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[Realisateur] Tod Browning - part 1


  • Subject: [Realisateur] Tod Browning - part 1
  • From: aka.kronos@worldnet.fr (Kronos)
  • Date: 02 Dec 1998 20:03:20 +0100
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TOD BROWNING
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1ère partie

Même si le terme de cinéaste maudit est aujourd'hui utilisé à tort et à
travers, je crois qu'il s'applique parfaitement à Tod Browning. 
Personnage secret, assez antipathique sous certains aspects, il n'a pas
eu une carrière facile, la censure et les critiques l'ont rarement 
épargné (un producteur de la MGM disait de lui "Comme réalisateur, il
est mauvais... Comme personne, il n'est rien"). Malgré ça, toute son
oeuvre possède une cohérence plutôt étonnante. On peut en trouver les
clefs dans sa jeunesse, son amour du cirque, de la vie de comédien.

Malheureusement, Browning a constamment gardé secret tout ce qui le
concernait d'un point de vue privé, allant jusqu'à disparaître très tôt
du monde du cinéma, faisant croire à sa mort. Heureusement, quelques
historiens se sont penchés sur sa vie, fouillant les journaux, les
revues de cinéma du début du siècle, et ont réussi à rassembler quelques
informations intéressantes. Ce sont, en particulier, David J. Skal et
Elias Savada, auteurs de "Dark Carnival, The Secret World of Tod
Browning" (bouquin très bien documenté mais plutôt mal écrit), qui ont
apporté un plus dans le domaine biographique, interviewant les membres
de sa famille, ses anciens collaborateurs ou leurs enfants, etc.

La partie biographique et anecdotique, de ce que je vais écrire,
s'appuiera essentiellement sur ce bouquin, mais aussi sur quelques
articles parus dans "Variety" et autres journaux. Pour ne rien arranger,
beaucoup de films (surtout les premiers) de Tod Browning sont 
généralement considérés comme perdus, et dans la plupart des cas, ils le
sont. J'essaierai, dans ce cas (dans ces nombreux cas, il est vrai) de
m'appuyer sur les critiques parus à l'époque, et les synopsis, souvent
révélateurs quand ils cadrent avec le "style" Tod Browning. Le but étant
surtout d'eclairer la partie visible de l'iceberg, ses films les plus
connus.


Charles Albert Browning, dit "Tod", est né le 12 juillet 1880 à 
Louisville, dans le Kentucky, une famille aisée, sans plus. Un des 
membres de sa famille (son oncle) était connu pour être un excellent
joueur de Base Ball, mais aussi un grand buveur de bière, qui
s'écroulait régulièrement sur le terrain, complètement bourré, il faut
dire que c'est depuis cette époque que l'alcool fut interdit sur les
terrains, pendant les parties. Tod Browning attrapa vraisemblablement
très tôt le virus du spectacle, avant l'âge de dix ans il organisait des
spectacles de marionnettes devant chez lui (sûrement de qualité, puisque
les journaux en parlaient). Il ne manquait jamais les carnavals et les
cirques, demandant régulièrement à ses parents s'il pouvait partir avec
eux. À cette époque, l'une des attractions majeures des cirques était
leur troupe de "Freaks", les anormaux, femmes à barbe, homme tronc, 
vrais ou truqués, on verra combien cette attraction influençe l'oeuvre
de Browning.

Finalement, à 18 ans, il quitte sa famille pour partir sur les traces
d'un cirque, ou plutôt, quelque chose de plus modeste, un spectacle
ambulant. Il se fera une bonne place, et sera tour à tour, clown,
contorsionniste, mais aussi acteur dans de courts vaudevilles. Un de ses
numéros aura une bonne place dans les journaux des villes où il passait
durant ses tournées, son nom : "L'enterré vivant". Ce coté morbide, est,
on le verra, très présent dans ses films.

En 1905, curieusement, sûrement à cause d'une déception ou de problèmes
financiers, il se marie avec Amy Louise Stevens. Mariage catastrophique
qui ne durera que quelques années avant que Browning ne décide de 
quitter sa femme (surtout sa belle mère, chez qui ils vivaient) et
repartir pour une tournée dans des shows burlesques. Au passage, et pour
bien montrer combien Browning attirait le morbide, on peut raconter une
petite anecdote sur ce qui lui arriva au début des années 10 : 
Alors que le show marchait bien (il est souvent cité dans les journaux
locaux) Browning se reposait dans sa chambre d'hôtel. Il entends du 
bruit dans la salle de bain commune aux deux chambres, il se lève et va
frapper à la porte, pas de réponse. Il entre, et là, sur le sol, 
pleurant et baignant dans une mare de sang, il découvre une femme,
couteau à la main. Ses deux enfants, égorgés, gisaient à ses pieds. 
J'ai beau croire qu'on peut oublier beaucoup, mais même inconsciemment,
une telle expérience n'a pu qu'influencer son travail. D'ailleurs
Browning ne l'a jamais oubliée, et c'est à une actrice, lors d'un
tournage où il était particulièrement déprimé, qu'il l'a raconté.

