]

(Pas de révélation dans ce qui suit mais beaucoup, beaucoup de
parenthèses.  C'était donc la première) Samedi soir, après une semaine
bien fatigante, une envie de vidéo exotique et pas compliquée,
assouvissable grâce à des échanges avec les collègues de bureaux. Me
voici donc devant "Waterworld", avec le vague souvenir de gros
problèmes de tournage (à la "Apocalypse Now" me dit ma mémoire, mais
elle n'argumente jamais rien, ma chienne) suivis d'un (premier) gros
flop pour Costner, producteur et interprète principal. Ah si,
également l'allusion "Tu verras, c'est Mad Max sur l'eau".

183 minutes plus tard (accompagnées de 7' de générique final mais sans
clin d'oeil), j'ai vu une super BD, exotique comme il me fallait, et
le sentiment de m'être bien distrait sans ennui.

1er degré : L'histoire trouverait place en gros caractères de couleurs
au dos d'une boîte de corn flakes : dans un bon nombre d'années, les
pôles ont fondu, pratiquement toute la Terre est recouverte d'eau, les
hommes se sont adaptés et réorganisés. Il y a des bandes de très
méchants (emmenés par un Dennis Hopper assez en forme), il y a les
autres, et puis bien sûr, il y a le héros (solitaire et producteur du
film), sur un catamaran très James Bond sans électronique (cocorico,
made by Janneau USA, dixit le générique), très malin (puisque c'est le
héros), très fonctionnel (il s'embarrasse peu de psychologie et encore
moins de dialogue mais est très efficace pour faire rebondir l'action)
et doté de quelques pouvoirs assez utiles dans cet environnement (vous
aviez remarqué, vous, auparavant que Costner a un profil de poisson ?)
Bon, avec tout ça, l'histoire évolue autour du fait de savoir si
Dryland (littéralement : Terre Sèche, pour les ceusses qui...) existe
ou n'existe pas. C'est bien sûr une gamine qui a le secret, mais au vu
de tout le monde, puisqu'elle en a une carte cryptée tatouée entre les
omoplates.

Il y a donc des complots, des poursuites et des bagarres ; il y a les
inévitables remarques philo-socio-psycho-affectivo-neuneus, mais
beaucoup moins qu'en pareil cas ; il y a le ciel, le soleil, et la mer
(et juste une très vague pointe de sexe, filmée brièvement et de loin)
; il y a les morceaux de bravoure (désolé, pas vu de pièce
d'anthologie) et le genre de méga décors auxquels on s'attend et qui
satisfont la curiosité de l'adolescent qui continue à sommeiller en
nous (enfin, moi). Il y a même à ce titre une assez bonne surprise
avec le repaire des méchants, son utilisation et l'humour de son mode
de propulsion !  Le scénario est également moins indigent qu'on
pouvait le redouter, et on échappe au discours écolo, ouf.... Donc,
tous les ingrédients d'une bonne grosse BD (même si, euh, Christin ou
Charlier en écrivent quand même de meilleures...)

2ème degré : le film prend un tel soin de bien montrer qu'il ne copie
pas littéralement "Mad Max" (Miller, 1979-1981-1985) que ça en rajoute
une couche plaisante : et que je-te-me démarque en remplaçant les
camions par des barges et les voitures par des jet-ski, et que je fais
bien savoir que le problème est bien l'inverse du précédent, et puis
d'abord j'ai pris une petite fille au lieu d'un petit garçon, et que
le chef de la bande, c'est pas une grand-mère rocky mais un
ex-hippie-bab, etc. A la limite, on pourrait utiliser le film pour
jauger de l'aptitude du (jeune) spectateur a effectuer un processus de
diférenciation/rapprochement. Mais il n'y a pas de raison de bouder
son plaisir, et à moins d'être un vénérateur fou du premier, on
appréciera celui-ci comme une déclinaison, et on absorbera donc
l'ensemble - imaginaire, images, invraisemblances - avec un sourire
permanent au coin des lèvres.

3ème degré (en forme de rattrapage) : Tiens, j'ai parlé
d'invraisemblance, et là j'ai gobé ça lucidement, benoitement, sans
problème. Mais alors d'ou vient que celles d'Armageddon (Emmerich,
1998) m'ont tellement prodigieusement enervées ?  Cela tient
probablement d'abord à la façon d'inscrire l'histoire dans un contexte
: établir une histoire scientifique contemporaine avec autant de
désinvolture aux yeux du non-scientifique que je suis, ça me chiffonne
; afficher de telles aberrations géographiques et politiques (absence
de décalage horaire pour montre des images clichissimes) avec un tel
budget me rend plus que perplexe et relève du mépris (à ce sujet,
comment interpréter l'interprétation du cosmonaute russe ?) ; voir une
quizaine de fois le drapeau US en gros dans Armageddon finit par
fâcher Astérix. Dépenser autant d'argent pour en arriver là ne
saurait, à mes yeux, être neutre.

Avec "Waterworld" et un budget au moins équivalent, ces
invraisemblances (prenons le coup du dirigeable qui peut rester
stationnaire sans problème au-dessus d'un brasier pour sauver quelques
héros, ou celui de la compression/décompression dans la cloche d'air
lors de la plongée) ne sont que des péripéties annexes. Il faut dire
que côté contexte, le scénario est inattaquable. La seule mention
géo-politique est la référence à une langue commerciale
"porto-grecque" (sic, et qui n'a pas du poser beaucoup de problème à
KC avec sa maîtrise de la langue sioux), et tout le reste n'est
qu'imaginaire mais sans discours pontifiant, sans message explicite ou
implicite, contrairement au précédent. On est donc ici plus proche de
l'imagerie que de toute fiction scientifique, plus proche du baron de
Munchausen que de Jules Verne.

1er degré (le retour) : au final, voici donc un film qui se donne du mal pour
distraire et y parvient assez efficacement.
--
Vincent Fournols - fourvin@cybercable.fr
Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org
Tout sur tous les films : http://us.imdb.com/search/



--
Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr
Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>