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[CRITIQUE] Compte-rendu du Festival d'Automne


  • Subject: [CRITIQUE] Compte-rendu du Festival d'Automne
  • From: Emilie Danna <Emilie.Danna@dial.oleane.com>
  • Date: 11 Dec 1998 09:02:00 GMT
  • Approved: frcs-mod@alma.fr
  • Followup-to: fr.rec.cinema.discussion
  • Newsgroups: fr.rec.cinema.selection,fr.rec.cinema.discussion
  • Organization: fre3d
  • Xref: oceanite.cybercable.fr fr.rec.cinema.selection:144 fr.rec.cinema.discussion:53016

Bonsoir,

Voici un compte-rendu des films que j'ai vus lors du Festival
d'Automne, à Paris, environ le mois dernier. Je ne sais pas s'ils
repasseront ailleurs.
Les critiques et interviews des Cahiers du Cinéma sont disponibles à:

<URL:http://www.festival-automne.com/public/1998/cinema/frci01g.htm>

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Le toucher (1989)
Réalisateur: Amanzhol Aïtuarov
Durée: 1h17

[attention : RÉVÉLATIONS]

Une jeune fille aveugle et orpheline erre à travers les steppes du
Kazakhstan et essaie de retrouver son lieu de naissance. Elle
rencontre un autre vagabond, meutrier hors-la-loi qui tente d'abord de
lui voler sa nourriture puis la sauve d'un viol. À partir de ce
moment, ils cheminent ensemble et vivent de nombreuses aventures...

Ce film est réellement surprenant. Le début est filmé en noir et blanc
avec une très forte dominante sépia, les scènes en couleurs
apparaissent comme fades à côté et en fait, on ne sait pas réellement
quand le film est en noir et blanc ou en couleur. Est-ce dû à la
qualité de la copie ? La scène du viol est aussi très surprenante:
lorsque le vagabond apparaît pour tuer l'agresseur puis lorsque les
deux héros s'enfuient, le film passe en accéléré et les mouvements du
vagabond deviennent complètement caricaturaux ce qui donne un côté
irréel à l'action. Ici, je pense que l'effet est voulu parce que les
mouvements semblent très stylisés et accentués et auraient parus
bizarres même sans le passage en accéléré.

La force de ce film est dans la maîtrise à la fois des grands espaces
(exactement comme dans un western) mais aussi de l'espace intime
(autour du feu en plein air, dans les tentes, dans la ville détruite
où est née l'héroïne). La rupture constante de rythme et d'atmosphère
est aussi très bien maîtrisée: la violence brute de la vie des deux
vagabonds continuellement en insécurité, agressés par des individus
errants commme eux, des pirates organisés ou les populations
auxquelles ils mendient leur nourriture alterne avec des moments de
communion mystique avec la nature, réellement à couper le souffle
(avec une musique du même type que celle de Philip Glass dans
_Kundun_). Une scène est particulièrement belle: à la fin, l'héroïne
(habillée dans une robe blanche) part du campement au point du jour,
et en un seul plan-séquence, la caméra d'abord à ~ 3 mètres du sol
voit la jeune fille courir sous elle, la suit quand elle part dans la
nature puis la caméra fait un zoom arrière et révèle le plateau et
l'immense falaise au sommet de laquelle la jeune fille est arrivée. La
jeune fille s'avance au bord de la falaise, regarde en bas et la
caméra filme alors un oisin blanc qui virevolte dans le ciel.

Le voyage des deux héros est calqué sur le schéma du voyage
initiatique: rencontre de différents personnages allégoriques (par
exemple le vieil homme qui prédit l'avenir), retour à la terre natale,
le héros retrouve sa mère, trouve une tribu d'adoption, ... Mais en
même temps, la fin est très ambigüe: le héros devient-il le successeur
du chef du village ou est-il lapidé ? L'héroïne s'est-elle suicidée ?
Qui est la jeune femme qui apparaît ensuite dans la ville ?

Un film déconcertant et à voir absolument.


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La vérification (1972), Noir & blanc
Réalisateur: Alexeï Guerman
Durée: 1h35

En Russie, pendant la seconde guerre mondiale, dans une partie du pays
occupée par les Allemands, un prisonnier russe, Lazarev, qui
collaborait avec les nazis se rend de lui-même à un groupe de
partisans. Mais tous ne veulent pas lui faire confiance et lui font
accomplir des missions pour le tester, de plus en plus risquées.

Le traitement psychologique de l'hésitation des partisans quant à
l'honnêteté de Lazarev et de la lutte pour le pouvoir à l'intérieur de
leur groupe m'a semblé plutôt faible. Par contre, le suspense est
formidable pendant les scènes d'action (les deux missions de
Lazarev). C'est surtout dû à l'absence de musique à laquelle on est
habitué pour amplifier la tension. Ici, au contraire le silence
(coupé à chaque fois uniquement par un personnage qui parle) suspend
l'action et met en relief la difficulté de la situation: le bluff qui
peut être découvert par n'importe quelle hésitation.


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Trois films de Darejan Omirbaev

Kaïrat (1993), Noir & blanc
Durée: 1h12
(Prix de la critique au Festival de Strasbourg en 1993)
Kardiogramma (1995), Couleur
Durée: 1h13
(Prix spécial du jury au Festival des 3 Continents, Nantes, en 1995)
Tueur à gages - The Killer (1997), Couleur
Durée: 1h20

J'avais vu Kaïrat qui montre d'une manière très sensible les
déambulations romantiques d'un jeune apprenti conducteur de bus dans
Almaty. Les deux autres films sont très décevants. 

Kardiogramma raconte les "vacances" d'un jeune garçon cardiaque dans
une maison de convalescence avec d'autres enfants. En fait c'est un
remake de _L'argent de Poche_ de Truffaut en plus cruel et avec moins
de paroles: mêmes amourettes entre les enfants; même fascination d'un
héros pour une femme (l'infirmière au lieu de la maman de son copain),
qu'il identifie à une image (une reproduction de peinture au lieu de
la publicité pour les wagons-lits); les enfants essaient toujours de
voir des femmes nues (en faisant un trou dans le mur des douches
plutôt qu'en empruntant les jumelles de leur papa). C'est plus cruel
parce qu'un gang règne sur l'ensemble des enfants, martyrise les plus
faibles ou ceux qui sont différents (celui qui ne parle pas russe, le
somnanbule, celui qui est aimé).

Tueur à gages relate la déchéance d'un jeune père obliger d'emprunter
pour payer les réparations d'un accident de voiture, puis obliger
d'exercer des fonctions malhonnêtes (acheter une voiture en Allemagne
pour la revendre au Kazakhstan puis tueur à gages) pour rembourser son
emprunt à 1% par jour (inflation oblige). Le réalisateur dit qu'il a
réalisé ce film parce qu'il avait été accusé de faire des films
sentimentaux, sur l'amour dans un contexte de changement radical de
société, de crise économique et donc il a décidé de tourner un film
"social" pour se débarrasser de ces critiques et en espérant ne plus
avoir à revenir sur ces sujets. En fait, ce film est déjà ressenti
actuellement plus comme un documentaire que comme une oeuvre de
fiction.

Note: J'ai vu 'Tueur à gages' dans une séance où D. Omirbaev était
invité. Ce fut catastrophique: micros qui ne marchent pas (plus
Larsen), réalisateur quasi-muet répondant à côté, questions de
personnes s'écoutant parler ou insultantes pour le réalisateur ("Ne
faire que des plans fixes, c'est une volonté esthétique ou un problème
de budget ?").


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