Revenons à des choses plus gaies, en 1913, la tournée de shows 
burlesques à laquelle participe Browning a beaucoup de succès, et c'est
lors de son passage à Brooklin qu'un certain Charles Murray repère 
Browning. Et ce Charles Murray travaille pour un certain David Wark
Griffith.

C'est donc la rencontre entre Browning et Griffith, ce dernier lui offre
immédiatement du travail, comme acteur bien sur, dans deux comédies
(une bobine) de la Biograph. Il faut dire que cette rencontre est 
facilité par l'origine des deux hommes, à l'instar de Browning, Griffith
est aussi du Kentucky et ils ont fait leurs études dans la même école.
Néanmoins les 4 ans qui les séparent laissent à penser qu'ils ne 
s'étaient jamais rencontrés auparavant. Donc, Browning commence sa 
carrière d'acteur, dans "Scenting a Terrible Crime", il joue un
fossoyeur, tout à fait dans la ligne de ce que Browning réalisera plus
tard. Dans "Fallen Hero", film jugé ridicule par les critiques de
l'époque, il a aussi un petit rôle. Browning a bien failli ne jamais 
rencontrer Griffith, car ce dernier, à la fin de l'année 1913, décide
de s'installer à l'Ouest, plus exactement en Californie, à un endroit
où le soleil est dominant, ce qui facilite la production de films. 
Cet endroit, sur Sunset Boulevard, ne s'appelle pas encore Hollywood,
mais ça ne saurait tarder. Le départ est décidé, beaucoup d'acteurs ne 
souhaitent pas accompagner Griffith, ils considèrent le cinéma comme un
gagne pain et ne voient pas d'autres débouchés que le théâtre pour leur
talent, hors le théâtre, c'est à l'Est. Le résultat c'est que Griffith
prendra avec lui les "modestes" et tous ceux qui n'ont pas commencé par
le théâtre ou qui n'y ont pas réussis, bref, qui n'ont pas la grosse
tête. Deux acteurs en particulier, Tod Browning bien sur (puisqu'il
vient du cirque et que le théâtre classique ne l'intéresse pas plus que
ça), mais aussi un certain Lionel Barrymore. On pense aussi à Raoul
Walsh, acteur à ses débuts, qui les rejoindra en Californie.

Jusqu'en 1915, Browning va tourner dans plus de 50 courts, une ou deux
bobines maximum. En cherchant dans les vieux journaux, on peut trouver 
une critique de "Nell Eugenic Werdding" (1914) où Browning tient le 
premier rôle, et quel rôle ! D'après le commentateur (on peut 
difficilement parler de critique) le film est abject, l'histoire 
consistant, entre autre, à laisser Monsieur Browning vomir pendant une
bonne partie du film, pensant que cela pouvait être drôle. Franchement,
j'aimerai bien voir ça, surtout que le scénario est écrit par Anita
Loos.

Autre film, semble-t-il remarquable, où Browning se distingue à jouer
les premiers rôles, "Victim of Speed" (1914), dans lequel, avec un
compère, il voit ses facultés physiques décuplées par un super dopant.
Pour donner un effet de vitesse, les déplacements des deux acteurs ont
été filmés en accéléré. D'où un supposé effet comique, hum... On trouve
aussi pour Browning un rôle récurrent dans un serial réalisé par Edward
Dillon, 17 épisodes au total. 

Mais 1914/15 c'est surtout l'époque où David Wark Griffith décide
d'arrêter les petits films pour se lancer dans la production et la
réalisation de "The Clansman", film pour lequel il expérimente de
nouvelles prises de vue, gros plan, plan américain, plein de nouveautés
qui lui valent de nombreuses railleries. Ah, oui, j'oubliai de préciser,
"The Clansman" changera de titre pour son exploitation, il deviendra
"Naissance d'une nation", et révolutionnera le cinéma. Quelle chance
pour Browning d'avoir pu être là "au bon moment" et de profiter des
leçons de Griffith.

Pour vous donner une idée de l'ambiance qui régnait dans les studios à
cette époque, on peut se rapporter aux mémoires de George Marshall, de
Raoul Walsh ou encore de Frank Borzage. Les deux premiers surtout,
racontent les parties de strip-poker bien arrosées de whisky qui
égayaient leurs soirées. Walsh en particulier mis le doigt sur un point
important, Browning ingurgitait déjà des quantités impressionnantes de
Whisky, et toujours selon Walsh, il n'avait jamais l'air bourré. Ce qui
est confirmé par la plupart des personnes ayant cottoyé le maîîître du
macabre.


La semaine prochaine? Browning réalisateur, les débuts !

-- 
Kronos alias Christophe Rouvel
aka.kronos@worldnet.fr
un peu de lumière! http://www.lumiere.org/

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