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[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Waterworld (Reynolds, 1995)
[Ceci est la deuxième publication d'un article déjà paru sur fr.rec.cinema.discussion] (Pas de révélation dans ce qui suit mais beaucoup, beaucoup de parenthèses. C'était donc la première) Samedi soir, après une semaine bien fatigante, une envie de vidéo exotique et pas compliquée, assouvissable grâce à des échanges avec les collègues de bureaux. Me voici donc devant "Waterworld", avec le vague souvenir de gros problèmes de tournage (à la "Apocalypse Now" me dit ma mémoire, mais elle n'argumente jamais rien, ma chienne) suivis d'un (premier) gros flop pour Costner, producteur et interprète principal. Ah si, également l'allusion "Tu verras, c'est Mad Max sur l'eau". 183 minutes plus tard (accompagnées de 7' de générique final mais sans clin d'oeil), j'ai vu une super BD, exotique comme il me fallait, et le sentiment de m'être bien distrait sans ennui. 1er degré : L'histoire trouverait place en gros caractères de couleurs au dos d'une boîte de corn flakes : dans un bon nombre d'années, les pôles ont fondu, pratiquement toute la Terre est recouverte d'eau, les hommes se sont adaptés et réorganisés. Il y a des bandes de très méchants (emmenés par un Dennis Hopper assez en forme), il y a les autres, et puis bien sûr, il y a le héros (solitaire et producteur du film), sur un catamaran très James Bond sans électronique (cocorico, made by Janneau USA, dixit le générique), très malin (puisque c'est le héros), très fonctionnel (il s'embarrasse peu de psychologie et encore moins de dialogue mais est très efficace pour faire rebondir l'action) et doté de quelques pouvoirs assez utiles dans cet environnement (vous aviez remarqué, vous, auparavant que Costner a un profil de poisson ?) Bon, avec tout ça, l'histoire évolue autour du fait de savoir si Dryland (littéralement : Terre Sèche, pour les ceusses qui...) existe ou n'existe pas. C'est bien sûr une gamine qui a le secret, mais au vu de tout le monde, puisqu'elle en a une carte cryptée tatouée entre les omoplates. Il y a donc des complots, des poursuites et des bagarres ; il y a les inévitables remarques philo-socio-psycho-affectivo-neuneus, mais beaucoup moins qu'en pareil cas ; il y a le ciel, le soleil, et la mer (et juste une très vague pointe de sexe, filmée brièvement et de loin) ; il y a les morceaux de bravoure (désolé, pas vu de pièce d'anthologie) et le genre de méga décors auxquels on s'attend et qui satisfont la curiosité de l'adolescent qui continue à sommeiller en nous (enfin, moi). Il y a même à ce titre une assez bonne surprise avec le repaire des méchants, son utilisation et l'humour de son mode de propulsion ! Le scénario est également moins indigent qu'on pouvait le redouter, et on échappe au discours écolo, ouf.... Donc, tous les ingrédients d'une bonne grosse BD (même si, euh, Christin ou Charlier en écrivent quand même de meilleures...) 2ème degré : le film prend un tel soin de bien montrer qu'il ne copie pas littéralement "Mad Max" (Miller, 1979-1981-1985) que ça en rajoute une couche plaisante : et que je-te-me démarque en remplaçant les camions par des barges et les voitures par des jet-ski, et que je fais bien savoir que le problème est bien l'inverse du précédent, et puis d'abord j'ai pris une petite fille au lieu d'un petit garçon, et que le chef de la bande, c'est pas une grand-mère rocky mais un ex-hippie-bab, etc. A la limite, on pourrait utiliser le film pour jauger de l'aptitude du (jeune) spectateur a effectuer un processus de diférenciation/rapprochement. Mais il n'y a pas de raison de bouder son plaisir, et à moins d'être un vénérateur fou du premier, on appréciera celui-ci comme une déclinaison, et on absorbera donc l'ensemble - imaginaire, images, invraisemblances - avec un sourire permanent au coin des lèvres. 3ème degré (en forme de rattrapage) : Tiens, j'ai parlé d'invraisemblance, et là j'ai gobé ça lucidement, benoitement, sans problème. Mais alors d'ou vient que celles d'Armageddon (Emmerich, 1998) m'ont tellement prodigieusement enervées ? Cela tient probablement d'abord à la façon d'inscrire l'histoire dans un contexte : établir une histoire scientifique contemporaine avec autant de désinvolture aux yeux du non-scientifique que je suis, ça me chiffonne ; afficher de telles aberrations géographiques et politiques (absence de décalage horaire pour montre des images clichissimes) avec un tel budget me rend plus que perplexe et relève du mépris (à ce sujet, comment interpréter l'interprétation du cosmonaute russe ?) ; voir une quizaine de fois le drapeau US en gros dans Armageddon finit par fâcher Astérix. Dépenser autant d'argent pour en arriver là ne saurait, à mes yeux, être neutre. Avec "Waterworld" et un budget au moins équivalent, ces invraisemblances (prenons le coup du dirigeable qui peut rester stationnaire sans problème au-dessus d'un brasier pour sauver quelques héros, ou celui de la compression/décompression dans la cloche d'air lors de la plongée) ne sont que des péripéties annexes. Il faut dire que côté contexte, le scénario est inattaquable. La seule mention géo-politique est la référence à une langue commerciale "porto-grecque" (sic, et qui n'a pas du poser beaucoup de problème à KC avec sa maîtrise de la langue sioux), et tout le reste n'est qu'imaginaire mais sans discours pontifiant, sans message explicite ou implicite, contrairement au précédent. On est donc ici plus proche de l'imagerie que de toute fiction scientifique, plus proche du baron de Munchausen que de Jules Verne. 1er degré (le retour) : au final, voici donc un film qui se donne du mal pour distraire et y parvient assez efficacement. -- Vincent Fournols - fourvin@cybercable.fr Lumière sur le cinéma : http://www.lumiere.org Tout sur tous les films : http://us.imdb.com/search/ -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
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