|
[Recherche]
[Date Prev][Date Next][Date Index] [CRITIQUE] Compte-rendu du Festival d'Automne
Bonsoir, Voici un compte-rendu des films que j'ai vus lors du Festival d'Automne, à Paris, environ le mois dernier. Je ne sais pas s'ils repasseront ailleurs. Les critiques et interviews des Cahiers du Cinéma sont disponibles à: <URL:http://www.festival-automne.com/public/1998/cinema/frci01g.htm> ------------------------------------------------------------------------- Le toucher (1989) Réalisateur: Amanzhol Aïtuarov Durée: 1h17 [attention : RÉVÉLATIONS] Une jeune fille aveugle et orpheline erre à travers les steppes du Kazakhstan et essaie de retrouver son lieu de naissance. Elle rencontre un autre vagabond, meutrier hors-la-loi qui tente d'abord de lui voler sa nourriture puis la sauve d'un viol. À partir de ce moment, ils cheminent ensemble et vivent de nombreuses aventures... Ce film est réellement surprenant. Le début est filmé en noir et blanc avec une très forte dominante sépia, les scènes en couleurs apparaissent comme fades à côté et en fait, on ne sait pas réellement quand le film est en noir et blanc ou en couleur. Est-ce dû à la qualité de la copie ? La scène du viol est aussi très surprenante: lorsque le vagabond apparaît pour tuer l'agresseur puis lorsque les deux héros s'enfuient, le film passe en accéléré et les mouvements du vagabond deviennent complètement caricaturaux ce qui donne un côté irréel à l'action. Ici, je pense que l'effet est voulu parce que les mouvements semblent très stylisés et accentués et auraient parus bizarres même sans le passage en accéléré. La force de ce film est dans la maîtrise à la fois des grands espaces (exactement comme dans un western) mais aussi de l'espace intime (autour du feu en plein air, dans les tentes, dans la ville détruite où est née l'héroïne). La rupture constante de rythme et d'atmosphère est aussi très bien maîtrisée: la violence brute de la vie des deux vagabonds continuellement en insécurité, agressés par des individus errants commme eux, des pirates organisés ou les populations auxquelles ils mendient leur nourriture alterne avec des moments de communion mystique avec la nature, réellement à couper le souffle (avec une musique du même type que celle de Philip Glass dans _Kundun_). Une scène est particulièrement belle: à la fin, l'héroïne (habillée dans une robe blanche) part du campement au point du jour, et en un seul plan-séquence, la caméra d'abord à ~ 3 mètres du sol voit la jeune fille courir sous elle, la suit quand elle part dans la nature puis la caméra fait un zoom arrière et révèle le plateau et l'immense falaise au sommet de laquelle la jeune fille est arrivée. La jeune fille s'avance au bord de la falaise, regarde en bas et la caméra filme alors un oisin blanc qui virevolte dans le ciel. Le voyage des deux héros est calqué sur le schéma du voyage initiatique: rencontre de différents personnages allégoriques (par exemple le vieil homme qui prédit l'avenir), retour à la terre natale, le héros retrouve sa mère, trouve une tribu d'adoption, ... Mais en même temps, la fin est très ambigüe: le héros devient-il le successeur du chef du village ou est-il lapidé ? L'héroïne s'est-elle suicidée ? Qui est la jeune femme qui apparaît ensuite dans la ville ? Un film déconcertant et à voir absolument. ------------------------------------------------------------------------- La vérification (1972), Noir & blanc Réalisateur: Alexeï Guerman Durée: 1h35 En Russie, pendant la seconde guerre mondiale, dans une partie du pays occupée par les Allemands, un prisonnier russe, Lazarev, qui collaborait avec les nazis se rend de lui-même à un groupe de partisans. Mais tous ne veulent pas lui faire confiance et lui font accomplir des missions pour le tester, de plus en plus risquées. Le traitement psychologique de l'hésitation des partisans quant à l'honnêteté de Lazarev et de la lutte pour le pouvoir à l'intérieur de leur groupe m'a semblé plutôt faible. Par contre, le suspense est formidable pendant les scènes d'action (les deux missions de Lazarev). C'est surtout dû à l'absence de musique à laquelle on est habitué pour amplifier la tension. Ici, au contraire le silence (coupé à chaque fois uniquement par un personnage qui parle) suspend l'action et met en relief la difficulté de la situation: le bluff qui peut être découvert par n'importe quelle hésitation. ------------------------------------------------------------------------- Trois films de Darejan Omirbaev Kaïrat (1993), Noir & blanc Durée: 1h12 (Prix de la critique au Festival de Strasbourg en 1993) Kardiogramma (1995), Couleur Durée: 1h13 (Prix spécial du jury au Festival des 3 Continents, Nantes, en 1995) Tueur à gages - The Killer (1997), Couleur Durée: 1h20 J'avais vu Kaïrat qui montre d'une manière très sensible les déambulations romantiques d'un jeune apprenti conducteur de bus dans Almaty. Les deux autres films sont très décevants. Kardiogramma raconte les "vacances" d'un jeune garçon cardiaque dans une maison de convalescence avec d'autres enfants. En fait c'est un remake de _L'argent de Poche_ de Truffaut en plus cruel et avec moins de paroles: mêmes amourettes entre les enfants; même fascination d'un héros pour une femme (l'infirmière au lieu de la maman de son copain), qu'il identifie à une image (une reproduction de peinture au lieu de la publicité pour les wagons-lits); les enfants essaient toujours de voir des femmes nues (en faisant un trou dans le mur des douches plutôt qu'en empruntant les jumelles de leur papa). C'est plus cruel parce qu'un gang règne sur l'ensemble des enfants, martyrise les plus faibles ou ceux qui sont différents (celui qui ne parle pas russe, le somnanbule, celui qui est aimé). Tueur à gages relate la déchéance d'un jeune père obliger d'emprunter pour payer les réparations d'un accident de voiture, puis obliger d'exercer des fonctions malhonnêtes (acheter une voiture en Allemagne pour la revendre au Kazakhstan puis tueur à gages) pour rembourser son emprunt à 1% par jour (inflation oblige). Le réalisateur dit qu'il a réalisé ce film parce qu'il avait été accusé de faire des films sentimentaux, sur l'amour dans un contexte de changement radical de société, de crise économique et donc il a décidé de tourner un film "social" pour se débarrasser de ces critiques et en espérant ne plus avoir à revenir sur ces sujets. En fait, ce film est déjà ressenti actuellement plus comme un documentaire que comme une oeuvre de fiction. Note: J'ai vu 'Tueur à gages' dans une séance où D. Omirbaev était invité. Ce fut catastrophique: micros qui ne marchent pas (plus Larsen), réalisateur quasi-muet répondant à côté, questions de personnes s'écoutant parler ou insultantes pour le réalisateur ("Ne faire que des plans fixes, c'est une volonté esthétique ou un problème de budget ?"). -- Contacter les modérateurs de fr.rec.cinema.selection: frcs-mod@alma.fr Les archives de fr.rec.cinema.selection: <URL:http://www.frcs.assoc-38.org/>
|